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Cher Monsieur Wilde,
J'admire depuis longtemps votre oeuvre, que j'ai d'abord
découverte à l'université par la lecture du
«Portait de Dorian Gray»; lecture que j'ai élargie
par la suite, tant ce premier ouvrage m'avait plu.
Cependant, ma question ne concernera nullement votre oeuvre et je ne me
permettrais pas de vous interroger sur votre vie privée, mais,
il y a quelques jours ma curiosité a été
piquée au vif.
Me recueillant devant votre sépulture au Père-Lachaise,
j'ai été fort intriguée par la multitude de traces
de rouge à lèvres laissées sur la pierre,
dénaturant par là-même, le monument dressé
à votre mémoire. Ceci à tel point que le
cimetière a posé une plaque priant les visiteurs de
respecter votre tombe.
Je ne tiens nullement à vous manquer de respect, mais bien que
fascinant et intellectuellement stimulant, je ne vous imagine pas en
Don Juan ou en Valmont et je ne comprends donc pas cette attitude et
cette marque d'amour typiquement féminine. Pouvez-vous
m'éclairer sur cet étrange rite?
Étiez-vous, Monsieur, tellement irrésistible pour que,
hommes et femmes, tout à la fois, succombent à votre
charme?
Je vous renouvelle toute mon admiration et ma considération, et attends avec impatience votre réponse.
Lady Katie Delamare
Chère Lady,
Bien que j’eusse, au cours de ma vie, essayé pas mal de
plaisirs charnels diversifiés, il est vrai qu’assez vite mes préférences sont
allées vers des jeunes gens du même sexe que moi. Après avoir eu des liaisons
-et même un mariage- avec de charmantes jeunes femmes. Cependant, je me plais à
penser que mon goût de l’esthétique, celui de l’Art pour l’Art, m’a ouvert les
portes de la tendresse de nombre de jupons. En 1880, et pendant plusieurs
années, je fus rédacteur en chef du magazine «Woman’s World».
Quant à mon charme supposé, je vous rappelle que les portraits que l’on
fait de moi m’ont saisi dans ma jeunesse, en pleine possession de mes
moyens.
Je reste à votre disposition pour discuter encore de ces choses
-et d’autres, la vie étant une suite de moments exquis dont je ne me lasse
jamais de deviser.
Votre dévoué Oscar. |