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Stephe Roux
écrit à

Oscar Wilde


Question de sexualité


   

Monsieur Wilde,

Pardonnez ma curosité, mais pourriez-vous me dire si vous avez pu facilement accepter votre homosexualité?

Merci de votre réponse.


Cher(e) ami(e),


Savez-vous que vous n'êtes pas le premier ou la première à me poser cette question relativement indiscrète? Cependant ma vie étant devenue publique depuis ce funeste jour où le père de Lord Alfred Douglas m'attaqua dans les journaux au sujet de mes relations avec son fils, je vais une fois encore répondre.

Dans une société victorienne engoncée dans ses idées préconçues, ses schémas sociaux quelque peu boursouflés, il est en effet difficile de vivre ouvertement une relation considérée comme autre, et pour laquelle je n'éprouve aucune honte. Mes penchants pour les jeunes gens du même sexe s'étaient déjà affirmés au cours de ma scolarité au Trinity College de Dublin, puis à Oxford. Par la suite j'ai pu, de par ma position d'homme de qualité et de Lettres, fréquenter des cercles artistiques où j'ai rencontré des personnes partageant mon penchant. Bien sûr, nous ne pouvions afficher nos amours au grand jour; nous avons donc vécu cachés. Cet aspect de ma vie est l'un de mes plus grands regrets, car on ne peut être pleinement heureux ainsi, toujours à craindre les médisances des uns, les mensonges des autres… Mon couple, mes enfants également en ont pâti. Car malgré la tendresse que j'ai toujours éprouvée pour mon épouse Constance, je ne pouvais par donner à ma famille toute l'attention dont ils auraient eu besoin.

Ainsi ce n'est pas tant mon homosexualité que je n'ai pas pu accepter que les conséquences de celles-ci, m'obligeant à mener une vie de reclus.

En espérant avoir répondu à votre question, votre dévoué,


Oscar.

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