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moi_a_lo@hotmail.com |
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Grivoiseries |
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| Cher Voltaire, Je ne vous connaissais pas cette âme humoristique que j'ai découverte dans l'Ingénu... Vous aimez les grivoiseries à ce que je vois. Répondez-moi! Annlo Il est très triste, Madame, qu'on m'attribue tous les jours des ouvrages que je n'ai point faits; vous avouerai-je que j'avais d'abord entendu parler de «L'Ingénu» comme d'un monstre, comme d'un monument d'impiété, et je ne pouvais concevoir comment en France on en avait permis l'impression. J'en étais d'autant plus ennuyé que, dans leur acharnement, les fanatiques ont pour ressource ordinaire d'imputer aux gens des «Ingénus» pour les rendre suspects d'hérésie, et malheureusement le public les seconde, car s'il paraît quelque brochure avec deux ou trois grains de sel, même du gros sel, tout le monde dit: «C'est lui, je le reconnais; voilà son style; il mourra dans sa peau comme il a vécu». Quoi qu'il en soit, sachez que je n'ai point fait «L'Ingénu», je ne l'aurai jamais fait; j'ai l'innocence de la colombe, et je veux avoir la prudence du serpent. Au vrai, l'ayant lu, je n'y trouvai qu'une plaisanterie assez innocente d'un moine défroqué, nommé du Laurens, auteur du «Compère Matthieu», et je sais qu'elle a trouvé grâce auprès des hommes, des femmes, des filles, et même des prêtres. Vous me parlez d'une oeuvre un peu trop libre, mais je me rappelle en avoir envoyé un exemplaire par les bons soins de M. le duc de Praslin pour amuser une convalescente; s'en serait-il chargé s'il s'était agi de quelque gaillardise capable de choquer une personne honnête? Je viens pour vous de rouvrir le livre et, pas plus que la première fois où je l'ai lu, je n'y ai trouvé de passage qu'on ne pût laisser sous les yeux d'une jeune fille. On parle bien d'un eunuque, mais le terme est dans les Évangiles et dans les Actes de Apôtres que l'on met entre les mains des enfants. Quant aux allusions à certains rapports entre maris et femmes, il faut convenir que le tout est dit avec une telle discrétion que si un enfant avait l'idée de lire ce petit roman il est douteux qu'il y comprît quelque chose. Et vous-même, Madame, en rougissant devant cet ouvrage, le faites-vous spontanément ou vous sentez-vous obligée de le faire parce que quelque Arsinoé vous l'aura dit? N'hésitez donc pas, Madame, à lire cet «Ingénu», vous y trouverez de bonnes et d'utiles leçons; c'est ce que vous souhaite le vieillard de Ferney Voltaire |
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