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Voltaire

     
   

Ce détestable personnage

    Avec un peu de recul, je constate que l'aversion, le dégoût, la répugnance, le mépris que m'a toujours inspiré Monsieur de Voltaire sont partagés par Musset, de Maistre, Claudel (qui le traite de vieux singe pisseur) et même Stefan Zweig qui, moins indulgent que moi (j'apprécie l'historien), ne reconnaît que Candide à mériter de passer à la postérité dans une oeuvre touffue et une vie trop longue.


17 octobre [1775]

Je constate, Monsieur, qu'en cette année 1775 où nous vivons, ceux qui disent du mal de moi le font en baissant la voix de plus en plus; de grands souverains d'Europe m'honorent de leur correspondance alors qu'ils ne méprisent même pas mes ennemis: ils les ignorent. Vous-même en êtes réduit à évoquer des injures que m'adresseront dans l'avenir, à vous en croire, des personnages dont j'ignore les noms et dont personne sans doute n'entendra parler. S'il n'y avait pour moi que ce malheur en ce monde-ci, je n'aurais vraiment pas lieu de me plaindre.

Je ne vous prie pas de croire à mon respect: je mentirais.

Voltaire



Oh! Monsieur, les ennemis ne vous ont pas manqué à votre époque; des deux Rousseau à Maupertuis en passant par Lefranc de Pompignan; mais à force de mots d'esprit, de concussions, de flatteries (n'avez-vous pas eu l'outrecuidance de dédicacer l'une de vos plus mauvaises -et le choix est difficile- tragédies, «Mahomet ou le fanatisme», à Benoît XIV, et n'avez-vous pas fait une plate cour à Madame de Pompadour pour obtenir le titre d'historiographe du roi?), vous avez réussi à triompher d'eux, ce qui fait honneur à vos capacités de flagornerie, mais pas à votre âme, vile et lâche jusqu'au bout de vos ongles crochus, car je n'oublie pas que votre fortune doit plus à la traite négrière et aux pensions qu'à la vente de vos libelles et épigrammes.

Vous avez pu faire illusion parce que vous avez été un champion de la méchanceté venimeuse, mais vous ne résisterez pas à l'épreuve du temps, et je vous assure que, en dehors de Candide, de l'Ingénue, de ce que vous appeliez vous-même vos «coyonnades» et de vos oeuvres historiques, plus personne ne vous lira car vous aurez cessé d'intéresser.

Vous avez commencé votre carrière en héritant de Ninon de Lenclos, vous l'avez terminée en trahissant les jésuites qui vous avaient tout appris. Vous êtes un être profondément malfaisant, et je suis bien aise que vous ne me présentiez pas vos respects, car votre salut salit.

Quant aux grands souverains d'Europe, dont la correspondance vous bouffit d'orgueil, vous savez bien qu'ils se sont moqués de vous, mais votre vanité vous empêche de le reconnaître. Vous pensiez être un citron, vous êtes à peine un ciron.


5 novembre [1775]

Je ne transmettrai plus vos sottises à M. de Voltaire et celle-ci est la dernière à laquelle je répondrai. Il était bien précisé que l'homme illustre que je sers répondrait aux lettres respectueuses et constructives; la vôtre, qui n'a aucune de ces deux qualités, n'a même pas le mérite d'être bien écrite.

Quelques mots quand même sur les deux Rousseau: le premier est mort misérablement loin de sa patrie qui l'avait exilé, le second traîne son existence en quémandant des secours auprès de riches imbéciles qu'il traîne ensuite dans la boue pour les remercier. Quant à Maupertuis, qui était un savant parmi les plus grands, avec qui son caractère irascible ne l'a-t-il pas amené à se brouiller? Il se serait sans doute brouillé avec vous si votre obscurité ne vous avait protégé.

Vous n'aimez pas les pièces de M. de Voltaire? Le public les apprécie et cela lui suffit. Les comédiens le remercient de les avoir écrites, car ce sont elles qui leur permettent de vivre. Faites-en de meilleures quand vous aurez appris à écrire et vous aurez alors le droit de jouer au censeur.

Wagnière

Secrétaire de M. de Voltaire

Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi


Si le public de 1778 a pu en effet applaudir à vos détestables tragédies, c'est qu'il était moins public qu'opinion publique et qu'il voulait fêter le défenseur de Calas et de Sirven, ce qui était juste.

Mais la médiocrité d'Irène ne résistera pas au jugement des générations ultérieures et, si les comédiens avaient dû compter sur les représentations de vos pièces pour assurer leur subsistance, ils auraient été très intermittents.

C'est un qualificatif qui ne vous convient pas, Monsieur, tant vous êtes constant dans la nullité, et cette constance est la seule qualité que je vous trouve. Je ne vous salue pas et ne vous serre que les dents.

JFW