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Aurélie
écrit à

Oscar Wilde


Le portrait...


   

Cher Mister Wilde,

La première fois que j'ai lu votre roman je ne m'attendais pas du tout à la fin: je suis restée sans voix quelques secondes à réfléchir, je ne sais pourquoi, à ce que je venais de lire.

Je suis vraiment ravie que mon précepteur d'anglais ait eu l'idée de nous faire lire un extrait de votre livre: il est vraiment sublime!

La deuxième fois où je l'ai lu a été encore meilleure car je connaissais l'histoire et je pouvais voir encore mieux la longue descente aux enfers de votre personnage... Sachez que de mon temps l'homosexualité est beaucoup moins tabou, même s'il reste encore quelques imbéciles pour se moquer...


Chère Aurélie,


Je suis très heureux que mon roman ait trouvé grâce à vos yeux et que vous ayez eu envie d'en faire une seconde lecture. Comme vous le dites, c'est un récit sur la descente d'un homme dans la folie, un homme dont l'esprit est tellement dégradé par son environnement qu'il perd peu à peu pied, que la réalité lui échappe. Une descente aux enfers que j'ai moi-même vécue lors de mon séjour en prison. Pour en revenir à la fin de mon roman, je suis content que vous me disiez qu'elle vous ait surprise: car pour moi un bon récit est un récit qui surprend son lecteur; j'aime amener mes lecteurs dans des voies parfois très étranges et la longueur du «Portrait de Dorian Gray» me laissait la place pour développer correctement cette fin si unique.

J'avoue que je ne comprends pas ce que vous voulez dire lorsque vous indiquez «de mon temps», tout en évoquant l'homosexualité. J'ai appris récemment que ce terme désignait l'inclination d'un individu pour une personne du même sexe; il est vrai que ce fut mon cas et que j'ai payé très chèrement les voies que mon cœur m'avaient dictées. Vous dites que c'est moins tabou de votre temps... Je pense que vous habitez dans un autre pays que ceux que je connais, car en Angleterre aimer une personne est redevenu récemment un délit, et en France, même si aucun texte de loi ne la condamne, une personne homosexuelle est mise à l'index et au ban de la société. Votre message d'espoir me réchauffe le cœur, bien que je sois très fatigué.


Votre dévoué,

Oscar

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