Idéologie?
       
       
         
         

bar_damu@hotmail.com

      Bonjour Monsieur,

Tout d'abord, laissez-moi vous féliciter pour vos attaques contre ce saltimbanque de «monsieur» Rousseau. J'ai adoré les lettres que vous avez écrites à cet incapable qui ne sait même pas contenir sa pisse! Quel malheur qu'il soit en face de vous au Panthéon! Vous méritiez mieux!

Mais par contre, je voudrais tout de même que vous éclaircissiez un point... J'ai cru comprendre que vous en aviez contre les juifs, mais vous étiez aussi franc-maçon, à un certain point. Alors pouvez-vous m'expliquer comment on peut être antisémite et franc-maçon en même temps? Mon ami Louis Ferdinand aurait du mal à comprendre cela! Avec tout le respect que je vous dois, malgré mes interrogations,

Bardamu

 

       
         

Voltaire

      Il faut convenir, Monsieur, qu'à l'aube du 21e siècle ou bien je serai fort méconnu, ou bien on pratiquera assidûment «la chose qui n'est pas». Me voilà franc-maçon à présent, même si je ne le suis point et ne l'ai jamais été. Ce sont des gens auxquels je reproche peu de choses, si ce n'est de s'attacher à des simagrées ridicules dans l'idée que le peuple les respectera davantage: ils oublient que les sages en gémissent. Ils ont l'avantage de se soutenir et d'être fidèles les uns aux autres et on souhaiterait que les philosophes les imitassent sur ce point. Quoi qu'il en soit je ne suis pas de leur nombre, et je souhaiterais fort, si vous êtes plus savant que moi, que vous m'apprissiez la loge à laquelle j'appartiens et le jour où j'ai été initié.

Pardonnez à Jean-Jacques de ne pouvoir se retenir de pisser; c'est un des maux de la vie et qui nous guette tous. Reprochez-lui plutôt de ne se pouvoir retenir de proférer des sottises, particulièrement contre ses bienfaiteurs. Je ne sais de quel Panthéon vous parlez, mais si je devais le retrouver dans l'autre monde, je me croirais sur l'heure en enfer.

Quant aux Juifs, Monsieur, je n'ai rien contre eux, pas davantage que contre le reste du genre humain, mais j'ai la faiblesse de me défendre quand je suis attaqué. Si nous ouvrons leurs livres saints, que nous avons la bonté de reconnaître comme les nôtres, nous n'y voyons que meurtres, rapines et haine du prochain ordonnés par Dieu lui-même; des sages vous expliquent que ces récits invraisemblables ont été imaginés à une époque où ils étaient soumis à des vainqueurs qui les méprisaient et qu'ils essayaient de se venger ainsi, dans la mesure de leurs faibles moyens. Ce sont les rêves d'un esclave fouetté qui s'imagine ainsi fouetter son maître. D'autres, plus ingénieux, voient partout des symboles et des fictions et essaient de cacher l'horreur sous l'allégorie. Le malheur, c'est que tous ne l'ont pas entendu de cette façon: on sait que sous Trajan ils se sont révoltés dans l'île de Chypre; comme ils formaient déjà la moitié de la population, ils ont tenté de massacrer l'autre. Ce que rapportent Dion et Eusèbe peut à peine se supporter. Il faut donc se méfier d'eux quand vous les croyez tranquilles, de même qu'il faut vous méfier de la canaille que vous voyez s'affairer tranquillement à son travail: un jour de Saint-Barthélemy, Dieu sait de quoi elle serait capable.