Melis
écrit à

   


Voltaire

     
   

L'affaire Calas en 1765

    Cher monsieur Voltaire,

Je vous écris cette lettre car je trouve que vous êtes un personnage très important dans l'Histoire. Mais pour mieux vous connaître, j'aimerais vous poser quelques questions qui m'intriguent beaucoup.

J'aimerais savoir quelle idée vous a poussé à devenir philosophe et écrivain à la fois. Qu'est-ce qui vous a poussé à intervenir dans l'affaire Calas en 1765? Et pourquoi vous êtes-vous disputé avec le chevalier de Rohan? Puis, quelle était la raison de votre voyage en Angleterre? Je ne sais pas si vous avez déjà eu une femme: était-elle importante à vos yeux? Je pense que je vous ai posé assez de questions.

Avec tout le respect que je vous dois, j'attends une réponse de votre part.

Sincères salutations,

Melis, treize ans, quatrième trois, collège Romain-Rolland.


Ainsi, mon enfant, vous me promettez l'immortalité quand j'aurai quitté cette terre puisque je dois être «un personnage très important dans l'Histoire». À mon âge, hélas, je ne puis que repenser à Achille qui répondait aux compliments d'Ulysse:
 
«Ne me console pas d'être mort, cher Ulysse!
J'aimerais mieux, vivant, travailler au service
D'un homme qui n'aurait point de biens superflus
Que régner sur ces morts, des gens qui ne sont plus».
 
Et je répondrai aussi brutalement que le grand Corneille:
 
«Que tout meure avec moi; Madame, que m'importe
Qui foule après ma mort la terre qui me porte?»
 
Vous me demandez ce qui m'a poussé à être écrivain et philosophe. J'ai eu la chance d'avoir des maîtres qui m'ont formé le goût et l'esprit quoiqu'ils appartinssent à un ordre dont la disparition a réjoui à juste titre toute l'Europe.
 
Quant au chevalier de Rohan, c'est à lui qu'il faudrait poser la question. On le lui a peut-être demandé dans l'autre monde et, pour savoir la suite, il n'est que de lire l'Évangile: «comme il gardait la bouche close il fut jeté dans les ténèbres extérieures; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.»
 
Au revoir mon enfant, rejoignez-moi le plus tard possible.
 
V.