Retour en page d'accueil de Dialogus

Oscar B.
écrit à

Oscar Wilde


Lettre à un génie de la littérature


   

Le 15 octobre 2009 à Annecy


Cher monsieur Wilde,

Je m'appelle Oscar Bouldoires, j'habite à Annecy, en France, je suis un élève de quatrième du collège des Barattes et je suis un de vos plus grands admirateurs. J'ai surtout aimé «Le prince heureux» que vous avez écrit en 1888.

La première fois que j'ai entendu parler de vous, j'ai tout de suite été intéressé par la coïncidence qui nous lie, mais bon, passons cela car j'ai quatre questions qui me taraudent à votre sujet.

La première est: aimiez- vous déjà les hommes quand vous étiez en couple avec Constance Lloyd avec qui vous avez eu deux enfants? L'aimiez-vous vraiment ou était-ce un mariage forcé (excusez-moi de vous poser cette question un petit peu personnelle)?

Bon, passons à la deuxième question qui m'intéresse tout autant: pourquoi avez-vous intenté un procès contre Alfred Douglas qui était à ce moment -là votre amant (procès que vous avez perdu à cause du père d'Alfred Douglas, le marquis de Queensberry)?

Ma troisième question porte sur le même sujet: pourquoi avez-vous choisi le prénom de Sébastien Melmoth quand vous avez été exilé?

Et j'aimerais surtout que vous répondiez à ma dernière question: qu'est-ce qui vous a séduit dans la littérature?

À présent j'attends votre réponse avec impatience.

Avec tout mon respect,

Oscar B.



Bonjour Oscar,

Quelle coïncidence, en effet. Je crois que c'est la première fois que je rencontre une personne portant le même prénom que moi, mis à part un camarade au Collège, Oscar Wufflett, Stofleth -ou quelque nom ridicule du même genre. Enfin peu importe, revenons à vos questions. Bigre, il y en a quatre, en effet. Je vais tâcher de bien vous répondre, car d'emblée vous m'êtes bien sympathique, cher Oscar.

Votre première question porte (comme de nombreuses autres) sur ma sexualité. Sachez que j'ai fait de belles rencontres avec des jeunes gens de mon sexe dès mes années au Collège Magdalen d'Oxford. Ce n'est que plus tard que j’ai rencontré Constance, que j'ai aimée d'un amour fou, et avec laquelle je partageais de nombreuses positions esthétiques et artistiques. Ensemble nous avons eu une belle vie de couple, et deux beaux enfants qui gardent toujours une belle place dans mon cœur. De nouvelles aventures avec des jeunes gens ont, hélas, fissuré notre mariage. Ma banqueroute, mes procès ont ensuite eu raison de celui-ci et Constance a été contrainte à l'exil en Allemagne et à changer de nom. Mon séjour en prison n'a toutefois pas entaché notre tendresse, mais malheureusement elle est morte, il y a quelques mois, des suites d'une opération. Je me rendis dès que possible sur sa sépulture à Gênes. Ce fut le pire jour de ma vie.

Votre seconde question porte sur mon procès. Je tiens à vous donner les faits. J'ai d'abord intenté une action en justice contre son père, le marquis de Queensberry, qui m'a insulté publiquement en me traitant de «somdomite» (sic!). Malheureusement, sans doute à cause de la mauvaise image que le marquis a fait de moi, j'ai perdu ce procès. Il m'a attaqué à son tour. Malgré mon habileté rhétorique, j'ai perdu également ce procès, puis deux autres. Mes biens ont été confisqués, on m'a envoyé en prison en 1895, pendant deux ans.

À ma sortie, j'ai décidé de quitter de pays ignoble qu'est l'Angleterre et qui a causé ma perte. Je me suis enfui en France, pays que j'apprécie particulièrement pour son amour des arts et son climat. J'ai pris alors le nom, en effet, de Sébastien Melmoth, en référence au roman «Melmoth the Wanderer», («Melmoth, l'homme errant» en français), écrit par Charles Robert Maturin, un roman que j'apprécie tout particulièrement, et dont on dit qu'il fut l'un des fondateurs du mouvement gothique. Charles Maturin fut en outre mon grand-oncle. C'est l'un des premiers noms qui me soit venu à l'esprit quand j'en ai cherché un et de plus, sur le plan symbolique, cela tombait à pic, ne trouvez-vous pas? Je me sentais à cette époque tel un homme sans patrie, d'autant plus que comme lui, j'ai pu sonder l'âme humaine et ses recoins obscurs… Quant au prénom Sébastien, qui dérive du grec sebastos, qui signifie «honoré, glorieux», c'est un rappel de mes jeunes années d'auteur en Angleterre, lorsque je fus une personnalité à la mode.

Votre dernière question est très complexe, et je ne saurais y répondre en quelques lignes sans omettre des points très importants. Mon rapport à la littérature est inextricablement lié à mon goût pour l'esthétique, pour l'Art en général. Je ne saurais trop vous recommander la lecture d'«Intentions», qui regroupe plusieurs de mes articles sur le sujet.

Voilà, mon cher Oscar, quelques réponses à vos questions; j'espère qu'elles vous satisferont, je vais m'atteler à répondre à d'autres missives.

Votre dévoué,

Oscar.

************************Fin de page************************