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écrit à

   


Voltaire

     
   

Diderot, Montesquieu...

   

Monsieur Voltaire,

Je vous salue bien bas. C'est avec émotion que je m'adresse à un si grand personnage. Je me demandais quelles furent les relations entre vous et les autres penseurs de votre temps. Je sais que vous aviez des divergences avec Rousseau, mais connaissiez-vous Charles Louis de Secondat, baron de la Bréde et de Montesquieu, et Denis Diderot, et que pensez-vous de ces personnages?

Grégory Dunham


Une illusion commune en province est de s'imaginer qu'à Paris tous les gens dont le nom a quelque réputation se connaissent et se rencontrent; de fait le président Montesquieu et moi-même n'avons guère eu l'occasion de nous voir, ce qui m'a dispensé de tenir les formules d'amitié auxquelles nous oblige la civilité, c'est-à-dire l'hypocrisie. Au reste, vous savez que je suis éloigné de la capitale par les tracas d'un âge que je ne pensais pas atteindre et par quelques autres soucis, il est douteux que j'y retourne et je reconnais bien des écritures quand je ne reconnaîtrais pas leurs auteurs.

Montesquieu aura moins cultivé que Diderot la vigne de la vérité. À lui j'ai au contraire beaucoup écrit même si, là encore, nous n'avons pas eu l'occasion de nous voir. Je l'ai défendu dans « L'Écossaise » contre les attaques dont il était l'objet; sur quelques points nous n'étions pas en accord, mais si j'en suis arrivé à l'âge où l'on doit pardonner à ses ennemis, je pardonne encore plus facilement à un ami.

Ma lettre n'est pas longue; elle ne vous ennuiera donc pas: vous savez qu'à mon âge les vieillards radotent et il ne leur convient pas de

Voltaire