Misogyne |
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| Dr Watson, Je me permets de vous écrire au sujet d'une question que nombre de vos lecteurs se posent: M. Holmes était-il réellement misogyne, comme vous le laissez si souvent entendre? En dehors d'Irène Adler, «La Femme», il semblerait que votre ami n'ait jamais éprouvé le moindre sentiment quelconque pour la gent féminine... Pensez-vous réellement qu'au cours de sa vie il n'ait jamais eu la moindre aventure amoureuse? Ou peut-être les femmes n'étaient-elles pas ce qu'il préférait comme le souligne Billy Wilder dans le film «La vie privée de Sherlock Holmes»? Alors selon vous, qui avez passé nombre d'années à ses côtés, Sherlock Holmes était-il misogyne, homosexuel, ou simplement pudique sur le sujet. Bien à vous, Groucho Marx |
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| Londres, le 6 mai Monsieur Groucho Marx, Le sujet de votre lettre est assez délicat. Cependant, je suis heureux qu'il soit abordé car cela me permettra de clarifier la situation une fois pour toutes. Je tenterai donc de vous répondre de façon logique et ordonnée. Je commencerai par la misogynie. En effet, Sherlock Holmes a toujours fui la compagnie des femmes, mais il a aussi fait de même avec les hommes. Il ne s'est jamais vraiment mêlé à la société. Il y vit, bien sûr, mais par obligation, parce qu'il a besoin d'elle et surtout, parce qu'elle a besoin de lui. Ses talents de détective lui sont essentiels. Il a des contacts, des relations professionnelles, mais pas d'amis, mon humble personne étant la seule exception. Je suis sans doute la personne la plus proche de lui, mais un abîme semble parfois nous séparer. Il me semble avoir rapporté qu'il avait une véritable aversion pour le sexe faible dans L'interprète grec entre autres. J'ai exagéré un peu, je l'avoue. Il a toujours été un parfait gentleman avec les femmes. Ses manières sont douces et courtoises et il les met rapidement en confiance. Il a facilement séduit la servante de Charles Auguste Milverton dans l'histoire qui porte son nom. Je ne dirais donc pas qu'il hait les femmes, mais plutôt qu'il s'en méfie. Sherlock Holmes a des idées assez conservatrices. Pour lui, on ne peut faire confiance à aucune d'entre elles. Comme il le dit lui-même: «Leurs actions les plus banales peuvent se rapporter à quelque chose de très grave, mais leur comportement extraordinaire dépend parfois d'une épingle à cheveu ou d'un fer à friser.» Il a toujours plus ou moins ironisé sur les qualités des femmes jusqu'au jour où il a été battu par Irène Adler. Le fil de ma lettre m'amène tout naturellement à elle. Irène Adler, «La Femme». L'exception, le génie. Sherlock Holmes a été battu quatre fois durant sa carrière: trois fois par des hommes et une fois par une femme. Personnellement, je crois que c'est cette dernière qui l'a le plus marqué. Était-il surpris d'avoir été roulé par une femme? Ou d'avoir été roulé tout court? Je n'ai jamais vraiment connu sa version. Je crois qu'il fut charmé par le fait qu'une femme ait démontré autant de génie que lui. Il avait un profond respect pour Irène Adler et fut profondément troublé lors de l'annonce de son décès (Il me semble que c'était vers 1890). Il m'a affirmé dans Le Pied du Diable n'avoir jamais aimé de sa vie. L'amour n'est pas compatible avec sa personnalité. «L'amour est tout d'émotion et l'émotivité s'oppose toujours à cette froide et véridique raison que je place au-dessus de tout. Je ne me marierai jamais de peur que mes jugements n'en soient faussés.». Mais le fait que, pour toute récompense lors de l'affaire du scandale en Bohême, il n'ait demandé que la photo de Mrs. Adler me porte à penser qu'il aura aimé une fois dans sa vie, qu'il aura aimé une femme qu'il jugeait égale à lui. Je terminerai rapidement en parlant de l'homosexualité. Non, mon ami Holmes n'est pas homosexuel. Il n'est probablement pas hétérosexuel non plus (en excluant le cas d'Irène Adler). Il est pour la logique, pour la raison. Le corps n'a pour lui aucune importance, tout comme l'émotivité ou l'«humanité» humaine (pardonnez cette redondance). Tout cela constitue un gaspillage d'énergie qui pourrait être utilisé à la réflexion. Finalement, pour reprendre votre question, mon ami Holmes est-il misogyne? Je ne le crois pas. Je dirais qu'il est de son temps, rien de plus. Est-il homosexuel? Non plus, il est plutôt «philosexuel». La question de la sexualité n'a jamais été abordée entre nous. Je doute que ce soit seulement dû à la pudeur. Selon moi, Sherlock Holmes n'a jamais abordé ce sujet parce qu'il n'y a jamais pensé. Ses préoccupations ont toujours été ailleurs. J'espère avoir répondu à vos questions. N'hésitez pas à me contacter pour des éclaircissements. Sincèrement, Dr. John Watson |