| Au fleuret | ||
| La pomme et Madame du Châtelet | ||
| Au Fleuret Il est exact, madame, qu'on m'attribue je ne sais combien d'ouvrages condamnables et que je m'en voudrais d'avoir écrit, mais c'est une affaire qui m'amuse plus qu'autre chose parce que je ne cesse de recevoir des lettres de personnes comme vous, qui non seulement s'efforcent de me faire avouer ce qui n'est pas, mais montrent qu'elles-mêmes n'ont jamais lu ces livres dont elles me voudraient l'auteur. «Il me revient quelque histoire de pomme tombée qui ne vous serait pas étrangère», dites-vous en prenant un air mystérieux. Or non seulement je n'ai jamais écrit rien de pareil mais, si vous ouvrez ces «Lettres philosophiques» où je ne suis pour rien et que j'abandonne volontiers au bourreau, vous ne trouverez pas une fois le mot «pomme» mais, seulement à la lettre XV: «un jour qu'il se promenait dans son jardin, et qu'il voyait des fruits tomber d'un arbre(...)». Des fruits, madame, on ne disait rien d'autre… et puis l'imagination s'en est mêlée et c'est aux pommes qu'on est maintenant. Croyez donc un peu moins votre confesseur et vérifiez par vous-même ce qu'il vous a dit. Je vous baise les mains. V. Monsieur, Je vous remercie du temps que vous avez pris à me répondre, et du plaisir de lire votre missive. J’éprouve toutefois quelque scrupule, et aimerais vous détromper: car je n’appartiens pas au sexe dit faible (mon pseudonyme ne pouvait le laisser deviner)! Je ne vous en remercie pas moins pour votre réponse, et reste curieux de vos propres pensées dans le domaine des choses physiques… Vôtre |
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