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Voltaire

     
   

À l'un des fondateurs du classicisme français!

    Paris, ce 1er Auguste 2005

Vous, Monsieur Voltaire, qui m'écrivez de ce Siècle des Lumières, pouvez-vous me le conter? Pouvez-vous me parler de Mademoiselle d'Estreville? Je ne connais pas la Clairon ni son jeu d'actrice mais je sais que des querelles (jusqu'au phénoménal TANCRÈDE) vous opposaient...
À quel sujet?

Vous qui avez connu Diderot et d'Alembert, Boucher et Fragonard, Piron, Madame du Châtelet, vous ne pouvez savoir ce que je donnerais pour avoir votre génie «Lumineux» et votre plume piquante!

Je vous respecte (par exemple je n'apprécie pas énormément Rousseau) car même au seuil de la mort, vous n'avez jamais cherché comme d'autres à renier vos écrits, ou eu un quelconque regret d'avoir été le personnage du siècle « Si insolent et si révoltant par votre envie de montrer la Lumière et faire admettre vos idées» que vous en avez été tout autant aimé et glorifié que détesté et méprisé par tous les peuples d'Europe et pas seulement par les Français . Lors de mon cours de russe j'ai appris que c'est vous qui aviez conseillé à Catherine II de nommer son palais «Ermitage». Quelles relations entreteniez-vous avec elle? Vous lui avez écrit, mais l'avez-vous vue? Avez-vous rencontré les Stroganoff et qu'avez-vous pensé d'eux? Savez-vous que l'Impératrice a racheté votre bibliothèque entière et que votre statue, semblable à celle dans la Comédie Française, s'y trouve? Je suis déçue par mon siècle sur le point de vue littéraire classique. Nous ne trouvons plus aucun auteur de pièces ou personne dénonçant les injustices avec autant de ferveur que vous autres... Ici tout le monde est publié même les auteurs de livres les plus incontinents... Les livres les mieux vendus sont du genre (imaginez!): «Autobiographie de Ma vie et de moi seul pour vous démontrer ce par quoi je suis passé avant d'être star (heu c'est vite dit!) et pourquoi vous devez m'aduler». C'est le genre de livre que le plus crétin des personnages (du moment qu'il sait aligner trois mots et soit célèbre) écrit. Je ne peux trouver quelqu'un de votre temps qui fut comme tel...

Franchement je vous envie de vivre là où vous êtes... Ici on a peur de formuler ouvertement ses idées et, si vous le faites, personne ne vous lira ou n'y prêtera attention ... Comme je regrette Candide, Tancrède, Micromégas, etc... Pourquoi n'y a-t-il pas d'autres hommes comme vous? Ne voulez-vous pas venir dans notre siècle, ne serait ce qu'un tout petit peu, pour dénoncer et vous enorgueillir de votre supériorité sur la stupidité de certains GRANDS HOMMES? Dommage que seules nos lettres voyagent...

Dernière question, Monsieur Voltaire, qui vous verrez, est plutôt curieuse... Je ne sais si on vous l'a déjà posé mais venons en au fait: Pourquoi avoir choisi comme pseudonyme «Voltaire»? Est-ce (c'est peut-être stupide mais plus jeune je le croyais) les Volts (l'énergie électrique ) qui circulent dans les airs «électrocutant» (tuant d'une décharge d'énergie (au sens figuré bien sûr)) tout le Monde par vos écrits, votre présence d'esprit et tout ce qui fait de Voltaire... Voltaire? Pourquoi Voltaire d'ailleurs?

Je vous remercie pour les fabuleuses pièces et traités philosophiques que vous nous avez laissés. Et si ça peut vous faire plaisir, désormais le français est connu comme «Langue de Voltaire» (et non celle de «Rousseau»), et vos écrits sont étudiés et adorés par élèves et professeurs (du Lycée et parfois du Collège et même à l'Université!)

Rosée , qui espère à 15 ans marcher sur les traces de son mentor Voltaire!



