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| isabelle.mercier6@caramail.com |
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C'est avec beaucoup d'émotion... |
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| ...que je me permets de m'adresser à vous: parce
que c'est un jeu, parce que ce n'est pas vraiment vous François
arrouet, pour qui j'ai pleuré de rage étant jeune fille,
à l'idée de ne jamais vous rencontrer. Vous blanchissiez
mes nuits et me consoliez de mes chagrins, je vous citais dans toutes
mes dissertations et n'avais que votre nom à la bouche, méprisant
Rousseau, oubliant Montesquieu...Les choses ont changé bien sûr:
fidèle à ma passion adolescente, je vous défends
toujours, mais sans bec ni ongle... il me plaît de m'être adressée à vous ce jour, c'était inattendu... ISABELLE À Ferney, ce jeudi 24 auguste [1775] Vous jouez le jeu de Dialogus, Madame, en faisant mine de vous adresser à un mort; il est triste seulement que vous ne vous trompiez qu'à moitié. Je suis à la mort tous les hivers et il est bien probable que le prochain m'emportera. Montaigne écrivait de lui-même alors qu'il rédigeait ses Essais: «Ce que je serai dorénavant, ce ne sera plus qu'un demi-être, ce ne sera plus moi; je m'échappe tous les jours et me dérobe à moi…» Qu'aurait-il dit s'il s'était trouvé dans mon état? Mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé sur des os qui ne tiennent à rien. Le peu de dents que j'avais est parti. Avec cela un certain M. de N… a eu la bonté de m'offrir son aide contre deux faquins dont l'un est mort, c'est-à-dire à peine plus que moi; vous avez sans doute entendu parler de ce libelle que feu La Beaumelle et Fréron ont publié contre La Henriade: il y a quelques années encore je les aurais saisis à la gorge, mais je viens de répondre qu'il ne faut pas attaquer à la fois toutes les puissances, c'est-à-dire écraser des puces quand il faut combattre des loups. Je laisse le public juge, j'entends qu'il est libre de lire et de s'ennuyer. J'espère que vous prenez toujours du plaisir à lire mes ouvrages, mais je vous rappelle comme à tant d'autres que plusieurs de ces enfants, qu'on baptise de mon nom, ne sont pas de moi. Deux magistrats et deux prêtres de Lausanne, qui ne m'ont jamais consulté, ont entrepris une édition de mes oeuvres en quarante-deux volumes; si par hasard le vingt-troisième tombait sous votre main, vous y verriez une trentaine de petites pièces de vers dignes du cocher de Vertamont. Croyez à l'amitié du vieillard de Ferney Voltaire |
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