Bonjour, mon brave,
Combien de fois faudra-t-il
répéter qu'il ne faut point croire la rumeur publique et
qu'il circule sous le nom de Monsieur de Voltaire un grand nombre
d'écrits auxquels il n'a aucune part! Tout le monde à
Issoire, et même à Paris, sait que le conte Jeannot
et Colin est l'oeuvre de Guillaume
Vadé et qu’il n'y a pas à l'attribuer à un autre.
Le prophète bohémien, comme l'appelle mon maître,
peut bien dans sa Correspondance
Littéraire faire mine de
croire les bruits qui courent, ceux pour qui il rédige sa
feuille sont assez instruits pour savoir ce qu'il en faut penser.
Au vrai cette attribution ne
gênerait pas, car ce récit est fort inoffensif et il faut
l'oeil d'un théologien pour y voir la moindre attaque contre
l'Église ou quelque autre puissance, mais des imprimeurs
pressés par la faim ont coutume d'y adjoindre d'autres
récits fort condamnables et que mon maître est d'ailleurs,
comme il se doit, le premier à condamner.
Portez-vous bien.
Wagnière,
Secrétaire de Monsieur
de Voltaire,
Gentilhomme ordinaire de la
Chambre du Roi
