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Cristina  
écrit à

Oscar Wilde


Des questions


   

Bonjour monsieur Wilde,

Je suis une vraie admiratrice de vos œuvres. J'ai commencé à les lire il y a deux ans et, pour moi, il n'y a pas de doute que la meilleure est «Le Portrait de Dorian Gray». Je voudrais savoir si le personnage a été basé sur quelque personne de votre connaissance où s'il est complètement fictif. D'après ce que j'ai pu savoir de votre vie, j'imagine qu'il n'a pas été facile pour vous d'exprimer vos sentiments dans la société. Si cela vous console, je peux vous dire que tout a radicalement changé et qu'actuellement personne ne va en prison pour homosexualité.

Dans l'attente de votre réponse, je vous prie d'agréer, monsieur, l'expression de mes salutations les plus cordiales,

Cristina



Chère Cristina,


Cela me fait plaisir que vous ayez apprécié «le Portrait de Dorian Gray», car c'est une œuvre très importante pour moi, la plus longue fiction que j'aie écrite, et le seul roman. J'y explore, avec l'aide du fantastique, les tréfonds de l'âme humaine. Mais, comme vous vous en doutez, le personnage de Dorian n'est pas tout à fait fictif. On est toujours influencé par son entourage, ou par soi-même –enfin, l'image que l'on se fait de soi-même- lorsqu'on veut créer un personnage crédible. Dorian, c'est un peu moi, c'est aussi un peu certains de mes amis, certains de mes ennemis peut-être également. Il serait très fastidieux de le décortiquer pour savoir d'où vient tel trait de caractère ou telle caractéristique physique.

Comme vous le dites, il a été difficile pour moi d'exprimer mes sentiments de manière publique, si nous parlons des mêmes sentiments, envers certaines personnes. En revanche, si vous souhaitez parler de mes sentiments envers l'Art, cela fut moins difficile. J'ai même rencontré un certain succès en en parlant dans diverses revues ou essais sur l'esthétique. Je vous recommande leur lecture si vous souhaitez en savoir plus. Vous me dites que personne ne va en prison pour homosexualité… Vous ne vivez donc pas en Angleterre, où une loi, votée il y a une quinzaine d'années, rend –à nouveau– ce penchant criminel. Je vis actuellement en France, où ce n'est pas un délit, même si l'accusation d'«attentat à la pudeur» permet parfois de juger des personnes n'ayant rien fait de mal! J'aimerais donc savoir où vous vivez, chère Cristina.


Votre dévoué,

Oscar.

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