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Le règne de Louis XV |
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| Cher Monsieur Voltaire, Que pensez-vous du règne de Louis XV? A-t-il été, selon vous, un grand roi? Je dois vous avouer que je n'ai jamais compris pourquoi tant de gens étaient hostiles à la marquise de Pompadour, qui l'a secondé dans bien des cas. Que pensez-vous de son successeur Louis XVI et de son épouse Marie-Antoinette d'Autriche? Les avez-vous déjà rencontrés? Mes respects, Anaïs Représentez-vous, Madame, que si peu de temps après la mort d'un souverain il est bien difficile de rassembler toutes les impressions que nous avons de son règne. J'ai en son temps écrit un «Panégyrique» de ce roi, mais il est vieux de plus d'un quart de siècle; je vous renvoie plutôt à mon «Précis du règne de Louis XV» que je viens de mettre à jour pour les dernières années et qui doit être déjà en librairie. Au cas où le temps vous manquerait, je ne saurais trop vous recommander une petite oraison funèbre de Louis XV composée par un académicien de province, nommé Chambon. Vous n'y trouverez aucun de ces lieux communs et rien de ces déclamations dont le public est tant rebattu; mais vous y verrez de la vérité. Ce petit discours patriotique a réussi chez tous les étrangers: c'est le premier éloge vrai que j'ai jamais lu. Si Louis XV pouvait revivre, il le signerait; mais il l'a signé, puisqu'il dit précisément la même chose dans son testament. Si Madame de Pompadour vous intéresse, je ne puis que vous renvoyer à ce que j'ai déjà dit d'elle dans la correspondance qui porte justement son nom. Il me serait possible d'ajouter quelques détails, mais comme, à l'heure de sa mort, cela faisait déjà bien des années que nous ne nous étions plus vus, je devrais me rapporter à des témoins comme chacun peut le faire, et vous aussi bien que moi. Que dire de notre monarque actuel? Le feu roi ne voulait et ne pouvait vouloir que le bien, mais il s'y prenait mal. Son successeur semble inspiré par Marc-Aurèle: il veut le bien, et il le fait. S'il continue, il verra son apothéose avant l'âge où tant de gens entrent dans la carrière. Je suis fâché de mourir avant d'avoir vu les prémices du beau règne dont vous jouirez si vous êtes plus jeune que moi, car je sens que je n'en ai que jusqu'à la chute des feuilles. Je n'ai jamais eu l'occasion de le rencontrer, non plus que notre charmante souveraine qui fait maintenant les délices des Français. Tout mourant que je suis, soyez sûre pourtant qu'il suffira d'un mot de Sa Majesté pour que je fasse le voyage de Paris; si cet effort devait me coûter la vie, croyez bien que ce serait pour moi la consolation suprême de pouvoir mourir à ses pieds. Veuillez croire etc. |
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