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John Watson

     
   

Vos mariages

    Cher Docteur,

J'ai une petite question qui vous paraîtra peut être futile mais qui cependant me turlupine: combien de fois vous êtes vous marié et avec qui?

Veuillez m'excuser si cette question vous paraît indiscrète.

Bien amicalement,

Manue.
 

Chère Manue,

Je tiens d'abord à m'excuser pour le retard de ma réponse. Je n'ai malheureusement pas d'excuse à vous donner sinon que mon travail occupe beaucoup de mon temps depuis quelques mois.

J'ai eu le bonheur de me marier une première fois à mon retour d'Afghanistan avec une femme que j'aimais énormément. C'était, malheureusement pour nous, un amour impossible et les noces eurent lieu en secret. Il m'est impossible d'en dire plus sans impliquer plusieurs personnes qui désirent conserver l'anonymat et qui souhaitent que cette histoire ne soit jamais rendue publique. Je puis cependant dire que Dieu a rappelé à lui mon épouse au bout d'une longue et pénible maladie. En tant que médecin, je n'ai rien pu faire.

Quelques mois plus tard, j'ai eu le bonheur de rencontrer Mary Morstan (c'était en juillet 1888, il me semble), que j'ai épousée par la suite. Je n'ai jamais parlé de ma vie privée en détail dans mes livres, mais c'était souvent d'elle qu'il s'agissait quand je parlais de mon épouse. Après quelques années de bonheur, la maladie a aussi emporté ma pauvre Mary. Me retrouvant veuf pour la seconde fois, j'avais résolu de rester seul.

Mais, il y a cinq ans environ, lors d'une de mes visites chez un patient, je fus accueilli par une charmante demoiselle, Anne, qui était la fille d'un honnête bijoutier. Je suis retourné souvent chez mon patient, au début pour m'enquérir de sa santé, puis pour profiter de la compagnie de sa fille. Mon coeur battait à nouveau pour une personne! Nous nous sommes mariés il y a peu, et je suis le plus heureux des hommes.

J'espère avoir répondu à votre question, et encore une fois veuillez pardonner le long délai que je vous ai fait subir.

Sincerely,
John Watson
 


Cher Docteur,

Ne vous inquiétez pas pour ce retard, je comprends tout à fait qu'un médecin aussi bien placé que vous soit débordé de travail; j'imagine que vous êtes aussi dévoué à vos clients que vous ne l'êtes à Sherlock Holmes, une qualité qui fait qu'ils ne peuvent que vous être fidèles et, par le bouche à oreille, qu'agrandir votre clientèle. De plus, Holmes lui-même est parfois exigeant, il vous entraîne dans des aventures incroyables du jour au lendemain.

Je suis heureuse de voir que, malgré ces journées bien remplies, vous ayez pris le temps de répondre à ma question; tout est clair à présent. Ceci permet de mettre fin à cette fâcheuse réputation d'homme volage que certains individus vous donnent. Je ne vois à présent en vous qu'un homme attristé deux fois par la vie, mais aussi un homme dévoué et plein de tendresse pour la gent féminine. Aussi, vous souhaiterai-je tout le bonheur possible avec Mme Watson.

Bien amicalement,
Manue
 


Chère Manue,

Je suis très touché par vos bons voeux. Même de la part d'une inconnue, il est toujours très agréable de recevoir ce genre de billet et je vous en remercie de tout coeur. Je l'ai même montré à mon épouse qui m'a demandé de vous transmettre ses salutations.

Sincerely,

J. Watson