| Classe vwo-5 | ||
| La liberté d'expression | ||
| Monsieur, Nous sommes des élèves d'un lycée aux Pays-Bas. Nous sommes tous protestants et nous étudions l'histoire du protestantisme en France. Vous vous êtes occupé de l'affaire Calas, et nous avons compris que vous avez défendu le protestant monsieur Calas. Pourtant, nous avons également compris que vous aviez d'autres opinions que lui. Pourriez-vous nous dire pourquoi vous l'avez défendu? Quelle est votre opinion sur l'église protestante de nos jours? Quelle est votre conviction personnelle de la religion? Parfois, on a l'impression que vous montrez deux visions opinions: parfois vous dites que Dieu existe et parfois vous dites que Dieu n'existe pas! Qu'est-ce que vous pensez réellement de ce sujet? Nous espérons que vous voudrez bien répondre à toutes nos questions. En vous remerciant d'avance, Salutations cordiales, classe vwo-5 Mérith, Doortje, Thirza, Hester, Arian, ArendJan, Marleen, Seline, Riëtta, Joleyn, Mariëlle, Mariëtte, Marianne, Jolanda, Jessika, Laurens Je sais bien que le jeu de Dialogus consiste à croire que vous m'écrivez depuis un temps à venir, mais je me sens trop vieux et trop las pour me sentir l'envie de jouer: voyez les vieux chats, ils ne jouent plus avec les souris, ils les mangent tout de suite comme l'a fait celui de la fable. Ne me demandez donc pas mon opinion sur ce que sera l'Église protestante dans deux cent trente années; je n'en sais rien, et vous non plus. Si vous voulez savoir pourquoi j'ai défendu les Calas. Ne croyez surtout pas les infâmes petits livres que l'on fait courir sous mon nom et voyez donc la vérité. J'aurais été noyé dans les plaisirs de la capitale, c'est à peine si j'aurais confusément perçu quelques échos étouffés de l'innocence et de la douleur, mais dans mon ermitage de Ferney, à deux pas des protestants de Genève qui faisaient entendre leur indignation, le moyen de n'être pas informé? Le plus jeune des fils s'était réfugié dans cette ville et je le mandais pour mieux m'instruire. Je m'attendais à voir un énergumène tel que son pays en a produit quelquefois. Je vis un enfant simple, ingénu, de la physionomie la plus douce et la plus intéressante, et qui en me parlant faisait des efforts inutiles pour retenir ses larmes. J'entendais en moi le cri de la nature qui me pressait d'apporter mon aide à mon semblable et je n'écoutai pas les remontrances de la raison qui me présentait les difficultés à attendre. L'heureux succès de l'affaire ne peut faire oublier les difficultés auxquelles je devais me heurter, mais la justice l'emporta et je mourrai content. Vous me demandez, comme bien d'autres, quelles sont mes convictions religieuses. Croyez seulement qu'elles sont irréprochables et je n'aurais aucune peine à les mettre ici par écrit s'il n'existait pas des monstres capables de brandir une lettre innocente que si un accusé confesse qu'il existe un Dieu, c'est qu'il est persuadé au fond de lui-même qu'il n'y en a point. La chose est bien souvent arrivée et, dans le monde de loups qui nous entoure, on doit toujours parler le moins possible. Le vieil ermite de Ferney, qui n'a aucune crainte à comparaître devant l'Éternel mais préfère ne pas comparaître devant ceux qui prétendent le représenter. |
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