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Lady Katie Delamare 
écrit à

Oscar Wilde

Le rouge à lèvres


   

Cher Monsieur Wilde,

J'admire depuis longtemps votre oeuvre, que j'ai d'abord découverte à l'université par la lecture du «Portait de Dorian Gray»; lecture que j'ai élargie par la suite, tant ce premier ouvrage m'avait plu.

Cependant, ma question ne concernera nullement votre oeuvre et je ne me permettrais pas de vous interroger sur votre vie privée, mais, il y a quelques jours ma curiosité a été piquée au vif.

Me recueillant devant votre sépulture au Père-Lachaise, j'ai été fort intriguée par la multitude de traces de rouge à lèvres laissées sur la pierre, dénaturant par là-même, le monument dressé à votre mémoire. Ceci à tel point que le cimetière a posé une plaque priant les visiteurs de
respecter votre tombe.

Je ne tiens nullement à vous manquer de respect, mais bien que fascinant et intellectuellement stimulant, je ne vous imagine pas en Don Juan ou en Valmont et je ne comprends donc pas cette attitude et cette marque d'amour typiquement féminine. Pouvez-vous m'éclairer sur cet étrange rite?

Étiez-vous, Monsieur, tellement irrésistible pour que, hommes et femmes, tout à la fois, succombent à votre charme?

Je vous renouvelle toute mon admiration et ma considération, et attends avec impatience votre réponse.

Lady Katie Delamare


Chère Lady,

Bien que j’eusse, au cours de ma vie, essayé pas mal de plaisirs charnels diversifiés, il est vrai qu’assez vite mes préférences sont allées vers des jeunes gens du même sexe que moi. Après avoir eu des liaisons -et même un mariage- avec de charmantes jeunes femmes. Cependant, je me plais à penser que mon goût de l’esthétique, celui de l’Art pour l’Art, m’a ouvert les portes de la tendresse de nombre de jupons. En 1880, et pendant plusieurs années, je fus rédacteur en chef du magazine «Woman’s World».

Quant à mon charme supposé, je vous rappelle que  les portraits que l’on fait de moi m’ont saisi dans ma jeunesse, en pleine possession de mes moyens.

Je reste à votre disposition pour discuter encore de ces choses -et d’autres, la vie étant une suite de moments exquis dont je ne me lasse jamais de deviser.

Votre dévoué Oscar.
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