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Nephtali
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Tolérant mais orgueilleux |
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| Monsieur
Arouet, Je me permets de vous appeller ainsi, par votre véritable nom, car j'imagine qu'il doit vous manquer à force de n'être que ce «Voltaire». Votre personnalité me laisse, je l'avoue, bien perplexe: défenseur de la tolérance, ce qui est tout à votre honneur je dois le reconnaître, il me semble pourtant que certaines de vos positions, moins connues, sont également moins honorables: je veux parler par exemple de l'élitisme intellectuel que vous prônez et de votre répugnance, voire votre mépris, pour l'instruction de la masse populaire. Je trouve dommage qu'un homme ayant été sur certains aspects en avance sur son temps puisse être à ce point orgueilleux. Je vous confesse que votre personne ne m'inspire aucune sympathie sincère, bien que je respecte vos engagements. J'aimerais juste savoir: continuez-vous de regarder norte petite France d'en-haut? Si oui, que trouvez-vous à dire sur son évolution? Les choses sont-elles allées dans le sens de votre philosophie? Je tiens à vous remercier pour le temps précieux que vous avez consacré à la lecture de cette lettre. Ne prenez pas mal, je vous prie, les quelques remarques mitigées sur votre personne; elles n'en valent pas la peine. Avec toutes mes salutations, Nephtali Si vous aviez jeté, Monsieur, ne serait-ce qu’un regard rapide sur la correspondance que Monsieur de Voltaire a échangée avec quelques membres de votre cercle, vous sauriez qu’il est fatigué de s’entendre appeler Monsieur Arouet par d’obscurs inconnus, alors que les plus grands monarques de l’Europe ne se font pas faute de s’adresser à lui en lui donnant son véritable nom. Respecter les règles du monde, c’est une sorte d’habit de noces que tout invité doit revêtir s’il ne veut pas être laissé dans les ténèbres extérieures, comme je suis obligé de le faire pour vous. Vous sauriez aussi qu’il a consenti à jouer ce jeu qui consiste à faire mine de s’adresser à des correspondants du siècle vingt-et-unième; avec quelques personnes intelligentes cela a pu l’amuser quelquefois, mais il ne faut pas outrer la plaisanterie et lui demander son avis au sujet d’un monde que ni vous ni lui n’avez vu et que, semble-t-il, chaque membre de Dialogus imagine à sa façon. Comment verra-t-il, comment verrons-nous les choses d’en haut? Demandez-le à Messieurs les théologiens, il est plus sage ou au moins plus prudent de se tenir à leur avis. Vous dites, Monsieur, que mon maître n’a pas votre sympathie: il vivra fort bien sans elle et les hommages qu’il reçoit de toutes parts sauraient aisément l’en consoler. Portez-vous bien, Monsieur, et apprenez comme il faut écrire aux gens. Wagnière, Secrétaire de Monsieur de Voltaire, Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi. Monsieur Arouet, Je suis absolumment navré, non pas de mes propos, qui, a tête reposée, ne sont nullement insultants, mais de ma terrible méprise. En effet, le but étant dans cette lettre de tenter d'éclaircir certains points de votre opinion. Si les informations qui m'ont été transmises sont fausses, il n'y avait aucune peine à me le signifier avec toute la courtoisie et l'éloquence dont je vous crois capable, mais peut-être qu'en cela également je me trompe. J'ose espérer que ce n'est pas le cas, sinon cette lettre n'aurait aucune raison d'être. Songez, je vous prie, que jamais je n'aurais aussi mal utilisé mon temps pour vous écrire si je ne voyais en vous un homme digne d'intérêt dans le plus grand sens du terme. Le fait que vous ne répondiez pas personnellement et que vous passiez à côté de l'essentiel de mon message est décevant je l'avoue, serait-ce que je ne m'étais pas trompé sur votre orgueil débordant? Je sais qu'il n'est guère convenable de juger de la sorte, d'autant que je suis conscient de mes propres limites, mais il s'agit sans doute du prix à payer si l'on veut bannir de sa correspondance la platitude des écrits sans saveur. J'imagine qu'il aurait été plus dans le ton de me montrer à la fois humble et d'une admiration sans bornes; au lieu de cela je fais le choix de la liberté dans tous ses domaines. Cela vous gênerait-il monsieur Arouet? J'allais oublier: non en effet je n'ai pas estimé utile de lire vos échanges épistolaires avec les membres de «mon cercle» comme vous tenez à nous appeler, j'ai eu la faiblesse de croire que cela vous concernait et vous-seul. Peut-être me suis-je encore une fois trompé! C'est de bonne guerre! Nephtali Si Monsieur de Voltaire avait quelque orgueil, ce qui n'est pas, on pourrait le comprendre à lire ce que lui écrivent les plus puissants souverains d'Europe. Le 26 mars Frédéric le Grand lui disait encore: «Que la nature conserve divum Voltarium, et que j'aie encore longtemps la satisfaction de recevoir de ses nouvelles!» Quand vous recevrez vous-même de pareilles marques d'amitié venant de pareils personnages, vous aurez le droit de parler à mon maître d'égal à égal. À tête reposée, prétendez-vous, vos propos ne sont nullement insultants. Reposez donc un peu plus cette tête et vous comprendrez qu'ils le sont. W. |
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