Vicor
écrit à

   


Voltaire

     
   

Jean-Jacques Rousseau

    Cher Monsieur Voltaire,

Je suis actuellement en classe de seconde et lors de mes cours de français, mon professeur, admirateur invétéré de Jean-jacques Rousseau ne cesse de vous critiquer arguant votre manque de talent.

Je vous pose donc la question suivante: quels rapports entreteniez-vous avec Jean-Jacques Rousseau et avez-vous oui ou non profité de la traite des esclaves?

Bien respectueusement, en attendant votre réponse.

Je vous avoue, mon enfant, me soucier fort peu de l'opinion que peut avoir de moi un maître ou un sous-maître que vous honorez du nom de professeur. Homère non plus n'avait aucun talent d'après Zoïle, ni Molière aux dires de Trissotin; vous me voyez là en bonne compagnie. Le destin m'a favorisé en me confiant dans ma jeunesse à des esprits éclairés qui m'ont appris l'art d'écrire; puisque vous n'avez pas cette chance, lisez les grands auteurs que le temps a consacrés et n'écoutez pas les sottises qu'on peut vous rabâcher au collège.

En ce qui concerne cette question sur le commerce des esclaves auquel j'aurais participé, on me l'a déjà posée et je me lasse d'y répondre. Voyez plutôt ce que j'en ai pu dire dans la correspondance «Qu'en pensez-vous?».

Adieu, et cultivez votre jardin, j'entends par là votre esprit.

V.