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John Watson

     
   

Lettre pour le Docteur Watson

   

France, janvier 2006

Cher Watson,

J’ai quelques questions à vous poser. Comment vous est venue l’idée de devenir médecin? Comment avez-vous réagi, vous et votre ami Holmes, quand vous avez su que vous étiez célèbre dans le futur? Est-ce que vous êtes sur une enquête en ce moment?

Je peux vous avouer une chose: voilà, à chaque fois que je vois votre nom, je suis folle de joie. Et il y a une chose qui me fait rire, c’est la façon dont vous jouez les nounous pour votre ami Holmes. Et je donnerais cher pour être avec vous en ce moment.

Sincerely yours,

Une véritable admiratrice de 17 ans,

Aurélie


Très chère Aurélie,

D'abord, je vous prie de pardonner le retard de ma réponse. Je pourrais sans doute vous énumérer une litanie d'excuses, mais la vérité est que je n'en ai aucune qui soit valable. Je sollicite donc votre pardon pour ce comportement indigne d'un gentleman.

J'ai toujours été attiré par la médecine. Vous savez sans doute que nous vivons dans une époque de progrès immense dans plusieurs domaines. Il est maintenant possible de guérir des patients qui seraient morts s'ils avaient vécu il y a à peine cinquante ans! J'ai donc voulu faire partie de ce «renouveau» de la connaissance. N'ayant jamais été très doué en chimie ou en physique, mais très fort en biologie, la médecine était un chemin tracé à l'avance pour moi.

Vous demandez aussi si nous étions présentement sur une enquête. De mon côté, je porte dorénavant plus d'attention à mon cabinet de médecine depuis que Holmes a pris sa retraite. Je sais cependant qu'il continue parfois à collaborer avec la police, mais je ne suis pas au fait de ses dernières péripéties puisqu'il a quitté Londres il y a quelques années et que je ne le vois plus aussi régulièrement.

Veuillez excuser, chère Aurélie, l'allure désordonnée de ma lettre, mais je désire répondre à toutes vos questions et il est parfois difficile de faire une douce transition entre les sujets. Vous me parlez de célébrité. Je sais que Holmes et moi sommes très célèbres dans le futur, mais aussi à notre époque. Je dois avouer que j'en suis assez surpris et un peu mal à l'aise. Je n'ai rien fait qui puisse amener cette célébrité. En racontant les aventures de mon ami Sherlock Holmes, mon intention était de faire connaître au public ses exploits, de montrer que la véritable célébrité devait lui revenir à lui. Je fus donc très surpris dès le début en voyant que j'avais aussi des admirateurs.

Quant à mon ami, la célébrité lui importe peu, qu'elle soit actuelle ou future. Vous savez sans doute qu'il a rarement accepté que son nom soit associé à des enquêtes policières, etc. Il exerce son métier pour le principe.

Je terminerai en parlant de votre commentaire au sujet de la «nounou» de Holmes. En le lisant, j'avoue avoir souri. Je n'avais jamais vu la situation sous cet angle, mais vous avez parfaitement raison. Mais, de toute façon, puisqu'il n'a jamais vraiment su s'occuper de lui-même convenablement, il fallait bien que quelqu'un d'autre le fasse!

Il est malheureusement impossible de nous rencontrer en personne. Le temps est une barrière impénétrable, sauf pour les courriers de Dialogus. Si vous désirez continuer cette correspondance, il me fera plaisir de vous répondre à nouveau. Je vous promets de le faire dans des délais plus raisonnables.

Sincerely,

John Watson


29 mars 2006, Pougues les Eaux, France

Cher Docteur Watson,

Ne vous excusez surtout pas pour votre retard à ma lettre, vous êtes tout pardonné. Car d’après ce que je sais, vous êtes un homme très occupé avec vos affaires personnelles concernant votre métier. Pour ma part, je suis encore une étudiante dans un lycée, donc pas trop occupée.

Vous dites que vous ne voyez plus aussi régulièrement votre ami Mr Holmes, mais est-ce qu’il vous arrive de lui rendre visite? En parlant de votre ami, est-ce que si je lui envoie une lettre dans un certain temps, il me répondra?

Je voudrais vous demander une chose, voilà: on ne connaît que peu de choses à votre sujet, mis à part que vous avez vécu un temps en Australie et que vous avez un frère. Est-ce que cela vous dérangerait de me parler un peu plus de vous?

Pour la Nounou de Holmes, l’idée m'est venue tout d’un coup, je n’y avais jamais pensé comme ça avant de me poser la question.

Sincerely,

Aurélie, 17 ans


Chère Aurélie,
 
Il doit bien y avoir deux ans que j'ai reçu votre missive sans pouvoir y donner de suite! Je vous demande pardon. Mon épouse a longtemps voulu visiter la Suisse et les profits de ma pratique nous ont permis de nous déraciner pour plusieurs mois -un peu plus d'un an, en fait. À mon retour, par contre, ce fut le déluge de mises au point! J'ai dû récupérer mes dossiers chez le docteur Jackson (qui s'était occupé de mes patients durant mon absence) et les passer en revue afin de pouvoir reprendre mes patients en main. Et c'est sans compter toutes les affaires personnelles qu'il nous a fallu dépoussiérer!
 
Mais me voici enfin. Et pour répondre à votre question, oui, il m'arrive d'aller visiter Holmes dans le Sussex. Pas aussi fréquemment que j'aimerais pouvoir le faire, par contre. Et l'homme se tient diablement occupé, ce qui fait qu'il est bien rare que j'aie l'inestimable bonheur de le recevoir en ma demeure.
 
Vous exprimez le désir d'en savoir davantage à mon sujet. Eh bien! Quoique je ne sois pas du tout un personnage aussi fascinant que peut l'être monsieur Sherlock Holmes, la somme bien ronde de mes années rend de plus en plus difficile un résumé concis de ma vie pourtant très simple. De mes premières véritables expériences adultes en Afghanistan jusqu'à mes années tranquilles de médecin citadin -en passant par mes nombreuses aventures aux côtés de Holmes- je ne saurais par où commencer. Que voudriez-vous savoir à mon sujet?

Je demeure, Miss, votre dévoué,
 
John H. Watson