11 auguste [1775]

En ce XXIème siècle où vous vivez, Mademoiselle, c'est au moins ce qui est convenu à Dialogus, il est normal qu'on parle de moi comme d'un homme mort, mais même si je sens que je n'encombrerai plus longtemps ce XVIIIème siècle où mon pauvre corps essaie de vivre, je vous demande pardon de ne pas savoir ce qu'il adviendra de moi à mes derniers instants. J'aurai au moins cette consolation de me dire que, puisqu'il n'y a plus de jésuites, ces gens-là ne viendront pas m'assiéger jusque sur dans ma chambre, mais je crains qu'une bande de jansénistes n'en profite pour venir torturer mon agonie et que je n'aie échappé aux renards que pour tomber entre les griffes des loups.

À l'extrême fin de ma vie, j'aurai eu au moins la consolation du bonhomme Siméon en voyant la grande impératrice Catherine être le modèle des souverains. Mais comme je suis un peu plus curieux que ce vieillard, j'aurais aimé avoir l'espérance de quelques années encore pour assister à son entrée glorieuse dans Constantinople arrachée au Turc. Vous êtes bien aimable de me prédire que Sa Majesté rachètera ma bibliothèque entière, mais je ne pense pas qu'elle portera tant d'intérêt à celui qui, dans la foule, n'est qu'un seul de ses admirateurs; quant à l'appellation d'Ermitage qu'elle a donnée à une de ses résidences, elle n'avait pas besoin de moi pour trouver ce nom car rien n'est plus à la mode aujourd'hui que d'avoir une retraite où l'on s'isole avec de rares amis choisis.

Il est peu respectueux, après avoir parlé d'une telle dame, de venir à celle qui n'est que Melle Clairon, mais puisque vous m'en parlez je vous dirai qu'elle possède un jeu remarquable dès l'instant où elle veut bien échapper à la mauvaise influence anglaise. Les Anglais sont souvent admirables et nous devrions les imiter sur bien des points, mais précisément leur goût est trop souvent ce qu'ils ont de détestable et c'est là que nous voulons être leurs élèves. Cette excellente actrice a failli faire tomber Tancrède, en y insérant ou en y faisant insérer des vers ridicules, alors que c'est grâce à elle que j'aurai vu la perfection en un genre au moins une fois dans ma vie.

Puis-je vous dire pour terminer une chose que j'ai déjà cent fois répétée: j'ai bien écrit
Tancrède et d'autres pièces, mais jamais je n'ai reconnu être l'auteur de Candide ni de Micromégas. Lisez ces petits ouvrages sous votre responsabilité et celle de votre confesseur, mais n'y mêlez pas mon nom.

Veuillez croire etc.


Paris, ce 21 septembre 2005

Je suis fort surprise, Monsieur. L'année passée, j'ai étudié avec les élèves de ma classe les deux ouvrages que sont Candide et Micromegas. Or il n'y a guère à s'y méprendre, vous êtes dit auteur de ces deux romans. Tente-t-on de vous les attribuer?

J'ignore si vous êtes au courant, mais je me doute que vous avez déjà compris: à notre siècle et époque, l'éducation est l'affaire de tous, et garçons et filles vont dans les mêmes écoles, dites alors mixtes. Les femmes peuvent accéder à de plus hauts postes même si certains leur sont encore fermés.

Prenez bien soin de votre santé, Monsieur.

Rosée


27 septembre [1775]

Je vous ai dit, Mademoiselle, que je n'ai jamais écrit Candide ni Micromégas

1° Parce que la chose est vraie;

2° Parce que si jamais je les avais écrits (j'entre ici dans votre supposition et votre jeu), il faudrait que je fusse pris d'un violent transport au cerveau pour les avouer, étant donné que de tels livres ont été déclarés théistes, athéistes et blasphématoires par la secte des convulsionnaires, des gens qui ne les avaient pas lus mais qui ont tout pouvoir pour faire rôtir leurs semblables autant dans l'autre monde que dans celui-ci.

La première explication est seule véritable, mais vous êtes aussi bien libre de croire à la seconde si ce sont là les règles de Dialogus.

Vous me dites qu’en ce XXIe siècle les femmes font les mêmes études que les hommes et se font fouetter elles aussi dans les collèges pour apprendre du grec et du latin; après quoi elles peuvent prétendre aux mêmes emplois qu'eux ou presque. Voilà qui est fort bien fait, mais j'espère qu'elles n'oublient pas de tenir la maison ou la cabane propre: le contraire serait grand dommage pour leurs maris et leurs enfants.

Veuillez croire etc.

Voltaire