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Pépé-le-Moko 
écrit à

Oscar Wilde


Que regrettez-vous ?


   

Bonjour cher Oscar,

Avec le recul qui fatalement est le vôtre, il y a-t-il  une seule chose que vous regrettez d'avoir faite ou dite?

Bien cordialement,

votre dévoué

Pépé-le-Moko



Cher Pépé-le-Moko,

Permettez-moi de vous faire remarquer que je ne suis pas si âgé, et que le «fatalement» qui accompagne votre remarque est pour le moins prématuré. Certes, je sors d'une longue affection qui m'a peut-être mené près du trépas, mais je me sens à présent en bien meilleure forme et prêt à répondre à mes missives en retard.

Pour en revenir à votre question, qui est à la fois simple et complexe, je pense pouvoir dire qu'il y a peu de choses, quand je me retourne sur mon passé, que je regrette réellement, sincèrement, profondément. Sur le plan littéraire, bien sûr, comme de nombreux auteurs, je ne suis pas forcément satisfait de certaines de mes œuvres de jeunesse; mais pour rien au monde je ne les retoucherais à nouveau, car elles reflètent un état d'esprit, des moyens d'expression propres à une certaine période. Si je dois améliorer le style ou le contenu, autant écrire une nouvelle œuvre!

Sur le plan personnel, le sujet est plus délicat. Je ne regrette aucune des aventures que j'ai pu avoir, que ce soit avec des jeunes filles ou des jeunes gens du même sexe. Par contre je regrette d'avoir cédé une seconde fois à Bosie, alors que j'avais mis fin à notre relation, ainsi que je le relate de façon très exhaustive dans «De Profundis». Cette replongée fut un véritable calvaire pour moi, et finalement cela m'a mené en prison, comme vous le savez… Je ne regrette pas d'avoir rencontré Bosie, ni d'avoir noué des liens intimes avec lui, mais j'aurais dû ne plus le fréquenter lorsque les choses se sont mises à mal tourner. Mais que voulez-vous parfois, la chair est faible… Il n'y a finalement que cela qui fût une véritable tache dans mon parcours. J'espère avoir répondu à votre question; pardonnez-moi de ne pas le faire de façon plus précise, ces souvenirs sont encore douloureux pour moi.

Votre dévoué,

Oscar

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