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écrit à

   


Voltaire

     
   

Les Henriades

    Monsieur Voltaire,

Je suis très heureux de vous écrire et j'ai une question pour vous. J'aimerais savoir en quoi consiste vos écrits sur les Henriades. On m'a dit que cela avait un lien avec Henri IV, roi de France.

Pouvez-vous me donner les grandes lignes de cet ouvrage?
Non à l'obscurantisme

Monsieur G.
 

Depuis vingt-cinq ans et plus, Monsieur, que je n'ai pas revu Paris, je crois volontiers que la langue a dû changer dans une ville où, pour se vêtir, la mode n'est plus la même après un mois. Vous aurez pitié, cependant, d'un pauvre Suisse qui ne peut se tenir au courant de tous ces bouleversements passagers et ne pas employer devant lui de ces mots comme «obscurantisme» qu'il vient sous votre plume de lire pour la première fois. Puisque je suis de l'Académie française, parlez-en donc la langue et n'employez que les mots que l'on trouve dans son Dictionnaire.

Je comprends beaucoup mieux ce que vous me dites sur «La Henriade» (contentez-vous du singulier sans aller déranger le pluriel), mais je ne saisis guère le sens de la question: il me semble assez connu que le sujet en est le siège de Paris, commencé par Henri de Valois et Henri le Grand et achevé par ce dernier seul. Quant à vous donner une idée de ce poème, je vous répéterai ce qu'on a dit avant moi et qu'on ne manquera pas sans doute de répéter: pour savoir ce que dit un ouvrage, le mieux est de le prendre en main et de le lire; celui-ci n'est pas si rare ni si ennuyeux que vous ne puissiez en venir à bout, ne serait-ce que d'une partie.

S'il vous fallait un garant avant la lecture pour être sûr que vous ne perdrez pas votre temps, me sera-t-il permis de citer le grand Frédéric, qui joint la sûreté du goût au génie politique et militaire. Ce monarque n'a pas jugé indigne de lui de faire publier une édition dont il a composé lui-même la préface; j'ose à peine rappeler les éloges qu'il m'y prodigue et dont je lui laisse la responsabilité, mais il n'a pas craint d'écrire: «Si le poète français imite en quelques endroits Homère et Virgile, c'est pourtant toujours une imitation qui tient de l'original, et dans laquelle on voit que le jugement du poète français est infiniment supérieur à celui du poète grec. Comparez la descente d'Ulysse aux enfers avec le septième chant de «la Henriade», vous verrez que ce dernier est enrichi d'une infinité de beautés que M. de Voltaire ne doit qu'à lui-même.»

Je ne sais que dire après un compliment de ce genre puisque je semblerais un monstre d'orgueil en l'acceptant et que j'offenserais un roi (et quel roi!) en le repoussant.

Veuillez croire etc.