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Thomas 
écrit à

Oscar Wilde


Conseils de lecture


   

Cher monsieur Wilde,

Je viens de débuter la lecture d'une œuvre qui vous est attribuée, «Teleny», un livre d'une grande audace pour votre époque...

Pourriez-vous me donner quelques conseils de lecture? Et même si sous le règne de la reine Victoria les gens sont bien plus réservés et discrets que sous le règne bling-bling d'un certain président français Nicolas Sarkozy, pourriez-vous me comter la genèse de cette œuvre, me dévoiler quelques secrets de rédaction, les liens étroits entre fiction et réalité?

D'avance, un grand merci.

Un admirateur qui aurait aimé vous connaître, dans tous les sens du terme...


Bonjour Thomas,

Nous ne nous connaissons pas, mais nul doute qu'après cette lettre vous en saurez un peu plus sur moi. Vous me parlez de «Teleny», cette œuvre érotique parue il y a cinq ou six ans en Angleterre. Mais qu'est-ce qui vous fait dire que c'est mon œuvre? À ma connaissance, celle-ci est anonyme. Cependant, comme j'ai eu la chance de la lire grâce à mon ami Robert Ross (que je soupçonne d'avoir participé à sa rédaction), je vais tenter de vous en entretenir un peu, même si mes souvenirs de lecture datent d'avant mon séjour en prison. Cette histoire, au demeurant finement et élégamment écrite, raconte la relation d'abord chaste, puis passionnée entre Camille des Grieux, jeune anglais riche et esthète, et René Teleny, un pianiste fort doué. Ici, contrairement à ma conception de l'homosexualité, qui est une relation entre un jeune homme et un plus âgé, les deux amants sont du même âge et fort passionnés, alors que je ne décris dans mes ouvrages que des relations chastes et non consommées. Mais il y a aussi d'autres aventures charnelles dans cet ouvrage, notamment entre des hommes et des femmes. Cependant, certains ont cru reconnaître mon œuvre à cause de la qualité de celle-ci, de sa peinture sans complaisance de l'Angleterre victorienne. Je m'inscris en faux contre ces allégations, mais je dois reconnaître des qualités à cette œuvre: son goût pour l'esthétisme, son extravagance, son refus de la morale, et sa grande culture entre autres.

Vous donner quelques conseils de lecture, me demandez-vous… Exercice difficile quand on ne vous connaît pas, ce qui est mon cas. J'ai même l'impression de ne pas vous connaître du tout en vous lisant, à l'évocation d'un certain Nicolas Sarkozy que vous affublez de l'expression «bling-bling», et dont vous dites qu'il est président français. Je commence à me demander si tout cela n'est pas une sombre farce, car voyez-vous, je vis actuellement en France, dans un endroit secret sous un nom d'emprunt, et malgré mes deux années passées en prison, je pense ne pas avoir tout à fait perdu la tête et pense savoir que c'est actuellement Émile Loubet qui tient cette haute fonction…

J'espère cependant avoir quelque peu éclairé votre lanterne au sujet de «Teleny».

Votre dévoué,

Oscar

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