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Monsieur Wilde,
Pardonnez ma curosité, mais pourriez-vous me dire si vous avez pu facilement accepter votre homosexualité?
Merci de votre réponse.
Cher(e) ami(e),
Savez-vous que vous n'êtes pas le premier ou la
première à me poser cette question relativement indiscrète? Cependant ma vie
étant devenue publique depuis ce funeste jour où le père de Lord Alfred Douglas
m'attaqua dans les journaux au sujet de mes relations avec son fils, je vais une
fois encore répondre.
Dans une société victorienne engoncée dans ses
idées préconçues, ses schémas sociaux quelque peu boursouflés, il est en effet
difficile de vivre ouvertement une relation considérée comme autre, et pour
laquelle je n'éprouve aucune honte. Mes penchants pour les jeunes gens du même
sexe s'étaient déjà affirmés au cours de ma scolarité au Trinity College de
Dublin, puis à Oxford. Par la suite j'ai pu, de par ma position d'homme de
qualité et de Lettres, fréquenter des cercles artistiques où j'ai rencontré des
personnes partageant mon penchant. Bien sûr, nous ne pouvions afficher nos
amours au grand jour; nous avons donc vécu cachés. Cet aspect de ma vie est l'un
de mes plus grands regrets, car on ne peut être pleinement heureux ainsi,
toujours à craindre les médisances des uns, les mensonges des autres… Mon
couple, mes enfants également en ont pâti. Car malgré la tendresse que j'ai
toujours éprouvée pour mon épouse Constance, je ne pouvais par donner à ma
famille toute l'attention dont ils auraient eu besoin.
Ainsi ce n'est pas
tant mon homosexualité que je n'ai pas pu accepter que les conséquences de
celles-ci, m'obligeant à mener une vie de reclus.
En espérant avoir
répondu à votre question, votre dévoué,
Oscar. |