Monsieur Voltaire,
Je suis quelque peu intimidée à l'idée de prendre
la plume pour vous écrire.
J'ai maintenant lu plusieurs de vos oeuvres et à chaque fois,
elles témoignent de votre génie. J'apprécie
particulièrement l'extrait «Prière à
Dieu» du Traité sur la Tolérance et
l'article «Torture» du Dictionnaire philosophique.
Votre bonté ne peut être que saluée après ce
que vous avez fait pour les Calas, les Sirven ou encore le Chevalier de
la Barre qui ont tous été les sujets d'odieuses
calomnies. Pourriez-vous me parler de ces affaires? J'ai appris
également que vous avez séjourné à la Cour
de Frédéric II de Prusse, pourriez-vous également
m'en dire plus?
Je vous remercie par avance de l'attention que vous porterez à
ma lettre et vous prie de recevoir mes plus sincères
félicitations pour les dignes causes que vous défendez.
Bénédicte
Je suis heureux, Madame, d'avoir l'estime
d'une femme honnête; mais pour Dieu ne m'attribuez pas, comme le
font tant d'autres, des ouvrages auxquels je n'ai aucune part. Ce
«Dictionnaire philosophique» dont vous parlez est un
ouvrage impie dont on m'a prétendu l'auteur. Croiriez-vous
qu'à cette occasion un magistrat de Genève vint me
demander poliment la permission de brûler un certain
«Portatif» (c'est un autre nom qu'on donne à
l'ouvrage); je lui dis que ses confrères étaient bien les
maîtres, pourvu qu'ils ne brûlassent pas ma personne, et
que je ne prenais nul intérêt à aucun
«Portatif.»
Vous me demandez de parler de
bien des choses mais le jour baisse et ma chandelle me fatigue la vue.
C'est à regret que je dois clore cette lettre et Wagnière
lui-même en rédigera l'adresse.
Je vous baise les mains.
Voltaire
Monsieur Voltaire,
Je vous remercie du temps que vous avez accordé à ma
lettre. Je m'excuse donc de vous attribuer des ouvrages que vous n'avez
point écrits. Toutefois même si vous en aviez
été l'auteur, il n'y aurait que de la dignité
à en retirer car ce sont de véritables perles.
Je me permets de vous reposer ma question quant aux Calas.
Reconnaissez-vous avoir défendu cette famille?
Je me pose également une question concernant l'inscription
«Deo erexit Voltaire» qui figure sur l'église que
vous avez fait construire à Ferney. En êtes-vous
réellement l'auteur? Pourquoi avoir fait inscrire cette
inscription sur une église alors que vous êtes
déiste?
Je vous remercie de l'attention que vous me consacrez,
Bénédicte
