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Cher Arouet,
Que pensez-vous de la société québécoise
contemporaine située au Nord-Est de l’Amérique?
En revanche, il se peut que vous refusiez de répondre à
la question, n’ayant pu être témoin de l’évolution
de cette société. Mais je pense que s’il est possible que
mon courriel puisse vous parvenir, il est tout à fait plausible
que vous soyez bien installé quelque part entre le monde
réel et le néant et qu’en cet endroit vous disposiez
d’une vaste bibliothèque renfermant des études sur toutes
les sociétés humaines. Par contre, si par hasard vous ne
vous étiez pas informé au préalable sur ladite
société, pouvez-vous me faire part de votre opinion sur
la société canadienne française qui existait jadis
au 18eme siècle de notre ère?
Cordialement,
Simon D. dit Sperry, étudiant agnostique d’origine
anglo-franco-irlandaise
Vous auriez dû, jeune
homme, lire d'un peu plus près la lettre d'acceptation que
Monsieur de Voltaire a envoyée au chevalier Sainte-Claire et les
correspondances qui ont suivi: mon maître acceptait d'entrer dans
le jeu et de faire mine de répondre à des personnes qui
lui écriraient depuis le siècle vingt et unième,
mais il ne s'est nullement engagé à lire le gros volume
censé lui faire connaître les événements qui
s'ensuivraient pendant plus de deux siècles; personne d'ailleurs
de sa maison n'y a rien compris. Ne lui demandez donc pas ce qu'il
pense des rêveries de je ne sais quel faiseur de romans
employé par votre cercle Dialogus.
Autre chose, et plus grave
encore peut-être: les plus grands seigneurs de notre
époque s'adressent à Monsieur de Voltaire en lui donnant
son nom; je ne me rappelle pas une seule lettre à lui
adressée qui l'appelât Arouet. Vous pouvez bien sûr
lui répondre que dans l'avenir les choses changeront; mais alors
retournez dans l'avenir et laissez-nous dans le présent.
Recevez les salutations de
Wagnière,
Secrétaire de Monsieur
de Voltaire,
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi |