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Cher monsieur Wilde,
Je viens de débuter la lecture d'une œuvre qui vous est
attribuée, «Teleny», un livre d'une grande audace
pour votre époque...
Pourriez-vous
me donner quelques conseils de lecture? Et même si sous le règne de la
reine Victoria les gens sont bien plus réservés et discrets que sous le
règne bling-bling d'un certain président français Nicolas Sarkozy,
pourriez-vous me comter la genèse de cette œuvre, me dévoiler quelques
secrets de rédaction, les liens étroits entre fiction et réalité?
D'avance, un grand merci.
Un admirateur qui aurait aimé vous connaître, dans tous les sens du terme...
Bonjour Thomas,
Nous ne nous connaissons pas, mais nul doute qu'après cette
lettre vous en saurez un peu plus sur moi. Vous me parlez de
«Teleny», cette œuvre érotique parue il y a cinq ou
six ans en Angleterre. Mais qu'est-ce qui vous fait dire que c'est mon
œuvre? À ma connaissance, celle-ci est anonyme. Cependant, comme
j'ai eu la chance de la lire grâce à mon ami Robert Ross
(que je soupçonne d'avoir participé à sa
rédaction), je vais tenter de vous en entretenir un peu,
même si mes souvenirs de lecture datent d'avant mon séjour
en prison. Cette histoire, au demeurant finement et
élégamment écrite, raconte la relation d'abord
chaste, puis passionnée entre Camille des Grieux, jeune anglais
riche et esthète, et René Teleny, un pianiste fort
doué. Ici, contrairement à ma conception de
l'homosexualité, qui est une relation entre un jeune homme et un
plus âgé, les deux amants sont du même âge et
fort passionnés, alors que je ne décris dans mes ouvrages
que des relations chastes et non consommées. Mais il y a aussi
d'autres aventures charnelles dans cet ouvrage, notamment entre des
hommes et des femmes. Cependant, certains ont cru reconnaître mon
œuvre à cause de la qualité de celle-ci, de sa peinture
sans complaisance de l'Angleterre victorienne. Je m'inscris en faux
contre ces allégations, mais je dois reconnaître des
qualités à cette œuvre: son goût pour
l'esthétisme, son extravagance, son refus de la morale, et sa
grande culture entre autres.
Vous donner quelques conseils de lecture, me demandez-vous… Exercice
difficile quand on ne vous connaît pas, ce qui est mon cas. J'ai
même l'impression de ne pas vous connaître du tout en vous
lisant, à l'évocation d'un certain Nicolas Sarkozy que
vous affublez de l'expression «bling-bling», et dont vous
dites qu'il est président français. Je commence à
me demander si tout cela n'est pas une sombre farce, car voyez-vous, je
vis actuellement en France, dans un endroit secret sous un nom
d'emprunt, et malgré mes deux années passées en
prison, je pense ne pas avoir tout à fait perdu la tête et
pense savoir que c'est actuellement Émile Loubet qui tient cette
haute fonction…
J'espère cependant avoir quelque peu éclairé votre lanterne au sujet de «Teleny».
Votre dévoué,
Oscar |