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Cher Mister Wilde,
La première fois que j'ai lu votre roman je ne m'attendais pas
du tout à la fin: je suis restée sans voix quelques
secondes à réfléchir, je ne sais pourquoi,
à ce que je venais de lire.
Je suis vraiment ravie que mon précepteur d'anglais ait eu
l'idée de nous faire lire un extrait de votre livre: il est
vraiment sublime!
La deuxième fois où je l'ai lu a été encore
meilleure car je connaissais l'histoire et je pouvais voir encore mieux
la longue descente aux enfers de votre personnage... Sachez que de mon
temps l'homosexualité est beaucoup moins tabou, même s'il
reste encore quelques imbéciles pour se moquer...
Chère Aurélie,
Je suis très heureux que mon roman ait trouvé grâce
à vos yeux et que vous ayez eu envie d'en faire une seconde
lecture. Comme vous le dites, c'est un récit sur la descente
d'un homme dans la folie, un homme dont l'esprit est tellement
dégradé par son environnement qu'il perd peu à peu
pied, que la réalité lui échappe. Une descente aux
enfers que j'ai moi-même vécue lors de mon séjour
en prison. Pour en revenir à la fin de mon roman, je suis
content que vous me disiez qu'elle vous ait surprise: car pour moi un
bon récit est un récit qui surprend son lecteur; j'aime
amener mes lecteurs dans des voies parfois très étranges
et la longueur du «Portrait de Dorian Gray» me laissait la
place pour développer correctement cette fin si unique.
J'avoue que je ne comprends pas ce que vous voulez dire lorsque vous
indiquez «de mon temps», tout en évoquant
l'homosexualité. J'ai appris récemment que ce terme
désignait l'inclination d'un individu pour une personne du
même sexe; il est vrai que ce fut mon cas et que j'ai payé
très chèrement les voies que mon cœur m'avaient
dictées. Vous dites que c'est moins tabou de votre temps... Je
pense que vous habitez dans un autre pays que ceux que je connais, car
en Angleterre aimer une personne est redevenu récemment un
délit, et en France, même si aucun texte de loi ne la
condamne, une personne homosexuelle est mise à l'index et au ban
de la société. Votre message d'espoir me réchauffe
le cœur, bien que je sois très fatigué.
Votre dévoué,
Oscar
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