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mathieu.mic@free.fr |
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Qu'en pensez-vous? |
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| Bien le bonjour, cher écrivain. Ma question est des plus simples: vous avez écrit de nombreux poèmes pour la postérité, c'est certain. Néanmoins, comme vous le savez sûrement, nombre de personnes les apprécient certainement, bien que je n'en aie pas encore rencontré, mais un nombre considérablement plus élevé préfère le conte philosophique écrit par le docteur Ralph. Le docteur Ralph était votre contemporain, et son style littéraire s'inspire grandement du votre. De plus, il critique la langue allemande (château de Thunder-ten-tronckh), pour un ressortissant allemand, n'est-ce pas étrange? Ma question est donc: qu'en pensez-vous, cher Voltaire? L'histoire a-t-elle fait les choses comme vous le vouliez? Amicalement, un certain Candide... PS: Que pensez-vous du commerce triangulaire? Il est certain, Monsieur, qu'il ne faut pas juger une langue sur ceux qui la manient mal, et je supplierai de ne pas juger la nôtre d'après votre style: on a peine à comprendre ce que vous voulez dire. Vous n'appréciez pas mes poèmes, c'est votre droit: je n'ai jamais forcé personne à les aimer; ceux qui les goûtent sont bien assez nombreux sans que j'aie besoin d'en chercher d'autres. En ce qui concerne «Candide», j'ai déjà dit plusieurs fois que je n'avais rien à voir avec ce petit livre: pensez-en ce que vous voulez, je ne suis pas en cause. Le docteur Ralph, que je ne connais que de nom, ne m'a jamais avant de mourir communiqué son opinion sur sa langue; au cas où il serait allemand («ressortissant allemand» comme vous dites) et qu'il l'estimât un peu rude, il ne serait certes pas le premier. Ceux qui ont fréquenté le grand Frédéric (je doute que vous en fassiez partie) ont pu entendre de sa bouche des condamnations bien plus sévères (1). Je termine avec ce que vous appelez «commerce triangulaire»: quand vous cesserez de parler par énigmes il me sera peut-être possible de vous répondre. Veuillez croire etc. ********************************* (1) Note de Dialogus – Voltaire ne pouvait connaître (à moins qu'il ne se sentît pas le droit de le citer) ce passage de l'«Histoire de mon temps», rédigée en français par Frédéric II et où le souverain trouvait la langue allemande «aussi barbare que les Goths et les Huns qui la corrompirent; une grande partie des libertés germaniques consiste en ce que chaque petit État et chaque petit territoire affecte un langage particulier, ce qui diversifie, multiplie et change si considérablement les idiomes que les mêmes idées s'expriment avec des mots et des phrases différentes à Berlin, à Leipzig, à Vienne, à Stuttgart, à Cologne, et dans le Holstein... On manque tout à fait de ces académies qui servent de témoins à l'usage des mots, qui fixent leur véritable sens et leur emploi avec précision, et de là vient que les auteurs, ne connaissant ni règles ni lois, s'abandonnent à leur caprice, et écrivent sans pureté, sans élégance et sans concision dans un langage grossier et dans un style inégal et sauvage.» Puisque vous semblez avoir perdu de vos capacités mentales, je vais
reformuler ma question plus clairement: La plupart des gens (voire tous)
semblent penser que vous êtes l'auteur de Candide. Pourquoi en niez-vous
la paternité, alors que tous les faits vous désignent comme son auteur?
De plus, cette oeuvre est excellente, alors pourquoi nier? Je pourrais bien me mettre en colère, Monsieur, mais je suis bon
chrétien et je reconnais mes torts: jamais je n'aurais accepté la
proposition que m'a faite M. du Montais si j'avais su combien il me
serait difficile de jouer mon rôle. Il m'a remis, comme à vous sans
doute, un livre où se trouvent consignés les principaux événements qui
sont censés devoir se produire pendant les deux cent trente prochaines
années, mais je vous avoue que je n'ai même pas eu le temps de l'ouvrir
et le secrétaire à qui j'ai demandé de le lire reconnaît qu'il n'y a
rien compris. Tous ces récits de guerres et de révolutions qu'on nous
annonce forment un chaos qu'on ne peut démêler. Et non seulement il
faudrait me loger dans la tête cet amas d'histoires incohérentes mais je
devrais apprendre de surcroît tout un vocabulaire nouveau et barbare,
dont il est convenu qu'on l'emploiera à l'avenir, dans le goût de ce
«commerce triangulaire» dont aucun honnête homme de notre époque n'a
jamais entendu parler. Bien. J'ai quelque peu négligé la rédaction de ma réponse l'autre
jour, je vous l'accorde. Toutefois, vous semblez avoir du mal à
comprendre les événements importants de ces deux cent trente années
PASSÉES, eh bien sachez que moi j'ai dû les connaître. Enfin bon, chacun
ses problèmes, j'avoue que les miens ne sont pas bien lourds. À vous parler franchement, Monsieur, je ne me soucie guère de
savoir si vous me voulez du mal ou non. Depuis longtemps il y a des gens
plus haut placés que vous qui s'en occupent mais tout ce qui est au
pouvoir de ces malheureux, c'est de publier contre moi des libelles que
personne ne lit, de prier Dieu de me faire mourir promptement, suivant
les recommandations du saint jésuite Hurtado de Mendoza, ou de
m'attribuer quelques livres impies auxquels je n'ai aucune part, comme
Zadig, Candide et quelques autres. Voilà qui ne me touche guère et ne me
fait pas grand mal. C'est vous au contraire qui, en trouvant excellents
les écrits diaboliques que l'on m'impute, mettez en grand péril votre
âme dans l'autre monde et surtout votre corps dans celui-ci. |
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