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J'aimerais savoir, selon vous, quel est le rôle
de l'écrivain au XVIIIe siècle?
À vous lire, je devine en vous quelque collégien à
qui son régent aura demandé un travail sur le rôle
de l’écrivain dans notre société actuelle
et, puisque vous m’écrivez par Dialogus, vous ajoutez,
bien sûr, au XVIIIe siècle.
Il faut bien respecter les conventions. Mais que dirait ce brave homme
si vous lui remettiez un travail aussi court que la lettre que j’ai
sous les yeux? Vous risqueriez fort le fouet, sinon le cachot. Je sais
bien que ce sont des punitions qui n’existeront plus au XXIe siècle;
le chevalier Sainte-Claire me l’a assuré. Mais il y a déjà
tant de choses auxquelles il faut croire pour son salut que je puis
bien me permettre de ne pas croire à celle-là.
Qu’entendez-vous au reste par écrivain? Est-ce le gueux
qui noircit quelques feuilles en espérant par là se rendre
capable de payer son réduit? Ou si c’est l’honnête
homme qui abandonne tout le profit à son libraire sans que lui
vienne l’idée d’en toucher un sou? Il y a loin de
ce faquin de Jean-Jacques au président Montesquieu. Apprenez
à poser de bonnes questions si vous voulez qu’on vous donne
de bonnes réponses. Ma lettre vous parviendra bien tard et, je
crains, si vous ne comptiez que sur elle, que vous ayez déjà
été bien fouetté. Mais maintenant, il n’y
a plus de Jésuites et j’espère que les Oratoriens
frappent moins fort. Veuillez croire etc.
Voltaire
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