Noé
écrit à

   


Voltaire

     
   

Jeannot et Colin

    Bonjour cher Voltaire,

Votre petit conte Jeannot et Colin m'a beaucoup instruit et me redonne courage. Mais je ne puis me le procurer (il est en rupture de stock).

Pourriez-vous me le résumer?

Noé

Bonjour, mon brave,

Combien de fois faudra-t-il répéter qu'il ne faut point croire la rumeur publique et qu'il circule sous le nom de Monsieur de Voltaire un grand nombre d'écrits auxquels il n'a aucune part! Tout le monde à Issoire, et même à Paris, sait que le conte Jeannot et Colin est l'oeuvre de Guillaume Vadé et qu’il n'y a pas à l'attribuer à un autre. Le prophète bohémien, comme l'appelle mon maître, peut bien dans sa Correspondance Littéraire faire mine de croire les bruits qui courent, ceux pour qui il rédige sa feuille sont assez instruits pour savoir ce qu'il en faut penser.

Au vrai cette attribution ne gênerait pas, car ce récit est fort inoffensif et il faut l'oeil d'un théologien pour y voir la moindre attaque contre l'Église ou quelque autre puissance, mais des imprimeurs pressés par la faim ont coutume d'y adjoindre d'autres récits fort condamnables et que mon maître est d'ailleurs, comme il se doit, le premier à condamner.

Portez-vous bien.

Wagnière,
Secrétaire de Monsieur de Voltaire,
Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi