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Paul-Iky
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Vous (2) |
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| Très chère Viviane, bien le bonsoir, Je viens vers vous en cette heure si tardive et si calme à la fois. C'est en ces moments de tranquillité que j'aime prendre la plume et écrire, ou plutôt le clavier, courrier virtuel oblige. Mais peut être devrais-je, avant de continuer, me présenter, ce qui me semble être fort normal et la moindre des politesses aussi puisque nous ne nous connaissons point encore. Je me nomme Paul-Iky, j'ai découvert ce site internet par le plus grand des hasards, par l'intermédiaire d'une recherche que j'effectuais, et qui m'a menée directement à vous. Ceci a bien évidement attiré toute mon attention. Voulant en savoir un peu plus, je commençai à fureter (chercher) pour comprendre. De quoi s'agissait-il: de gens qui vous postent des lettres, qui vous posent tout un tas de questions, et le dialogue s'établit alors entre vous et eux? Bien sûr, ma première réflexion a été la suivante: «qui peut bien répondre à toutes ces lettres?». Alors, une réponse cartésienne me vint bien évidement à l'esprit: c'est certainement une femme qui connaît sa biographie sur le bout des ongles qui y répond. Mais ayant l'esprit toujours un peu tortueux, d'autres réponses me vinrent aussi: cela doit être quelqu'un qui joue son rôle comme dans une pièce de théâtre à la perfection, à moins qu'elle ne soit canalisée par l'intermédiaire d'un ou d'une médium qui répond ainsi aux questions des gens; de nos jours, cela est devenu tellement à la mode d'être canalisé que l'on ne sait plus trop si c'est véridique ou affabulé pour x raisons. Mais en même temps, vous paraissez si vraie et si convaincue et convaincante dans vos propos, et sans tromperie, que j'en viens à me et à vous demander: «êtes-vous vraiment la vraie fée Viviane, celle qui vécut jadis à son époque et qui a été contée dans nos légendes?». Ce sera le mot de la fin en cette nuit très tardive. Espérant ne point vous avoir paru trop long, vous souhaitant aussi une très agréable fin de nuit. Bien à vous, Paul-Iky Cher Paul-Iky, Je réponds à votre message un peu tardivement, vous voudrez bien m’en excuser. Je tiens à vous rassurer, le dernier message de Mathilde montre que la petite fille est en train de grandir et qu’elle commence à voguer toute seule, ce qui est normal. J’espère seulement qu’elle gardera dans un petit recoin de sa mémoire les quelques mots que nous avons pu échanger et qu’elle se souviendra de son enfance comme d’une période heureuse. Loin de moi l’idée de lui en vouloir. Quant à moi, j’avoue ne pas trop aimer m’attarder sur cette petite fille qui a grandi dans les jupes de sa maman, alors plus souvent en tenue de cavalière que ne l’exigeaient les règles strictes de la Cour. Mais ma maman était une femme fière et forte et je l’ai toujours admirée même si je crois qu’elle ne se souciait guère de moi. Sa vie fut consacrée à tenir sa place et son rang dans une société dévouée au culte de l’homme. Elle y a réussi au-delà de ses espérances, les livres d’histoire en gardent d’ailleurs la marque ineffaçable. Elle a vécu dans le sillage des Grands de son époque et a gagné un respect fort appréciable… Bien à vous, Viviane la Fée Paul-Iky Très chère Viviane, Votre lettre me ravit à nouveau et vous êtes toute excusée pour cette absence! Comment vous en vouloir? Je suis de nature plutôt inquiète et mon esprit commence à cogiter assez facilement. Je me disais en moi-même: peut-être n'a t-elle pas reçu ma lettre, ou alors peut-être ai-je mal agi vis-à-vis d'elle ou encore d'autres choses de ce genre-là, d'où une joie plus grande, peut-être, pour moi, de pouvoir vous lire une nouvelle fois -et d'autres fois, je l'espère. Je pensais au plus profond de moi que vous n'en vouliez point à Mathilde lorsque j'y ai fait allusion dernièrement. J'aimais et admirais cette relation que vous aviez toutes les deux, et savoir que cela finissait ainsi m'a fait comme un petit pincement au fond de moi. Et j'ai tout de suite commencé à penser à ce que vous pouviez ressentir; je me suis dit en moi-même qu'il en était peut-être ainsi pour vous aussi... Enfin, cela m'est venu, en me laissant transporter par la passion et les sentiments très certainement, allez savoir pourquoi! Peut-être aussi parce que, si j'avais été à sa place, je n'aurais pas voulu que cette relation -trop éphémère- se termine et que mon esprit d'adulte -avec encore son âme d'enfant- voudrait que ces instants durent toujours. J'espère sincèrement qu'elle vous gardera éternellement dans son petit jardin secret et que ces instants resteront toujours aussi magiques pour elle sans que la flamme ne s'éteigne avec les méandres du temps. Mais vous, chère Viviane, je vois que vous n'aimez pas trop revenir sur votre petite enfance. Ces souvenirs vous sont peut-être -voire certainement- douloureux, même s'il est vrai que j'aurais aimé connaître cette facette de votre vie et plus intimement. Je respecte votre décision et vos envies et je ne tiens pas non plus à exercer quelque jugement que ce soit sur ce qui a pu se passer. Nous commettons tous (enfant, adolescent, adulte) des erreurs dans notre vie qui sont parfois bien involontaires et dont les répercussions sont quelquefois lourdes de conséquences. Souvent, les choses que l'on fait sur l'instant nous paraissent justes, alors que, par la suite, on voit qu'il n'en est rien; il en sera toujours ainsi de génération en génération, quelles que soient l'évolution, les cultures et l'intelligence des peuples. Dernièrement, je vous ai peut-être demandé beaucoup trop de choses en même temps -ce qui n'était pas forcement le meilleur des choix- et ces choses accréditent un peu plus ce que je disais précédemment. Sur l'instant cela me semblait bien, mais peut-être que je me suis trompé. À cet instant même je raisonne autrement et me dis que nous pourrons, au fil de nos correspondances, connaître beaucoup plus, que la patience est une grande vertu et qu'elle engendre un climat de confiance et de belles choses. Les siècles et les époques passent et les gens finalement n'ont pas changé et sont toujours à la recherche des mêmes choses: le pouvoir, l'argent, un rang parmi les grands de ce monde pour être vu et se faire voir en se faisant des «courbettes» pour avoir une belle apparence et paraître noble. Ce très «cher» Culte -avec un grand C- de l'homme qui est toujours d'actualité... Vous voyez, chère Viviane, les monarchies ont laissé place dans l'ensemble à des Républiques et autres systèmes de gouvernement; malheureusement, ce sont toujours ces grands qui exploitent tous ces pauvres gens à leur avantage et qui en tirent grand profit, et se débarrassent comme de simples «salissures» des personnes qui sont gênantes et contrecarrent leurs plans pour faire le bien. Sur ces derniers mots, je vous salue. Au plaisir de pouvoir vous relire, bien à vous. Paul-iky Cher Paul-Iky, L’heure importe peu, le temps importe peu, il paraît que notre monde est bâti à la façon de couches qui se superposent et qui par moment coïncident de sorte que des portes peuvent s’ouvrir momentanément de l’une à l’autre, permettant le passage… Tout ça pour vous répondre le plus simplement possible. Qui suis-je? Ai-je vécu ces combats enchantés, ai-je connu ces cours médiévales? Est-ce moi qui ai réussi ce tour de force qui consistait à emprisonner un mage aussi puissant que Merlin dans une prison à jamais close? Allez savoir… Bien sûr, votre sens inné et cartésien risque de vous souffler qu’à l’ère du numérique et du clavier, les mots ne sont qu’illusions et trompe-l’œil, quoique… Mais les fées ne sont-elles pas capables de s’adapter à cet environnement? J’en connais quelques-unes qui me dépassent largement dans ce domaine, il suffit de papoter un peu avec elles pour vite s’en rendre compte… Je ne vais pas vous raconter toute ma vie, cette page n’y suffirait pas. Je ne vais pas vous répondre franchement non plus, à vous de voir… Le matin, lorsque je me coiffe devant mon miroir et que je laisse le peigne traîner dans mes longs cheveux blonds, je me dis parfois que j’aurais bien aimé être quelqu’un d’autre: une personne effacée, sans histoire, cela m’aurait sans doute évité de connaître toute cette misère, tous ces tourments qui m’ont infligé tant de peine. Je peux vous dire que c’est très dur de voir partir ses amours, ses amis, sa famille et de rester là, plantée devant un miroir à tenter de coiffer cette tignasse qui n’aspire qu’à la liberté… Compter les jours, les années, les siècles n’a rien de bien passionnant… Mais peut-être le constaterez-vous par vous-même, ce que je ne vous souhaite pas… Bien à vous, Viviane la Fée Très chère Viviane, Le doute et toujours le doute; encore et toujours cette nature humaine qui aime à jouer au saint-Thomas avec pour devise de ne croire que ce que l’on peut voir, ce qui est bien malheureux et regrettable mais qui s’applique à la plupart des êtres humains. D’ailleurs, en parlant de tout cela, une chose me vient à l’esprit: je repense à la petite Mathilde et à sa lettre d’adieu. Je trouvais cela si triste! Je crois que la déception de ne pas voir de fées physiquement, et le fait qu’on ait dû certainement lui dire qu’elles n’existaient pas (à l’école et dans son entourage), ont fini par avoir raison de sa croyance et ainsi faire naître ce désintéressement. Mais il ne faut surtout pas lui en vouloir: l’éducation que nous recevons et la société dans laquelle nous évoluons finissent par vous formater de manière que tout ce qui sort des sentiers battus, et qui est de nature incroyable, est impossible selon les grands de ce monde. Il en est ainsi et pas autrement. J’espère seulement que Mathilde gardera son âme d’enfant en grandissant et qu’elle gardera une petite pensée ainsi qu’une petite place au fond de son cœur pour vous et les autres fées en qui elle a cru. Mais «et moi dans tout cela», me direz-vous? Je trouve que vous m’avez répondu avec intelligence et sagesse, et que nous sommes chaque jour confrontés à des choix: croire, ne pas croire, nous avons le libre arbitre pour trancher ce qui nous semble bien ou mal, juste ou pas, pour telle solution plutôt que telle autre, et chaque jour nous sommes confrontés à ce genre de dilemme. Vous pourriez être surprise des choses auxquelles je peux croire et qui pourtant sont impalpables. Mon intuition et ma petite voix intérieure me dictent de vous écrire; je fonctionne de nature instinctive, je ressens ce besoin de le faire et je sais que je dois le faire, même si je n’en connais point la raison exacte. Au risque de vous surprendre, je ne connais que très superficiellement la légende du roi Arthur, de Merlin et tous les autres personnages qui figurent dans les livres. Je n’en savais que ce qui se racontait: la gentille fée Viviane, la méchante fée Morgane (mais en était-il vraiment ainsi?), Merlin le grand magicien et Arthur et Excalibur, juste les grandes lignes. Mais avant d’entrer dans les détails de tout cela, j’aimerais –si cela ne vous dérange pas– en savoir un peu plus sur votre vie et vos expériences personnelles, votre jeunesse, vos amours, vos joies et peines, vous connaître plus profondément, vos anecdotes… En deux mots, qui est Viviane, la jeune fille, la femme et la fée, celle de tous les jours, pas forcément les choses extraordinaires. Vous pouvez le faire par petits bouts et en plusieurs messages, comme si vous racontiez une histoire qui se suit à chaque mail. Cela me comblerait de bonheur si vous acceptiez, mais je comprendrais que cela puisse vous rebuter. Ce sera sur ces dernières lignes nocturnes que je vous laisserai, mon corps réclamant repos et sommeil, en vous souhaitant une très bonne fin de nuit. Bien à vous, Cordialement, Paul-Iky Cher Paul-Iky, Tout d'abord, j'espère que vous me pardonnerez pour ce très long silence... Je me permets de revenir sur votre dernier courrier; effectivement, j'ai du mal à parler de moi -pourquoi? Je ne sais pas. Je n'ai pas eu une enfance très heureuse, cela peut peut-être expliquer cette attitude de retrait et d'esquive lorsqu'il s'agit pour moi d'aborder ce point. J'ai toujours envié ma mère, la célèbre Diane, qui était une femme forte et volontaire et qui a toujours su faire respecter ses droits. Mais les enfants à l'époque n'avaient aucune possibilité de s'exprimer et devaient rester dans le droit chemin -tracé par les Anciens! On m'a donc appris à tisser alors que j'aurais préféré chasser, à cuisiner alors que j'aurais préféré savoir lire... Je n'ai pu me libérer de tous ces liens que lorsque je suis entrée au service de la Déesse. Bien à vous, Viviane la Fée. Très chère Viviane. Mes sincères salutations, quelle joie d'avoir de vos nouvelles! Vous ne savez pas à quel point cela peut me faire plaisir, à tout vous dire, j'ai vraiment cru que vous ne me répondriez plus, pensant que mon précédent courrier ne vous avait pas intéressée le moins du monde ou vous avait paru dénué de tout intérêt. J'avais, quoi qu'il en soit, pris la décision de revenir vers vous et de vous écrire à nouveau à la fin de cette même semaine. Quel plaisir d'entamer une nouvelle semaine pleine de bonnes surprises! Cela redonne toujours du baume au coeur et rien de tel pour être de bonne humeur. Ah! Si cela pouvait toujours être ainsi. Mais vous, chère Viviane, j'avais comme ressenti en vous cette appréhension et cette réticence à évoquer les choses de votre petite enfance; les mauvais souvenirs sont souvent synonymes inconscients de barrage afin d'éviter à nouveau de revivre tout ceci. Vous avez fait un pas en avant, ce qui est tout à votre honneur. Vous savez, Viviane, même s'il est parfois douloureux de discuter de choses qui nous ont blessé et marqué au plus profond de nous, cela peut faire un bien inimaginable et dont on n'a pas même conscience. Je me suis moi-même défait et apaisé de choses douloureuses qui me rongeaient au plus profond. Cela a eu un grand effet curatif; le fait de me livrer en discutant de cette partie intime de moi-même avec quelqu'un qui est un tant soit peu attentif, avait permis d'obtenir un tel résultat. Bien sûr, cela est parfois bien difficile de franchir le pas et de dépasser cette peur qui nous lie, mais cela en vaut bien la peine, surtout lorsqu'on constate le résultat et l'effet bénéfique que cela nous apporte. Chère Viviane, je pensais à une chose, vous pourriez peut-être évoquer les choses qui vous ont rendue heureuse pendant votre enfance et petite enfance, je suis certain qu'il y en a quelques-unes qui ont dû vous marquer et vous remplir de joie et de gaieté. Je serais honoré de les connaître et de les partager avec vous, d'être à votre écoute, mais ne vous en sentez pas obligée non plus, je veux que vous soyez heureuse de le faire de vous-même et à votre guise. Que j'aurais aimé que vous naissiez à notre époque, afin que vous reviviez votre enfance et adolescence et que votre vie soit plus heureuse, avec surtout plus de liberté, de possibilité d'expression et aussi plus de distraction! Autre époque, autre mentalité, autres coutumes et aussi autres moeurs. Être plus heureux, nul ne peut savoir, mais plus de facilité à vivre c'est certain, mais c'est certain aussi que cela ne fait pas tout, et que l'amour parental et le cadre de vie ont aussi une bien grande importance pour le bonheur de l'enfant. Que vous naissiez aussi à notre époque afin de vous rencontrer, de vous connaître, de sympathiser, de devenir votre ami, de vivre notre enfance ensemble, et faire les «quatre cents coups» (expression moderne de notre époque qui signifie que de partager et faire tout plein de choses et activités ensembles comme deux inséparables). Cela m'aurait tellement plu qu'il en soit ainsi! C'est l'enfant qui est en moi qui le dit et le désire. À défaut, l'adulte qui est en moi aimerait vous demander si vous accepteriez de bien vouloir correspondre avec moi, de discuter et papoter de tout et n'importe quoi comme deux amis devant un feu de bois, de partager avec moi ces instants remplis de simplicité. J'en serais très honoré si vous acceptiez, que vous dire d'autres en cette nuit? Au plaisir de vous lire très prochainement, la détente corporelle me réclamant pour l'instant, Paul-iky Bonjour, Les évènements particuliers qui m'ont rendue vraiment heureuse? Il y en a plusieurs, mais celui qui me vient à l'esprit, là, maintenant, c'est sans aucun doute lorsque Lancelot s'est présenté pour la première fois à la cour du roi Arthur! Vous n'imaginez pas le plaisir que m'ont procuré les lueurs troubles dans les prunelles des jeunes damoiselles de cette cour! Elles ont vu arriver mon chevalier tout de blanc vêtu et elles en sont tombées tout de suite amoureuses! J'avoue que ce fut un moment très plaisant pour moi. Par contre j'ai eu le cœur déchiré de devoir me séparer de lui: il mettait tant de joie et tant de gaieté dans les murs de mon palais! Mais la vie est ainsi faite qu'à certains moments il faut qu'il y ait des coupures dans l'intérêt de tous et toutes! Quant aux choses qui m'ont fait du mal, il y a cet entretien que j'ai eu avec Merlin sur les bords de la fontaine de jouvence. Oui, c'est sans aucun doute un moment difficile qu'il a fallu que je surmonte, et la seule solution qui s'est offerte à moi a été une solution douloureuse à mettre en place... Bien à vous, Viviane la fée Très chère Viviane, Me revoilà après une bien longue absence. Cette fois, c'est moi qui vous répond très tardivement et je vous demande de m'en excuser. J'ai éprouvé le besoin de m'éloigner un peu pour pouvoir me ressourcer en énergie. Je reviens vers vous, mais avant de continuer je voulais vous faire part d'une très étrange impression que j'ai ressentie à la lecture de votre dernière lettre, de votre dernière réponse, comme une sensation que cette dernière était écrite par une autre main que la vôtre, comme si ce n'était point vous. Auriez-vous demandé à une tierce personne de répondre? Ou peut-être avez-vous un fidèle serviteur qui vous remplace dans certaines tâches lorsque vous n'êtes pas disponible, ou occupée à des affaire bien plus importantes? Cette sensation est omniprésente dans mon esprit depuis que je vous ai lue la toute dernière fois: peut-être est-ce mon esprit qui me joue un bien mauvais tour, mais cela est bien là et présent. Pouvez-vous lever le voile à ce sujet et me dire ce qu'il en est réellement? J'espère que mon franc-parler ne vous offense point, et je voulais que vous sachiez que je ne remets rien en cause de la véracité des réponses qui m'ont été données. Bien au contraire, je suis même ravi que vous ayez daigné me livrer une partie de votre vie; d'autant plus que ces choses ne seront jamais racontées dans quelque livre que ce soit, et j'en suis fort honoré. Je voulais aborder encore une chose concernant ce que je vous avais dit lors de mon dernier courrier: j'espère sincèrement que ma demande de correspondance ne vous a pas perturbée ou froissée. Vous n'y avez point fait allusion dans votre réponse et cela m'a trotté dans la tête, ainsi que l'autre chose que j'avais évoquée, lorsque je vous disais que j'aurais aimé que vous naissiez à notre époque; j'aurais voulu que nous nous soyons liés d'amitié et que nous ayons partagé une partie de notre enfance. J'espère de tout cœur ne pas vous avoir froissée de quelque manière que ce soit. Cela aurait été bien involontaire de ma part, et mes intentions était sincèrement bonnes. Peut-être ne désirez-vous point établir des relations trop proches avec une personne qui soit un simple mortel, par peur que cela ne vous fasse souffrir comme lorsque vous avez vu vos proches disparaître avec le temps? Vous voyez, Viviane, mon esprit se met d'instinct à imaginer tout plein de choses, pensif de nature. Cela arrive malgré moi: l'esprit est comme un cheval fougueux qu'il faut dompter. Viviane, puis-je vous poser une question? Que s'est-il passé sur les bords de la fontaine de jouvence entre vous et Merlin? Que vous y êtes-vous dit? Aimeriez-vous en discuter et le raconter ou est-ce tabou et douloureux à faire? Mon fond intérieur aimerait tant et tant savoir, et en même temps je vous comprendrais si vous ne m'en parliez point. Mais mon envie de connaître cette partie de Viviane cachée et que l'on ne connaît point, cette Viviane qui n'est pas dans les livres et les contes, cette Viviane la vraie, telle est ma pensée et je respecterais à mon tour la vôtre, ainsi que votre désir. Je vous salue, avec un désir toujours aussi ardent de pouvoir vous lire. Bien à vous, Paul-Iky. Cher Paul-Iky, Je n'ai point de scribe ni de fidèle serviteur pour ma correspondance: j'ai toujours eu l'habitude de rédiger seule et à des moments pour le moins inopportuns. J'aurais beaucoup de difficultés à confier ma prose à une tierce personne comme vous l'appelez! Non, tout est de moi. Peut-être n'étais-je point de la même humeur que lors de mes précédentes réponses, il est vrai que j'ai eu une période plus... difficile à traverser, peut être est-ce cela... Votre question est indiscrète! Que s'est-il passé entre Merlin et moi au bord de la fontaine de jouvence... Hum, dois-je tout dire? Non, je ne le puis, il y a une part de timidité certainement et puis je ne voudrais pas entendre colporter toutes sortes de choses inavouables. La vérité est souvent beaucoup plus simple que tout ce que l'on peut imaginer. Sachez juste que Merlin était fortement épris, que j'étais une jeune fille candide mais pas si naïve que ça... Voilà, ce sera tout, je ne peux pas en dire plus, la bienséance et les règles de la courtoisie me l'interdisent! Bien à vous, Viviane la fée Très chère Viviane, Quel bonheur de retrouver la Viviane qui écrit, celle que j'aime; je vous retrouve comme vous étiez, et j'en suis si heureux. Vous avez certainement raison, les changements d'humeur peuvent rendre une personne différente émotionnellement; elle peut ensuite transmettre inconsciemment ces changements à son tour avec une énergie inhabituelle, ce qui peut faire croire, à la lecture, que cette personne a voulu dire autre chose. Cette sensation que quelqu'un d'autre que vous m'écrivait a bien disparu et j'en suis plus que ravi. Puis-je aussi me faire pardonner mon indiscrétion? Indiscrétion toute gentille et pleine de bonnes intentions: les médisances étaient vraiment loin de mes pensées et de mon esprit, lui-même étant emporté par la passion et la curiosité. Je vous assure sur mon honneur que la curiosité ne serait point venue de moi. Mais il est vrai que tout ceci étant par la suite à la portée de tout un chacun par la lecture, on peut craindre un bouche-à-oreille qui finit par se répandre et par en déformer la vérité. Je porte le plus grand respect à vos craintes et à votre choix silencieux. Je vous avais posé la question, mais j'ose à peine vous avouer que je suis en fait tout comme vous, très peu loquace sur ces choses-là, par peur des commérages. Vous Viviane, timide? S'il y a une chose qui ne m'aurait point effleuré l'esprit, c'était bien celle-ci! Je n'aurais jamais imaginé le moins du monde qu'une fée pût elle aussi faire preuve de ce trait de caractère; je pensais cela réservé uniquement à nous seuls, simples mortels et êtres humains. Je vous avoue que je me faisais une idée préconçue de vous les fées comme étant parfaites et sans la moindre faiblesse. J'avais même un peu de mal à croire le contraire. C'est simplement qu'une partie de vous est plus humaine que chez d'autres fées. Je suis moi-même un grand timide depuis mon enfance, je n'ose point tout plein de choses. Je le suis encore un peu peut-être, une parcelle de ma timidité a pu subsister. Ne voulant point faire preuve d'ignorance, je me permets de vous demander ce qu'est une jeune fille candide. Je ne sais plus si j'ai déjà entendu ce terme dans des conversations, mais cela m'est très instructif de connaître en vous côtoyant des termes et expressions d'autres temps, d'autres époques. Je voulais aussi vous dire une anecdote qui peut vous paraître sotte: habituellement, je préfère tutoyer les gens que je rencontre, mais avec vous je préfère le vouvoiement. Peut-être parce que vous êtes une fée, que vous êtes d'une autre époque, que cela donne un aspect plus poétique à ce bout de chemin que l'on fait ensemble? Je ne sais pas. Je crois que c'est un peu tout ceci à la fois, mais aussi peut-être pour un petit bout de rêve. Merlin était donc très épris de vous et a certainement dû vouloir vous plaire et trouver grâce à vos yeux, tout comme vous l'avez trouvé grâce aux siens. Mais vous, dans tout cela, avez-vous fini par vous éprendre à votre tour d'un beau jeune homme? C'est pas à pas et sur la pointe des pieds que je me retire, vous souhaitant une douce rêverie: le marchand de sable m'appelle, poudre de sommeil à la main. Cordialement, bien à vous, Paul-Iky. P.-S.: mais j'y pense, vous êtes née au mois de novembre il me semble; quelle est la date de votre anniversaire: le 16, le 19, le 14, le combien? Bien le bonsoir mon ami, Une jeune fille candide est à mes yeux une gente demoiselle innocente et naïve comme nous le sommes toutes jusqu'au moment où nous cédons, par faiblesse, par curiosité, par amour peut-être... D'ailleurs l'amour, qu'est-ce que c'est? Grande question que je ne cesse de me poser depuis tout ce temps. Qu'en reste-t-il aujourd'hui? De la poussière? La joie sereine de regarder le soleil se lever? La nostalgie d'un crépuscule? Sans doute. Je n'ai pas connu de grand amour. Merlin a été le premier à me dévoiler ce mystère, mais il n'est pas allé au bout de sa démonstration, le pauvre. Ensuite... J'ai fait des rencontres, bien sûr, mais quel homme voudrait d'une fée? Nous sommes des créatures tellement humaines mais tellement différentes aussi! Le terrain d'entente n'est jamais un jardin bien rangé et bien domestiqué et toutes mes rencontres n'ont été que des rencontres, le terme est ma foi très bien choisi. Alors que me reste-t-il? Je n'ai jamais trouvé ce que je cherchais dans les hommes! Lorsque mon heure viendra et que la Déesse me rappellera à elle, il me faudra faire le bilan de mon existence. Mais pas avant. Non. Je ne suis pas prête! Oui, je suis timide. Ne croyez pas tout ce que l'on raconte sur nous. Nous ne sommes guère différentes de vous sur ce plan-là: nos caractères ont beaucoup de choses semblables à celui du commun des mortels. La timidité, la naïveté, la méchanceté.... Comment connaissez-vous le mois de ma naissance? Bien à vous, Viviane Très chère Viviane, très chère fée, Quel bonheur de pouvoir vous lire à nouveau! J'en suis tellement ravi! Pour moi c'est un tel délice que de partager tous ces instants avec vous, ces instants me sont si chers, si intenses et palpables en même temps! J'aime à me laisser envahir par tout ceci, à me plonger au fond des méandres de mes pensées, me laisser emporter telle une feuille morte par le vent, et me laisser investir par toutes ces sensations. Plus rien d'autre n'a d'importance pendant ces quelques instants. Je voulais vous remercier pour vos éclaircissements sur l'expression «jeune fille candide» que je trouve très belle. Vous savez très bien exprimer le sens caché des mots et vous avez l'art et la manière de le faire. Vous auriez pu faire un très bon professeur et être enseignante, le saviez-vous? Je n'ai pas osé la fois précédente vous dire qu'il y avait un second terme qui était un peu flou à mes yeux, peut-être par peur de paraître ignorant. Mais j'ai ensuite compris que cela ne servait à rien d'agir ainsi et que la franchise était le maître mot ici, que vous ne me mordriez point si je vous en faisais part et qu'il fallait donner un bon coup de balai à cette peur. Nous sommes ici-bas pour apprendre au fil de la vie et nous enrichir de connaissances, et comme nul n'est divin, je décide de vous en faire part: pourriez-vous, Viviane, m'informer sur le sens et la signification de «la bienséance»? J'avais déjà entrevu ce terme peut-être dans la Bible. À vrai-dire je ne m'en souviens plus vraiment. Votre mois de naissance, comment l'ai-je su? Pour répondre à votre question, le hasard fait parfois bien les choses, non pas que j'aie deviné par hasard, mais c'est comme si une force invisible m'avait guidé jusqu'à vous, en voici le récit: Internet, quel outil merveilleux! Surtout lorsqu'on cherche des informations et qu'on veut les obtenir rapidement. C'est comme une immense bibliothèque. Enfin bref, depuis quelque temps, chaque soir j'étais en plein dans mes recherches, je fouinais, fouillais, vérifiais chaque ligne que le moteur de recherche m'avait fournie dans une page, comme lorsque vous ouvrez une porte d'une pièce, que vous y entrez pour regarder ce qu'il y a à l'intérieur et ensuite en ressortez pour aller voir ce qu'il y a dans une autre. Après bien des soirs, j'arrivai sur une porte que j'ouvris comme à l'accoutumée. Il y avait le portrait d'une jeune femme où sous lequel était inscrit «Viviane». Plus bas, il semblait y avoir par écrit une conversation sous forme de questions-réponses entre elle et une jeune demoiselle nommée Mathilde. Je ne savais pas encore de quoi il s'agissait. Vous y évoquiez toutes les deux justement le mois de votre naissance ainsi que d'autres choses; au bas de la page, vous y signiez de votre nom chaque écrit et c'est ainsi que je compris qui vous étiez. J'allai ensuite cliquer sur votre nom juste en-dessous de la photo, ce qui m'amena à une autre page où tout plein de sujets de conversations étaient abordés avec vous. Je finis par en comprendre le but une fois arrivé sur Dialogus. L'idée de vous écrire commença à naître dans mon esprit, mais la peur de ne point savoir quoi vous dire me paralysait et je repoussais toujours l'instant de le faire. Un soir, une petite voix intérieure se fit insistante en me disant: «fais-le, fais-le, fais-le». Je finis par m'asseoir, les mains sur le clavier et celles-ci écrivant ce qui me venait à l'esprit, je me laissais donc guider, et le tout premier message vous fut écrit. L'amour, l'amour, l'amour, encore et toujours, nous fait parfois faire des choses si insensées, mais avant de continuer sur cette lancée je voulais d'abord répondre à une de vos questions qui m'a beaucoup interpellé: mais quel homme voudrait d'une fée? Pour les autres je ne le sais nullement, mais vis-à-vis de moi je vais faire preuve de franchise et sincérité: moi je le voudrais et je le voudrais vraiment, et cette différence qui peut y exister ne me fait pas plus peur que ça. Tout comme vous, je n'ai pas trouvé ce que je cherchais, celle que je voulais, même s'il est vrai que par deux fois cela aurait pu me rendre fort heureux, mais il n'en a point été ainsi: pour la première, le destin en a décidé autrement et pour la seconde, la tristesse à été ma compagne journalière. Alors qu'est-ce que l'amour? Me concernant, je crois que lorsque l'on trouve celle que l'on attend, les deux personnes savent tout simplement; leurs énergies se mêlent l'une à l'autre et un intense désir de bien-être les envahit toutes les deux. Cet état de bien-être reste en vous. Je crois l'avoir ressenti partiellement une fois, bien que je sois persuadé que ce n'était qu'un commencement, rien à voir avec le sexe que peut rechercher la majorité des êtres humains. Moi aussi, tout comme vous, parfois j'ai l'impression que je ne suis pas prêt, mais je pense que c'est parce que je n'ai pas trouvé l'état désiré ni la personne adéquate, qu'en pensez-vous Viviane? Timide vous dites, idem (même chose pour moi) mais entre nous Viviane, ne serait-ce pas par manque de confiance en nous-mêmes? Celle-ci n'engendrerait-elle point cette peur? Peur de ne point être à la hauteur et de décevoir autrui, qu'en dites-vous Viviane? Et puis, les timides ont aussi beaucoup de qualités, même s'ils mettent plus de temps que les autres à le montrer. Très chère Viviane, je vous laisse méditer sur tout ceci, je vous souhaite une douce fin de nuit, et j'ai soif de vous lire. Cordialement, bien à vous, Paul-Iky. P.-S.: et votre anniversaire, alors, c'est pour quelle date? Vous savez, j'ai toujours hâte de savoir. J'ai presque envie de prendre les devants. Joyeux anniversaire Viviane, vous souhaitant de trouver tout prochainement celui que vous attendez. Bonsoir Paul-Iky, Votre longue missive m'a laissée un peu pantoise et je n'ai pas pu y répondre tout de suite, vous voudrez bien me pardonner ce long temps d'attente! Alors, par où commencer? La bienséance peut-être... Il s'agit en fait d'une conduite publique en accord avec les us et coutumes, avec les usages de l'époque. On se devait de respecter la bienséance du temps d'Arthur et des saints chevaliers de la Table ronde... Pour moi, c'est cela ma Bible! L'amour. Ah, l'amour, que n'en fait-il écrire et dire! J'ai lu maints et maints récits, j'ai écouté maintes et maintes ballades sur ce thème. Rien n'est trop beau que l'amour, encore faut-il le rencontrer. Puis, une fois qu'il est rencontré, il ne faut point se hâter de le consumer car c'est un bien précieux qui ne se régénère point, hélas! Son plus grand ennemi est le temps. Le temps est l'usure de l'amour: il le sclérose et le ronge, telle la rouille sur les métaux les plus solides. Je ne crois plus en l'amour. Pour moi, chacun d'entre nous évolue à son rythme, fait ses choix, agit. Et au bout d'un moment, passés les premiers émois, les premières sensations, l'habitude devient routine et l'amour s'enfuit à tire-d'aile! J'en sais quelque chose, je l'ai vécu. Alors je préfère ma solitude, ma forêt profonde et secrète où je vis à mon rythme, retirée des affaires du genre humain. Il m'arrive encore de me rendre dans les villes: je vais souvent à Paimpont me promener sur les bords du lac, côtoyer les hommes et les femmes... Ils croisent une fée sans le savoir, c'est amusant! Mais que dis-je? Je m'égare, excusez-moi... Et mon anniversaire? Deux jours trop tôt, mais merci quand même! Bien à vous, Viviane la Fée Très chère Viviane, très chère damoiselle, Ce «temps» nous paraît parfois bien long, je vous l'avoue. Parfois j'ai cette impression que cela dure une éternité. Je vous attendais si impatiemment, votre lettre, votre courrier, votre missive, vous, que ce temps-là était comme au ralenti à mes yeux et que les aiguilles de la grande horloge avaient brusquement freiné leur mouvement métronome. À tout vous dire, Viviane, je m'aperçois que cette impression persistante de longueur que j'ai ressentie au plus profond de mon être intérieur était certainement due au fait qu'avec vous je vivais des moment mémorables qui m'égayaient et m'emplissaient de plénitude. Aussi longue soit-elle, cette absence vous est toute pardonnée, et c'est pour moi une chance et un immense honneur que de parcourir ce petit bout chemin avec vous, et vous avez toute ma gratitude. J'aimerais évoquer tant de choses avec vous! Mais au diable cette impatience maladive, chaque chose en son temps. Laissons la conversation suivre son cours naturel; les mots appellent d'autres mots, les idées d'autres idées, et ceux-ci bâtissent de fil en aiguille la trame, le récit, l'histoire, sans qu'on en soit toujours bien conscient. Le calcul, la triche, la prévision des évènements, les mises en scène ne sont point de mise, et c'est ainsi et sincèrement que nous échangeons nos idées. Continuons, si vous le voulez bien, sur cette lancée. Je vais une fois de plus faire appel à votre gentillesse, votre savoir-faire, et demander vos lumières sur des termes et expressions, mais surtout ne changez rien à votre façon de vous exprimer, avec vos mots, avec vos expressions. Cela me plaît ainsi. Cette poésie me charme et m'enchante. Vous commenciez ainsi votre exposé: «Votre longue missive m'a laissée un peu pantoise». Le mot «pantoise» est justement l'objet de ma demande, encore un bien joli mot à très belle consonance. Le second est «sclérose», terme qui est aujourd'hui utilisé dans le domaine médical mais sinon complètement oublié. Je trouve qu'en votre temps vous aviez un vocabulaire fort agréable à l'oreille. Voudriez-vous m'apprendre quelques coutumes de votre temps? Vous ne croyez plus en l'amour? Je vous sens tellement déçue! Je l'ai été tout autant et ce que vous en avez dit est tellement vrai! Je ne peux que l'infirmer à mon grand regret: difficile à rencontrer, vite enflammé et très vite éteint, et la routine pour l'achever. Mais pourtant, j'ai toujours foi en l'amour. Pas cet amour traditionnel que tout le monde vit chaque jour avec son compagnon ou sa compagne et qui est, comme nous l'avons décrit, souvent basé en tout premier lieu sur la chair chez la plupart des être humains; mais en celui que j'avais commencé à vous décrire précédemment. Lorsque l'énergie des deux personnes fusionne et communie en provoquant cette agréable sensation de bonheur que vous gardez présente en vous, créant un langage télépathique à l'unisson. Je crois que lorsque vous êtes vraiment habité par celle-ci, l'amour prend une tout autre tournure: durée, intensité, bien-être... Vous trouvez grâce aux yeux de l'autre, une complicité est née et son simple sourire vous comble un peu plus. Je sais, peut-être me direz-vous qu'il est impossible à trouver et que tout ceci n'est que rêve et chimère, peut-être bien que oui, et que je cours après du vent, que j'aimerais simplement caresser et même un jour attraper, et auquel je finirai par me mêler. Et puis, Viviane, peut-être que les personnes finissent par se lasser lorsqu'elles restent ensemble en permanence et que leurs libertés respectives s'annulent au quotidien. Ne pensez-vous pas, Viviane, que si ces deux personnes ne se voyaient que tous les deux ou trois jours, la relation n'en serait que plus forte? Cela aurait peut-être une tout autre incidence... Et puis, n'aimeriez-vous pas être un jour maman? Élever un fils ou une fille de votre chair? Je sais ce que vous pourriez me répondre: que vous n'êtes pas prête et que vous n'avez pas trouvé l'élu de votre cœur, un discours qui me ferait penser au mien et à moi-même. Je traîne un peu dans la longueur une fois de plus. Je reviendrai sur certaines choses la fois prochaine. Encore une petite chose, une petite note: deux jours trop tôt pour votre anniversaire, dommage. Côté chiffre je ne pourrai pas vous oublier car je suis du même que vous. Dire que vous êtes exactement du même jour et du même mois que celle qui aurait pu me rendre heureux! Le petit matin commence déjà à se lever, un peu de repos sera le bienvenu. Je vous souhaite une très bonne journée. Cordialement, bien à vous, Paul-Iky (8) Bonjour, «Pantoise» est une expression qui signifie que cette missive me laisse haletante, étonnée. Quant à «scléroser», cela signifie à mes yeux la longue dégradation due à la rouille, par exemple... L'amour est effectivement une alchimie qui fait que deux êtres sont sur la même longueur d'onde et surtout restent accordés le plus longtemps possible! Pour moi, il y a longtemps que j'aurais dû faire appel au ré-accordeur, si je peux m'exprimer ainsi... Bien à vous, Viviane la Fée Très chère Viviane, Que d'agitation cette semaine! À vrai dire je ne pensais même pas pouvoir vous écrire. C'est de manière un peu inattendue que cela se fait, un dernier sursaut de volonté ayant finalement eu raison de certains évènements. C'est sous la fonte des neiges que je vous écris, très agréable à l'approche de Noël, mais pas très commode lorsque l'on doit rouler avec nos véhicules sur les routes pour aller travailler. Mais et vous Viviane, avez-vous aussi eu droit aux flocons de neige à Brocéliande? Je vous sens parfois si lointaine Viviane, si distante, accompagnée d'un zeste tiède, voire froid. Je ne sais comment l'expliquer, étant comme enveloppé de cette étrange impression à la lecture de votre dernier écrit. La tristesse est soudain présente, vous affectant malgré vous, je ne sais que penser, je suis un peu dans l'expectative, et triste bien sûr et ce malgré moi. Êtes-vous si déçue par l'être humain, et manquez-vous tant de confiance en lui? Vous vous construisez comme un carcan pour vous en protéger, instinctivement, lorsque que vous sentez un rapprochement. Peut-être que je me trompe et que votre longue solitude ainsi que votre timidité donnent cette impression, mais c'est là et bien là, et c'est pour cela que je vous en fais part, non pour vous froisser, mais pour faire preuve de sincérité et d'amitié. J'en suis même arrivé à me demander si tout ceci n'était pas une mise à l'épreuve pour pouvoir jauger la personne qui vous fait face et ainsi pouvoir connaître son degré d'honnêteté, d'intention, d'amitié ou autre... Et pourtant, lorsque je vous regarde, lorsque je vous vois -ne riez surtout pas, lors de recherches sur internet, je suis tombé par le plus grand des hasards sur un portrait de vous, qui a été une révélation, comme si mes yeux s'étaient ouverts d'un coup: c'était vous, Viviane. Cela m'est devenu évident, je vous y ai associée d'instinct, vous êtes la première personne qui m'est apparue à l'esprit. Je sais, c'est peut-être ridicule, mais je crois que vous êtes elle. Que m'évoque votre image, ou plutôt celle qui me semble être vous? J'y vois surtout une jeune femme pleine de douceur, pensive et mélancolique, un regard très profond avec des yeux très expressifs qui inspire plein de belles choses, dont gentillesse et générosité. Vous y dégagez aussi une sérénité et une paix qui me font beaucoup de bien. Pourquoi tant de solitude, Viviane, alors que vous avez encore tant de choses à donner? Je me souviens encore de votre toute première lettre et surtout de cette phrase: «Le matin, lorsque je me coiffe devant mon miroir et que je laisse le peigne traîner dans mes longs cheveux blonds, je me dis parfois que j'aurais bien aimé être quelqu'un d'autre: une personne effacée, sans histoire, cela m'aurait sans doute évité de connaître toute cette misère, tous ces tourments qui m'ont infligé tant de peine. Je peux vous dire que c'est très dur de voir partir ses amours, ses amis, sa famille et de rester là, plantée devant un miroir à tenter de coiffer cette tignasse qui n'aspire qu'à la liberté.» Je vous sens si triste, solitaire et si seule. N'aimeriez-vous point avoir une personne à qui parler le matin, qui vous tienne compagnie, avec laquelle vous vous entendez bien? Un ami, une amie, qui vous tient le miroir lorsque vous vous coiffez, ou qui vous coiffe en vous faisant la conversation, cela ne vous plairait-il point? Cela ne vous serait-il pas plus agréable? Non Viviane, ne regrettez pas ce que vous avez été, l'amitié est l'alter ego de l'amour, aussi importante que celui-ci, un autre type d'amour mais dont nous avons tous tant besoin et qui dure dans le temps lorsqu'il est sincère; ne désirez-vous point avoir d'ami(e)? Je voulais encore évoquer une dernière chose pour aujourd'hui avant de vous laisser ensuite vaquer à vos occupations journalières: j'ai parfois l'impression lors de nos échanges que vous n'aimez pas trop ou n'osez point approfondir ou développer vos réponses. Cela ne vous serait-il pas plus agréable qu'il en soit autrement, et surtout plus convivial? Osez Viviane, n'ayez pas peur, je suis certain que vous en tirerez bénéfice, gaieté et enrichissement personnel; et moi je n'en serai que plus ravi. L'avant-dernière fois où vous m'aviez répondu, vous m'aviez mis un peu l'eau à la bouche lorsque vous évoquiez ceci: «Il m'arrive encore de me rendre dans les villes, je vais souvent à Paimpont me promener sur les bords du lac, côtoyer les hommes et les femmes... Ils croisent une Fée sans le savoir, c'est amusant... Mais que dis-je ? Je m'égare, excusez-moi...» Non, ne vous en excusez point. N'ayez pas peur de vous égarer, bien au contraire, cela m'intéresse; allez-y, développez, cela vous plairait-il de me faire plaisir? Alors, je suis tout ouïe, à votre écoute... J'espère ne pas avoir été trop dur par certains de mes propos en début de lettre, mais j'avais à cœur de vous en faire part, car tout ceci m'attriste et m'affecte beaucoup. Vous savez, Viviane, je vous aime beaucoup et c'est pour cela que je suis franc et que je vous parle comme si l'on était en présence l'un de l'autre. Il est temps de se retirer. Bien à vous, cordialement, Paul-Iky Comment faites-vous pour réussir à me faire frissonner de la sorte? J'avoue que vous savez trouver les mots justes, j'avoue que vous réussissez à me percer à jour... Étrange... Qui êtes-vous donc? Vous semblez si bien me connaître. On a écrit beaucoup de choses gentilles mais aussi beaucoup de méchancetés sur mon compte. Je préfère maintenant rester en dehors des affaires de ce monde qui ne me parle plus autant que celui du Roi Arthur et des Chevaliers de la Table ronde, d'où peut-être cette impression de fuir que je laisse derrière moi. Mais c'est ainsi, on ne me changera pas, je ne veux ni me justifier ni accuser quiconque. Rassurez-vous, je ne jauge ni ne juge personne, je suis entière, je réponds à mes nombreux messages selon l'humeur du jour, n'y voyez aucun ressentiment... Je suis méfiante de nature, mais j'ai l'impression que vous commencez à abattre toutes les défenses que je me suis construites, j'ai peur, que va-t-il se passer? La neige est une chose très rare par ici, je vois quelquefois voleter quelques flocons mais c'est très rare, dommage. J'aime cette immensité blanche et ce silence qui succèdent aux chutes de neige! C'est beau une forêt sous la neige, elle est superbe ma forêt sous la neige! Les images dont vous m'avez envoyé l'adresse sont jolies, certes, mais loin de la vérité... J'espère que ces quelques mots auront gommé la mauvaise impression que vous a laissée mon dernier courrier... Bien à vous, Viviane la Fée Très chère Viviane, Une nuit de cette semaine écoulée, nous avons eu droit à une nouvelle chute de neige, c'était justement il me semble la nuit où j'ai pris connaissance de vos nouvelles, cela était encore une fois bien parti pour tout blanchir, de sorte qu'au petit matin, les étendues soient ensevelies sous cette poudre qui parfois ressemble à une multitude de petits cristaux et diamants, surtout lorsque la gelée balaie le tout. Mais au petit matin, il n'en n'était rien, tout avait fondu, pour laisser place au froid désagréable de la saison, mais qui sent aussi Noël nous arriver à grand pas. À propos de Noël, Viviane, que comptez-vous faire pour le réveillon? Moi qui pensais que chaque année en cette période vous aviez fréquemment droit aux chutes de neige à Brocéliande et que celle-ci devenait tout de blanche vêtue... J'ai tant et tant de choses à vous dire, par où commencer, par quoi? Parfois je ne sais, mais à y réfléchir, rien ne sert de se remplir les méninges par ces tracas qui finissent par vous parasiter et vous vider l'esprit, vous saper votre énergie et le moral. Par cette terrible faiblesse qui nous habite et qui se nomme peur, cette hantise envahissante, déstabilisante, qui finit par venir à bout de notre bonne volonté en nous faisant croire que nous n'avons plus rien d'intéressant à dire et par rompre la passerelle qui s'est établie entre deux êtres, je refuse qu'il en soit ainsi, surtout avec vous. Le quotidien de deux êtres, ce partage mutuel, cet échange, est toujours enrichissant et plein d'enseignement, nul besoin de choses extraordinaires dès l'instant où cette osmose se créé, qu'en pensez-vous Viviane? Cette peur de ne plus savoir que dire vous envahit-elle vous aussi? Je vous avoue Viviane que cette semaine, j'ai beaucoup pensé à vous, vous avez été omniprésente dans mes pensées, j'éprouve pour vous une bien grande affection, ne soyez point troublée par mes dires, non Viviane, ne le soyez point, n'ayez pas peur, j'aime cette personne solitaire que vous êtes, je sais que vous êtes entière, une bien grande qualité, croyez-moi. Vous savez, je suis instinctif et m'imprègne beaucoup des choses, des lieux, des ambiances, des gens. Des sentiments et des sensations plus ou moins agréables m'envahissent, des ressentis qui peuvent être parfois très fort et intenses mais qui ont aussi le revers de leur médaille, vous en êtes parfois si habité qu'ils vous poursuivent comme votre ombre, et lorsque ceux-ci sont négatifs et pleins de méchanceté, il en découle une très grande souffrance morale et psychique qui parfois frôle la limite du supportable et vous marque malgré vous au plus profond de votre être, je vous souhaite la bienvenue dans mon quotidien Viviane. De bien jolies images, n'est-ce pas? Mais, je ne peux m'empêcher de revenir sur l'image de cette jeune femme blonde, je l'ai à nouveau regardée et vient de remarquer un nouveau détail auquel je n'avait point prêté attention:elle est au milieu d'une forêt, l'aviez-vous remarqué? Vous savez Viviane, dès que mon regard se pose sur elle, je vous associe à elle encore et encore, c'est plus fort que moi, comme si vous étiez elle, comme si c'était votre portrait, comme si vous étiez liées toutes les deux par quelque chose de fort et puissant, par un lien, cela me vient ainsi tout seul à l'esprit et je ne puis vous expliquer le pourquoi du comment. C'est un peu comme lorsque vous ressentez les doux rayons du soleil et que vous savez que c'est lui qui procure cette chaleur, ou alors comme lorsque vous voyez des banc d'oiseaux s'entraîner à voler pour leur grand voyage de migration qui vous annonce la venue du froid. Est-ce vrai, est-ce faux? Mon esprit divague-t-il ou devient-il-fou? C'est juste là, bien présent, vous seule savez, je comprendrai votre silence sur le sujet et l'envie de ne rien divulguer si j'étais dans le vrai, et il serait fort compréhensible que vous ne dévoiliez point votre apparence et beaucoup feraient ainsi à votre place, surtout lorsque l'on connaît le comportement de l'être humain. N'allez surtout pas penser que je ne veux pas vous croire lorsque vous me dites que ces images sont loin de la vérité, ceci n'est pas mon intention. Cela vous déplaîrait-il que je vous imagine comme cette jeune femme blonde? Pourtant, je trouve qu'elle vous va bien et une telle jeune femme ne mérite pas une telle solitude, bien au contraire, la plus grande des attentions, des délicatesses, d'autant plus que son impression de douceur est si grande et si agréable. Je crois qu'il me faudra un jour vous rendre visite à Brocéliande, me ferez-vous l'honneur de me servir de guide? L'été dernier, une personne m'a demandé à quel endroit j'aimerais me rendre en vacances, je lui ai répondu «à la forêt de Brocéliande», elle m'a aussitôt rétorqué qu'elle n'existait pas, je lui ai répondu: «mais si, c'est la forêt de Paimpont de nos jours». Pourquoi l'ont-ils nommée autrement? Je ne trouve pas cela très beau. Que voulez-vous Viviane, parfois le choix des noms est bien curieux, et vous qu'en pensez-vous? Quant à votre dernier courrier, il m'a fort ravi et enchanté, vous m'avez même troublé, que j'aimerais vous voir toujours ainsi, je vous aime et préfère ainsi. Vous savez Viviane, moi aussi je suis méfiant de nature tout comme vous et je comprends fortement que vous ayez bâti ces défenses pour vous protéger, n'ayez pas peur de la suite des évènements, j'aimerais vraiment devenir votre ami. Qui suis-je? Pour vous répondre sincèrement, je ne le sais parfois même pas moi-même. Avez-vous eu parfois cette impression de ne pas être de ce monde et de ne point y avoir votre place, pour moi, cela a souvent été le cas, comme si j'étais d'ailleurs, alors rencontrer quelqu'un comme vous a été pour moi une vraie rencontre symbolique à tout point de vue, et je crois toujours qu'elle n'est pas due au simple fruit du hasard. Peut-être est-ce aussi parce que nous avons un certain nombre de choses en commun que j'ai pu vous lire, enfin, je ne sais trop avec exactitude. Vous souhaitant une très agréable journée, bien à vous, Paul-Iky. Cher Paul-Iky, J'ai passé ces derniers jours chez moi, à Brocéliande, loin des rumeurs des villes et des cités qui parsèment les paysages actuels. J'ai eu droit aussi à quelques flocons de neige qui, hélas, n'ont pas souhaité s'éterniser longtemps sur les branches des chênes séculaires, ce qui est dommage, j'adore la blancheur immaculée de la neige et les sons feutrés qu'elle procure aux sous-bois... J'ai aidé Margot à ramasser quelques plantes hivernales pour en fabriquer des tisanes et des décoctions dont elle a le secret. Margot est une amie très chère qui habite tout près de chez moi: ensemble nous aimons passer les longues soirées d'hiver à nous raconter tous les potins du coin et j'aime beaucoup lui narrer les légendes d'autrefois, j'ai l'impression de replonger dans ma jeunesse... D'habitude mes cheveux blonds tombent sur mes épaules, mais aujourd'hui Margot me les a tressés ce qui est bien pratique mais je ne dois plus guère ressembler à cette image: cela ne doit pas vous empêcher de penser à moi, c'est très flatteur et me laisse tout alanguie... Si vous avez la chance de passer par ici, nul doute que je pourrai vous servir de guide. La forêt de Brocéliande est sans doute devenue la forêt de Paimpont car elle s'étend sur les terres de cette cité. Mais si je peux vous rassurer, peu d'autochtones l'appellent ainsi: pour les gens du cru, il s'agit toujours de la forêt de Brocéliande, source de toutes les légendes fabuleuses que vous devez connaître... Voilà, cette année se termine, j'ai été enchantée qu'elle m'apporte la joie de vous rencontrer épistolairement et j'espère que la suivante ne gâchera pas ce plaisir ressenti à la lecture de vos missives... Bien à vous, Viviane la Fée Très chère Viviane, Ah, si vous saviez à quel point parfois je me sens si proche de vous, si vous saviez Viviane, je me sens comme habité, vous êtes omniprésente, c'est comme le chant du bonheur, cette mélodie qui vous prend et vous enivre de joie et d'allégresse, une bien belle mélodie que j'aimerai sans fin, une bien belle farandole. Je visionnais votre image, vous imaginant du mieux possible avec cette tresse que Margot vous avait faite, je suis certain qu'elle vous va à ravir et que la jeune femme que vous êtes en était tout embellie; cela a dû bien vous changer et vous combler, un petit détail qui fait parfois beaucoup chez une femme, je peux vous assurer que vous n'en serez pas moins le fruit de mes pensées, croyez-moi. Avez-vous déjà essayé d'autres coiffures telle la queue de cheval, ou le chignon? Les longs cheveux sont le symbole de la féminité et de l'élégance, une couronne portée avec tant de grâce et symbolisant la beauté, et lorsque ceux-ci sont détachés et flottent au gré du vent, ils portent en plus cette impression de liberté. Pensez-vous Viviane que je penserais moins à vous pour ceci ou cela, je bénis ce jour où j'ai fait cette rencontre avec cette jeune femme un peu timide et réservée, et qui a besoin d'avoir un peu plus confiance en elle et fait preuve de méfiance à cause des évènements passés, de son vécu, des ses expériences. Vous m'apportez tant et tant intérieurement, vous me donnez allégresse, bonheur, rêve et enchantement, j'ai si longtemps cherché quelqu'un comme vous, qui m'apporte, qui me transporte, maintenant vous êtes là et je veux que cela dure et dure... Nous ne sommes pas du même siècle mais quelle importance? Vous êtes là tous ces siècles au compteur et tout ce vécu, moi je suis là, si peu d'expérience, votre vous m'a charmé, votre vous m'a conquis, mon cœur plein d'émoi, d'affection, qui vous aime tendrement. Je sais, mes mots sont des mots et seulement ça, chargés, que je vous transmets, sincères et que mon cœur me chante de vous révéler, cela me vient ainsi et je vous l'écris. Une belle jeune femme poétique à souhait, de grâce, de politesse et qui doit savoir que ce sont de bien grandes qualités et un trésor précieux qu'elle doit partager. Dites-moi Viviane, votre amie Margot, qui est-elle? Est-ce une fée tout comme vous? Est-ce une jeune femme humaine comme nous autres? Est-elle médecin? Je vois qu'elle a l'air de connaître parfaitement les plantes et leur fonction curative, un bien grand savoir. Je suis si heureux que vous ayez une amie si chère avec laquelle vous passez un peu de temps, surtout lors des ces longues soirées hivernales et, je suis tellement ravi qu'elle vous ait coiffée, cela me fait tant plaisir de vous savoir ainsi. Et vous Viviane, préparez-vous comme Margot des décoctions? Pouvez-vous me donner vos lumières sur le sens du mot «épistolaire»? Une fois de plus je deviens votre élève à ma plus grande joie, mon ignorance laisse place à votre vocabulaire que j'aime tant, qui m'enchante et qui vous caractérise si fortement; dans moins de trois jours nous franchirons le cap d'une nouvelle année, vous aurez été bien évidemment la rencontre la plus attendue et désirée, celle qui me fait le plus chaud au cœur, alors en ce qui concerne l'autre ou la prochaine, je vous souhaite tout mes vœux de bonheur! Et que l'on y vive mutuellement de bien grandes richesses intérieures. Pourquoi les gens ont-ils si peu de foi et mettent-t-ils fin aux rêves des enfants, c'est ce que je déplore bien malheureusement à mon plus grand regret. Le soir du réveillon, j'étais chez un ami d'enfance, le père Noël étant sujet de notre conversation, et l'un d'entre nous disait qu'après huit ou neuf ans, il fallait que cela cesse. Vous voyez où je veux en venir, pourquoi devenons-nous tous ainsi, à quelques exceptions près, je trouve cela tellement triste, les adultes qui ne croient plus en rien ou presque avec le monde de l'enfance qui petit à petit disparaît définitivement de notre vie. Le père Noël et autres doivent continuer à subsister dans notre esprit, qu'en pensez-vous Viviane? Le soir de Noël, en rentrant à la maison, j'ai pensé à vous, comment pouvait-il en être autrement? En effet, il était diffusé à la télévision un film qui s'appelle «Merlin», cela m'a un peu embrouillé l'esprit vis-à-vis de certaines choses, je vous en reparlerai prochainement car cette heure est déjà bien tardive pour pouvoir s'y plonger. Viviane, avez-vous déjà eu l'occasion de voir des films? Encore une chose avant de prendre congé, une chose bien curieuse s'est produite ce dimanche, entre 12h et 14h, je m'étais endormi sur mon fauteuil et j'ai fait un songe où vous étiez: nous discutions de choses et d'autres et vous m'avez demandé lorsque je vous écrirais d'évoquer un sujet de conversation bien précis, je ne saurais vous dire combien de temps cela a duré. Ensuite, lorsque je me suis réveillé, j'avais pratiquement tout oublié et je n'arrive plus à me souvenir de votre visage alors que je vous y ai vue, curieux n'est-ce pas? Vous voyez Viviane, vous êtes omniprésente, je vous vois même en rêve, je suis un peu triste de ne plus me souvenir, mais qui sait, peut-être me ferez-vous l'honneur de me visiter dans un prochain songe? Que puis-je faire pour vous être agréable Viviane? Sur ces dernières lignes je vous salue Viviane. Votre fidèle serviteur, Paul-Iky. Bonne année, bonne santé et meilleurs vœux Viviane, tout plein de souvenirs inoubliables! Bonjour... Pardonnez-moi ce long silence mais les occupations ne manquent pas ici et je suis tellement absorbée par tout ça que j'en oublie même de répondre à mon courrier. Il faut dire que mon scribe n'est plus de ce monde depuis un bon bout de temps, j'avais pris l'habitude de me décharger de tout mon travail épistolaire sur lui, alors j'ai un peu de mal à m'y remettre. Où en étais-je? Pas bien loin je vois, donc oui, mille excuses pour ce retard, et recevez également tous mes vœux pour cette nouvelle année, qu'elle vous apporte joie, bonheur et santé... Je relis votre missive et je vois que vous vous demandez qui est Margot. C'est une amie que j'ai rencontrée il y a bien longtemps à Paimpont, au cours d'une soirée organisée par je ne sais plus trop quel roi. Nous nous sommes retrouvées à danser ensemble et, de fil en aiguille, elle est devenue ma meilleure amie. Elle a pris l'habitude de me coiffer, et c'est souvent une longue tresse qu'elle m'enroule délicatement autour de la tête... Voilà, vous savez presque tout sur elle... Je n'ai pas l'habitude d'importuner les gens en me glissant dans leurs rêves, ça peut arriver mais c'est assez rare: vous devez donc être une exception, quelqu'un de particulier, si je me suis retrouvée en face de vous. Et d'abord, êtes-vous bien sûr que vous étiez effectivement endormi? Espièglement vôtre, Viviane Très chère Viviane, Pardonnée... Mais vous l'êtes, vous l'êtes, vous savez, Viviane. Plus le temps passe, plus je savoure ces instants nocturnes lorsque je sais le moment venu de m'installer confortablement pour prendre la plume. Je me laisse alors guider spirituellement et tendrement. Je me glisse dans cette douce rêverie qui, lorsqu’elle m'habite en totalité, me fait être vraiment avec vous, pleinement, et plus rien ne parasite ensuite mon attention. Le plus grand ennemi de ces moments reste le sommeil. Le départ peut parfois en être laborieux, mais ensuite, c’est comme dans un rêve. Des images se succèdent dans ma tête et les mots aussi, je n'ose à peine vous avouer que j'éprouve une bien grande affection vis-à-vis de vous et que celle-ci me porte pour vous écrire et m'enveloppe le cœur. Je vous le dis tout timidement. Vous voyez Viviane, vous n'êtes pas la seule à l'être, et ces choses-là, comme vous le savez, ne sont point faciles à sortir de la bouche et du cœur. Je sais que vous me comprenez, étant timide vous aussi. Vous savez que ceci requiert beaucoup d'efforts et de courage, alors voici, je laisse parler mon tréfonds, je me livre un peu. Ne rougissez point, n'en soyez point gênée, ayez-en le cœur réconforté car il est bien plaisant d'en ressentir les effets et la sensation. Je suis fort désolé pour votre scribe, cela a dû vous faire un vide et un manque, mais vous verrez comme il est bien plaisant d'écrire soi-même. Vous en éprouverez un bien grand plaisir personnel avec des émotions parfois intenses; vous allez vous y remettre, j'en suis certain. Et puis entre nous Viviane, comment pourrais-je éprouver les mêmes émotions et ces sentiments qui me portent si ce n'était vous derrière la plume? Vous m'êtes fort agréable, vous êtes le moteur de tout ceci et, sans vous, la magie ne serait plus... La tristesse finirait par naître en moi. Vous voyez Viviane, vous comptez, vous en valez la peine, vous êtes quelqu'un plus que vous ne pouvez le croire. Vous m'avez conquis et pourtant, au début, j'étais plein de doutes. Était-ce vous, pas vous, vous souvenez-vous? Maintenant, j'attends impatiemment vos écrits, je suis conquis et comblé. Il est vrai que vous êtes très secrète, voire pudique, réservée et de nature à ne point vous livrer; et je pense que la solitude et la méfiance font que... Je vous comprends car je le suis un peu aussi, mais, croyez-moi Viviane, si vous consentiez à être plus ouverte... N'ayez crainte, vous pouvez parler de la pluie et du beau temps, de ce qui vous passe par la tête, cela peut être n'importe quoi! Vous en retireriez tant de joie et de bien-être car, un échange naissant, des communions s'établissent, vous portent, vous allègent le cœur. Vous voyez, vous êtes Viviane, vous apportez encore des choses, en tous cas en ce qui me concerne, je vous suis dévoué. Alors courage Viviane, courage, écrivez, écrivez! Vous faites un bienheureux. Vous voyez Viviane, la conversation peut être toute simple. Lorsque vous m'aviez parlé de la neige que vous aimiez, de vous faire tresser les cheveux, de Margot, de ramasser des herbes, de votre rencontre, c'était tout simple. C'est ce à quoi je faisais allusion. Parlez, n'ayez pas peur, n'ayez pas peur de vous égarer, tous les sujets sont bons. Nul besoin d'extraordinaire, la vie de tous les jours a son lot de surprises et peut être évoquée. Qu'en dites-vous Viviane? Par exemple, pourquoi ne me parleriez-vous pas de vos escapades sur les rives du lac de Paimpont? Cela me plairait de savoir. Vous pourriez me décrire une de ces journées, qu'en pensez-vous? Margot serait-elle une fée tout comme vous? Votre rencontre, il y a fort longtemps, semble l'indiquer car de longues années se seraient ainsi écoulées, qui lui donneraient un âge beaucoup plus élevé que le commun des mortels. Pourrait-elle être autre qu'une fée? À moins qu'elle n’ait trouvé un fruit de l'Arbre de vie dont il était fait mention dans le jardin d'Éden. Je sais, je laisse divaguer un peu mon imagination. Dans les temps anciens, lorsqu'on lit l'«Ancien Testament175 biblique, les hommes et les femmes ne vivaient pas loin de mille ans. Beaucoup disent que ce sont là légende et folklore mais pourtant, j'y crois. Après tout, il y a bien des êtres qui vivent même plus que cela alors pourquoi cela ne pourrait-il être vrai? Qu'en pensez-vous Viviane? Je vous parle peut-être de beaucoup trop de choses en même temps, mais nous y reviendrons. Je ne veux pas non plus saturer votre esprit. Vous savez Viviane, lorsque vous me parlez de la tresse que Margot vous enroule délicatement autour de la tête, cela me fait penser à une couronne, à une parure. Vous devez être semblable à une bien jolie princesse avec son diadème. À mes yeux, la princesse représente une belle jeune femme pure, charmante et gracieuse, belle à l’intérieur comme à l'extérieur, une image bien agréable. Encore une fois, je n'ai pu évoquer bien des choses, dont le film de Merlin, mais je voudrais finir cet écrit par les dernières lignes de votre dernière missive. M'importuner en vous glissant dans mon rêve? Mais quelle idée! Au contraire Viviane, vous êtes la bienvenue et je vous invite même à revenir. Ma porte vous est grande ouverte et j'aimerais tant vous y voir à nouveau. Pour moi, ce sont des instants que j'aimerais voir durer et durer! J'ai bien malheureusement oublié votre apparence et une partie de mon rêve. Enfin, il me semble que c'était comme un rêve, tout semblait l'indiquer! Vous allez finir par me faire douter. Et si je n'étais pas endormi? Je n'en serais que plus ému Viviane, et cette sensation de rêve dans laquelle j'étais plongé était si réelle que je n'avais plus conscience du réel ou de l'irréel. J'étais juste là, avec vous, sans vraiment me rendre compte. Alors l'un ou l'autre, j'espère avoir l'honneur de vous revoir à mon grand bonheur. Si en chair et en os, quelle émotion!, et si en rêve, très ravi. Une bien belle journée s'annonce, matinalement froide, mais que faire face aux saisons? Cordialement, votre fidèle serviteur et chevalier servant, Paul-Iky (12) Bonjour Paul-Iky, Le temps est affreux, du vent qui arrache les arbres, casse les branches et s'infiltre partout. Il fait humide et froid, les animaux se terrent dans l'attente de jours meilleurs; je fais comme eux, je me réfugie au fond de ma demeure, ne laissant qu'une chandelle pour pouvoir écrire ces quelques mots. Une journée sur les bords de l'étang de Paimpont est une journée de joie car elle commence par une marche sur les chemins mystérieux de la forêt, et les rencontres sont souvent nombreuses. Puis à Paimpont, il y a la grand'rue envahie par les marchands de toutes sortes. Rien de plus enivrant que de s'aventurer au milieu des gens pour moi qui reste toute seule à longueur de temps au fond de ma forêt. Après un tour à la foire, je vais m'attabler à la crêperie, je connais très bien la patronne et nous devisons tant que les clients ne sont pas trop nombreux. L'après-midi je vais m'installer au bord de l'étang et je regarde l'eau qui s'agite et le temps qui s'écoule... Il faut ensuite penser à s'en retourner, le Val Sans Retour est impressionnant lorsque la nuit tombe... Lorsque j'arrive, Margot est là à m'attendre. Nous discutons de choses et d'autres, nous mangeons ensemble, et voilà... Vous voyez, il n'y a rien de bien passionnant dans la vie d'une Fée. Je vais souvent au château de Comper me replonger dans les arcanes arthuriennes. Je peux y passer la journée sans voir le temps passer, une fois j'y suis même restée toute une nuit... Mais voilà que le vent redouble d'efforts comme s'il voulait entrer de force chez moi. Je dois hélas vous laisser, merci pour ce moment de bonheur tout simple... Viviane Très chère Viviane, Me voici. Je comptais vous écrire bien avant, mais il en a été autrement. Un bien vilain rhume s'est joué de moi. Les effets commencent à peine à s'atténuer sous l'influence d'un traitement médicamenteux bien nécessaire. Ces états qui vous affaiblissent et qui vous coupent toute envie de faire quoi que ce soit: nez qui coule, yeux qui pleurent et qui ont du mal à rester ouverts sous l'effet de la luminosité, éternuements à répétition, tout ce qui est désagréable, si vous voyez ce que je veux dire! J'ai lu et relu votre dernier écrit avant de commencer la nouvelle rédaction qui vous était destinée, comme chaque fois. Cela m'a été d'un grand réconfort et m'a donné l'envie et la force de reprendre la plume. Vous m'êtes une force, et même plus que vous ne pouvez le croire, Viviane, et, lorsque je suis en pensée avec vous, je me sens si bien. J’espère un jour prochain pouvoir vous accompagner toute une journée et être à vos côtés, vivre ces choses-là avec vous et en jouir intérieurement, être envahi de cette si intense sensation que je ne pourrais et ne voudrais oublier. Votre dernier écrit m'a tellement fait plaisir! J'en ai ressenti une immense joie intérieure. Vous avez beau me dire qu' «il n'y a rien de bien passionnant dans la vie d'une fée», et pourtant! Tout ce que vous venez de faire correspond vraiment à mes attentes vis-à-vis de vous. Vous voyez, nul besoin d'extraordinaire. Vous me parlez à cœur ouvert, avec simplicité. Ne pensez pas que cela est dénué d'intérêt et inintéressant. C'est justement, ou plutôt certainement, cette Viviane-là que j'aime, celle qui se livre, qui raconte, qui ne se pose pas de question, qui est tout entière. Une Viviane qui me comble et avec laquelle je veux vivre ces instants et cette passion. Oui, une passion, je pense que l'on peut dire cela comme ça. Vous m'êtes une passion qui me nourrit et me fortifie, qui m'apporte plein de bonnes choses, qui m'enveloppe comme un cocon où l'on se sent en sécurité dans un bon nid douillet. J'aimerais tant vous apporter, vous combler, vous rendre heureuse! Je ne suis qu'un simple mortel qui désire vous apporter bonne humeur, bien-être et cœur léger. Vous rendre la pareille, vous faire sentir que vous comptez aussi pour d'autres, et que vous êtes le fruit de leurs pensées. Je veux vous être agréable, je le désire. Que puis-je faire pour l'être, Viviane? Ne soyez point effrayée, dites-moi, dites-le, c'est une chose qu’il me plairait de faire, d'exaucer, si cela est dans mes modestes capacités. Je suis votre dévoué serviteur, votre chevalier servant, qui se veut partager ce petit bout de chemin, qui se veut éclairer ce petit bout de nuit, qui veut combler votre solitude et surtout, l'égayer et la rendre légère et imperceptible. Enchanté je le suis, ravi tout autant. Que dire de plus? Votre sourire me comblerait au plus profond, votre bonne humeur ne serait que la «cerise sur le gâteau». Oui, votre épanouissement serait semblable à cette jolie fleur qui s'ouvre au printemps, qui respire la santé, et à qui la lumière du soleil donne toutes ces couleurs, toute cette splendeur, tout cet éclat. Qu'en pensez-vous Viviane? Vous voir heureuse encore et encore ne serait-il point plaisant? Je vous parle tout simplement comme si vous étiez en ma présence, sans aucun détour, le plus simplement du monde. Je vois que le temps ne vous épargne point. Ici, chez nous, nous y avons échappé, le vent a été clément. Mais pour vous? Je pensais que vous en étiez protégée, à l'intérieur de Brocéliande, que les arbres faisaient barrage, telle une muraille. Il est difficile de résister à notre mère Nature lorsqu'elle est en colère. Peut-être nous fait-elle subir ces choses-là à cause de nos mauvais agissements. Qu'en pensez-vous, Viviane? J'espère qu'à ce jour, tout a pu rentrer dans l'ordre et que vous avez pu retrouver le calme quotidien de votre vie. Les dégâts sont-ils importants? La forêt en a-t-elle beaucoup souffert? Mais, et vous Viviane, comment vous sentez-vous? Cela n'a-t-il pas été trop angoissant de vivre cette épreuve? Toute seule, avec les éléments déchaînés, le vent sifflant, une jeune femme dans une demeure telle que la vôtre, au milieu d'une immense forêt... Comment faites-vous pour ne pas avoir peur, pour rester aussi calme, aussi sereine? J’envie votre bravoure et vous félicite de l'être, votre courage mérite d'être dit. Aussi, je me pose des questions au sujet de votre bâtisse: est-elle solide? A-t-elle conservé sa résistance au fil des siècles? Vous y sentez-vous protégée? Est-elle chauffée? Et est-ce que la température y est agréable? Je ne peux me résoudre à imaginer qu'il y fasse froid et que vous y grelottiez pendant cette période hivernale. Ce serait si horrible et si long, un véritable enfer. Rassurez-moi Viviane. Dites-moi qu'il y fait bon, doux et agréable et que vous y êtes heureuse. Dites-moi aussi que vous y avez l'eau chaude. Petits détails certes, mais qui vous rendent la vie si agréable et vous font vous sentir comme dans un petit nid douillet. Viviane, vous pourriez me parler de votre maison, me la décrire, à l'intérieur comme à l'extérieur. Voilà un sujet qui pourrait être intéressant. N'hésitez point à entrer dans les détails. Faites comme si vous me faisiez une visite guidée des lieux. Prenez tout votre temps, je suis là tout à votre écoute. Il y a encore et encore à évoquer. Le château de Comper, le Val sans retour, et d'autres. Nous y reviendrons ultérieurement, chaque chose en son temps et à chaque jour suffit sa peine. Je vous ai déjà demandé beaucoup. Pourriez-vous saluer votre amie Margot de ma part? Je suis si heureux que vous l'ayez et qu'elle vous soit si dévouée. Finissons cet écrit par une question arthurienne: connaissez-vous une reine nommée Mab? J'ai appris dans un film que vous y étiez sœurs. Une reine toute puissante, bien méchante et experte en magie qui faisait usage de moyens inavouables pour arriver à ses fins! Ceci sera le mot de la fin. Que cette nuit vous soit douce et agréable, mes pensées vous accompagnent tendrement. Bien à vous, Paul-Iky Cher Paul-Iky, Mais je suis heureuse! Je vous suis très reconnaissante de vous préoccuper de mon bonheur mais je suis heureuse, même si mes compagnons d'antan ne sont plus là, même si Merlin est toujours en train de me souffler dans le dos son air glacial, même si j'aimerais tant revivre cette époque d'honneur et de courage qui était alors la nôtre... Mais bon, rien ne sert de s'apitoyer sur soi-même, j'aime aller de l'avant, j'aime avancer vers ce futur même lorsqu'il paraît bien sombre à nos yeux... Ma maison est pourvue de tout le confort que l'on peut en attendre: j'ai une grande pièce à vivre, une cheminée, un cabinet de toilette, un coin pour faire la cuisine, un tout petit bureau où j'écris ces quelques mots, et une chambre. Le tout plongé en plein cœur de ma forêt, parmi les immenses arbres séculaires, les sentiers herbeux, les ruisseaux cachés sous les pierres... De ma fenêtre, j'aperçois les landes et la Croix du Gueux, un endroit superbe où les farfadets dansent du soir au matin... De l'autre côté de mon petit jardin se dresse le château de Trécesson, celui où la Dame blanche reste enveloppée de tout son mystère... Voilà mon intérieur. Il est restreint mais je peux vous dire que j'y suis heureuse: heureuse de voir Margot tous les jours, heureuse de pouvoir y chanter à mon gré... Et vous, c'est comment chez vous? Vous habitez dans une de ces cités pleines de bruit? Dans une maison ou une de ces constructions verticales que j'aperçois parfois dans les revues ou les journaux? En espérant vous lire, Viviane la Fée Très chère Viviane, Je vous salue et je suis enchanté de revenir parmi vous. Veuillez m'excuser de ma longue absence. Je suis ravi de pouvoir m'évader et de vous rejoindre par la pensée. Je dois vous avouer que vous m'avez beaucoup manqué entre vos deux dernières missives, un peu comme lorsqu'un enfant attend le retour de sa maman, ou un jeune homme séparé le retour de celle pour qui son cœur bat. Je pose mon regard sur vous, votre image, chaque soir. Enfin, celle que je crois être vous, pendant deux, trois minutes. Vous savez, pendant ces instants-ci, le temps n'a plus la même importance à mes yeux. Parfois c'est plus long, parfois plus court, mais quelle importance? L'important, c'est de vous sentir présente à mes côtés, et vous voir ne serait-ce que quelques secondes m'est vraiment bénéfique, psychiquement. Je me baigne donc visuellement dans votre aura. Ceci est devenu pour moi un rituel. Chaque soir, juste avant d'éteindre l'ordinateur et d'aller dormir «pour compter les moutons» et laisser «le marchand de sable» me jeter un peu de sa poudre à rêves, je contemple votre image. À propos, l'avez-vous déjà rencontré, ce «marchand de sable»? Vous qui avez rencontré tant de monde au fil des siècles… On dit de lui qu'il nous est indispensable car il nous plonge dans le sommeil et ces rêves qui nous sont primordiaux car, sans cela, il paraît qu'on deviendrait fou et qu'on finirait par mourir. Voyez-vous Viviane, il en sera de même à la fin de cet écrit: je prendrai ces deux, trois petites minutes pour vous visualiser. Ceci m'étant agréable, je vous en fais part. J'espère que ceci ne vous dérange point. Vous êtes le fruit des pensées d'un simple mortel qui vous aime. Cela vous inquiète-t-il? Cela vous angoisse-t-il, vous fait-il peur? Une fée, un homme, mais après tout, quelle différence? Tout ceci n'est que détail, au même titre que le riche et le pauvre, l'esclave et son maître, le noble et le paysan... Au diable tous ces préjugés ridicules et ces images toutes faites. Il y a quelque temps, j'ai voulu en faire part à Titania, la reine des fées. La connaissez-vous? Ici même, sur Dialogus, je lui ai écrit une missive qui, à mon grand regret, n'a pu arriver à destination. Je plaidais contre ces préjugés selon lesquels un homme ne pourrait aimer une fée. Pourquoi ne le pourrait-il pas? J’ai défendu cette cause, même si cela a pu paraître folie aux yeux de certains. Voulez-vous que je vous fasse part de ce plaidoyer, Viviane? Si cela vous plaît de l'entendre, je le peux lors de notre prochain épisode. Je sais, mes idées déplairont peut-être à certains qui liront ceci et tout ce qui y a été dit depuis que nous nous sommes rencontrés. Mais il est bon parfois de pouvoir s'exprimer en toute liberté. Je ne regrette rien, et tout ce qui a été écrit, je le pense, je l'assume, et j'aime à le partager en priorité avec vous, Viviane. Je suis fort ravi de votre réaction, et j'espère ne pas vous avoir excédée en insistant sur «pas si heureuse, voire malheureuse». Je me réjouis que vous alliez de l'avant et que vous laissiez derrière vous ce qu'il se doit. Je vois que Merlin est un grand farceur: vous souffler dans le dos un air glacé, en voilà une idée! Il vous persécute ainsi depuis combien de temps? Ceci ne vous est-il pas désagréable à la longue? Une bien belle petite maison que vous avez, le cadre doit être superbe, merci pour les détails. Vous y chauffez-vous avec la cheminée? Vous devez la laisser alors allumée en permanence depuis novembre, voire fin octobre. Cela est-il suffisant pour toute la superficie de la maison? Il a-t-il un étage ou tout est-il au rez-de-chaussée? Et pour le sol, est-ce un plancher? Est-elle tout en bois? Et pour le coloris, est-ce marron clair, marron foncé? À moins que vous ne l'ayez peinte dans un autre coloris? Et la table, et les chaises? Encore une dernière petite chose vis-à-vis de votre «chez vous»: votre lit, votre matelas, comment sont-ils? Je crois vous en avoir demandé déjà une bonne fournée, si je vois autre chose, je vous en touche deux mots dans un prochain écrit. Maintenant, je pense que c'est à moi de vous parler de mon «chez moi». La première chose à en dire c'est que je suis locataire. C'est un terme qui signifie que je paie un loyer et que cela ne m'appartient point. Il est bien entendu préférable d'être propriétaire de son «chez soi», mais la vie est si chère, et l'on vous accable de tant d'impôts, qu'il n'est pas facile d'acquérir une maison ou assimilé. Cependant, il faut tout de même y penser pour plus de sérénité par la suite. Je vis en-dehors des grandes villes, dans un village d'environ six mille quatre cents habitants. C'est beaucoup moins bruyant que dans les villes. On peut dire que c'est à la campagne car il n'y a pas besoin d'aller très loin pour être bien à l'écart. De l'endroit où je suis, il suffit de marcher environ cinq cents mètres (vous connaissez les mesures actuelles? Centimètre, mètre, kilomètre, etc.) pour être bien isolé de tout ce bruit et de la populace. Pour en revenir à ma maison, c'est un compromis entre une maison et une de ces constructions verticales, vous avez un rez-de-chaussée, puis le premier et le second étage, donc des locataires sur trois niveaux, puis la toiture. C'est déjà plus agréable que ces grandes constructions où beaucoup vivent. C'est déjà une vieille bâtisse mais, à vos yeux, elle sera jeune car vous êtes là depuis bien des générations. Elle aurait néanmoins bien besoin d'être arrangée, surtout à l’intérieur. Je vis au dernier étage, et l'on s'y rend par un escalier en bois. Lorsqu'on y entre, il y a d'abord un hall d'entrée (une petite pièce), sur la gauche la cuisine, puis les toilettes, la salle de bains avec un bac à douche et un lavabo, tous deux de couleur blanche. Ensuite il y a une chambre, ainsi qu'une autre mais assez petite, où je me suis installé car je m'y sens mieux. Continuons la visite: vous avez ensuite la salle à manger. C'est dans celle-ci que l'on se met à table pour le dîner, et d'où je vous écris tard le soir, sans oublier le poste de télévision qui permet de se distraire un peu; et une troisième chambre. Le sol est en bois recouvert d'une sorte de tapis plastifié que l'on appelle «lino», de moquette pour les chambres, et nu pour le hall et la salle de bain. Il y a aussi une fenêtre par chambre, à la cuisine et à la salle à manger. D'un côté vous pouvez voir de la fenêtre la petite route qui passe devant la maison ainsi qu'un grand platane et, à l'opposé, vous avez la vue sur un jardin. Vous pouvez voir aussi de l'endroit où je suis un petit bois, qu'il m'arrive de rejoindre en faisant une petite randonnée à pied... Si vous avez d'autres questions, n'hésitez surtout pas, je me ferai un plaisir de vous répondre. Le petit jour ne va point tarder à paraître. Ça passe si vite le temps. Beaucoup, beaucoup trop vite. Vous n'avez pas un secret pour le rallonger? Une fois de plus, je vais devoir écourter, mais avant, encore une petite question: qui est donc cette dame blanche du château de Trécesson? Voilà tout pour aujourd'hui Viviane. Je regrette de n'avoir pu finir d'évoquer les choses du précédent courrier, et de celui d'avant. Mais j'y reviendrai. Tant pis pour l'ordre où cela a été conté. Ce qui a été dit en valait tout autant l'écrit. Bien à vous, agréablement, votre fidèle, Paul-Iky (14) Très chère Viviane, Me voici, émergeant de mon long sommeil, bien trop long à mon goût. Le temps, qui nous est si éphémère, fugitif et impalpable, qui ne s'embarrasse d'aucun sentiment dans sa longue chevauchée fantastique, continue inexorablement sa longue marche en avant. Parfois, je lui en veux d'ailleurs un peu. Il ne s'occupe de personne. Il court, il trace, il devient insensible, un vrai cœur de pierre. Vous trébuchez, il continue sa cavalcade. Vous boîtillez, il ne se retourne même pas. Quel sans cœur! Quel cruel! «Tant pis pour vous!», nous ricane-t-il... Il se joue de nos faiblesses, il s'en amuse, il en rit, et encore plus pour l'une d'entre elle: la fatigue. «Apprivoisez-la!», dit-il. Le sommeil? «Domptez-le!», nous déclare-t-il avec arrogance, puis, cyniquement: «Alors petit homme, que vas-tu faire maintenant?» Mon assoupissement le fait sourire, il s'en délecte, me narguant ainsi: «Écrit, où es-tu?», «Missive, es-tu là?». «Que vas-tu dire à Viviane?, clame-t-il victorieusement, tu restes sans voix n'est-ce pas?!» Je lui rétorque en moi-même: «Peut-être, cher ami, mais au moins, Viviane a une âme. Ce n'est pas comme certains, et puisque tu sais tout, toi, le grand Manitou, sache que ton temps est compté comme le nôtre, et que ton hégémonie et ton règne passeront. Une défaite peut-être, mais qui est annonciatrice de victoire.» L'assoupissement a été le plus fort pendant cette nuit qui m'est si chère pour m'unir en pensée avec vous. Ces moments précis que je chéris, à l'image d'un danseur et de sa cavalière qui virevoltent gracieusement et harmonieusement lors d'une valse. Ou de celle des couleurs de l'arc-en-ciel qui épousent de si près la forme voluptueuse de cette courbe lumineuse. Ces nuits, j'en figerais volontiers le temps, la scène, les actes, immortalisant tout ceci à jamais. Quoi de plus précieux que ces choses vivaces et vivantes, ces images de vous, de moi? Je sais, Viviane, j'épilogue, j'épilogue, sur le temps. Sur cette chose abstraite et impalpable, mais qui nous agace tous. Que faire de plus lorsqu'il en est ainsi? La dérision n'est-elle pas le remède pour l'oubli? Qu'en dites-vous? Une chose au moins m'enjoue le cœur Viviane! Vous voir le mettre en échec, c'est bien réconfortant. Une bien grande jouissance personnelle! C'est là un bien joli présent que vous a fait votre mère: une représentation des scènes de votre enfance. Je trouve cela très délicat et si affectueux de sa part. Puis-je vous poser une question vis-à-vis de ces draperies? Sont-elles semblables aux tapisseries qui, de nos jours, sont collées sur les pans de chaque mur d'une pièce, pour qu'ils soient plus agréables et décorés? De nos jours, cela est très courant. Des tapisseries de toutes sortes en papier assez solide d'environ un mètre de large, ornées de décorations diverses sont collées verticalement sur les murs jusqu'à ce que toute la pièce en soit couverte. Lorsque vous me dites «draperies», je pense immanquablement à des pans de tissus. Sont-elles vraiment en tissu? Sont-elles aussi collées sur les murs? À moins qu'elles ne soient suspendues par je ne sais quel moyen sans même effleurer les murs. Décrivez-moi ce que vous y voyez. Je suis certain que le geste de votre maman vous a très fortement émue et que cela vous est un beau et grand trésor que vous ne remplaceriez pour rien au monde, Viviane. Je n'ai pas l'honneur de connaître votre mère. Je connais, de nom, une gente dame que l'on nommait Diane de Poitiers, mais sincèrement, de vous à moi Viviane, je ne sais pas s’il s'agissait de votre mère et si elle a un rapport avec vous. Si elle vivait à votre époque, je serais ravi et honoré que vous me parliez d'elle, que vous me la présentiez, j'en serai tout ouïe. Vous avez bien raison d'écrire du bureau, je suis certain que celui-ci vous tient à cœur. Petit et douillet, il vous permet de vous évader ainsi en esprit. Une vue et un cadre si agréables, rien de tel pour écrire. Le bien-être de soi y est si essentiel, de même que la sécurité. Ne soyez pas intimidée Viviane. Vous méritez toute cette attention et bien plus encore. Vous êtes rare, entière, d'une agréable compagnie. Vous savez Viviane, lorsque vous êtes parmi une étendue florale multicolore, c'est un délice d'allégresse et de cœur, un bien-être ineffable. Il m'en est de même en votre présence et il me plaît que cela perdure encore et toujours. Alors, que désirer de plus? Vous garder, tout simplement. Il me tarde de vous entendre me conter la légende de la Dame blanche de Trécesson. Fait-elle peur? Est-elle effrayante? Allez-y Viviane, je suis tout à votre écoute, l'oreille tendue. De ce pas, je pars vite me glisser sous mes couvertures. Le petit jour est déjà là. Il ne s'est point fait prier… Votre fidèle serviteur et chevalier servant, tendrement, Paul-Iky (15) Pour mon cher Paul-Iky... Imaginez un château fort au milieu d'une vaste forêt... Sombre et austère, cet édifice se dresse sous la lune blafarde de ce mois de février 1517. Il fait froid, très froid. À l'orée de la forêt, la cabane de Rémy, le garde-chasse du domaine d'Henry de Trécesson. Rémy est un homme simple, rustre, âgé d'une quarantaine d'années, marié à la Louison, vous savez, la fille de l'Hélaine et de Pierre, le charpentier du village. Ils ont deux enfants qu’il faut nourrir chaque jour sous peine de les voir dépérir et mourir comme leur petite sœur l'année dernière. Alors Rémy braconne tout en sachant que cela lui vaudrait la pendaison s'il était surpris par les hommes du seigneur. Le gibier qu'il attrape lui permet de manger à sa faim et de nourrir femme et enfants. Il connaît les habitudes du seigneur, il a appris à lire le passage des animaux dans la forêt. Il s'arrange toujours pour placer ses pièges où il faut et il attrape en général un lièvre, voire deux lorsque le temps est clément comme ce soir... Pourtant, lorsqu'il sort à la tombée de la nuit pour entamer sa ronde, Rémy sent une atmosphère étrange, comme un malaise au bout des branches des chênes séculaires engourdis par le froid. Et cette sensation s'accentue lorsqu'il constate que tous ses pièges sont vides! Pas la moindre proie, pourtant il est habile à repérer le passage des animaux, à déterminer avec précision l'endroit exact où le lièvre se prendra au collet... Arrivé près du château, Rémy est sur le point de faire demi-tour pour rentrer chez lui, bredouille, annoncer la triste nouvelle à son épouse: point de gibier au menu du lendemain, lorsque soudain il se fige: un bruit saugrenu à cette heure-ci monte dans la nuit obscure, on dirait un attelage qui approche à grande vitesse. Rémy lève les yeux vers le ciel pour vérifier l'heure mais un nuage cache la lune et l'obscurité descend sur la forêt. Le bruit se rapproche, il faut se décider. Alors le garde-chasse saute dans le fossé qui borde l'allée et se terre du mieux qu'il peut pour passer inaperçu. Il était temps: un carrosse arrive à toute vitesse, tiré par quatre chevaux noirs. D'après ce qu'il en voit au ras du sol, Rémy ne peut s'empêcher de frissonner: le carrosse est aussi noir que les chevaux et derrière, sur le marchepied, il aperçoit quatre hommes, habillés de noir eux aussi, un loup sur le visage... Le carrosse s'arrête sous les murs du château. Les quatre hommes bondissent: l'un d'entre eux ouvre la portière tandis que les trois autres saisissent des pelles et se mettent à creuser à toute vitesse. Une jeune femme descend du carrosse, vêtue en tout et pour tout d'une superbe robe blanche. Ses longs cheveux blonds flottent sur ses épaules, elle baisse la tête vers le sol et ne dit rien... Rémy est frappé par sa beauté d'autant plus que la lune revient éclairer la scène et met en relief la grâce du visage de la demoiselle. Rémy ne dit rien, ne bouge pas, paralysé par la peur: il ne doit pas être découvert, sinon il risque gros et il sent confusément que ces quatre là ne se laisseraient pas identifier... Soudain, les évènements se précipitent: les trois hommes jaillissent de la fosse qu'ils ont creusée tandis que leur compère attrape la dame par le bras et la jette dans le trou! Aussitôt les trois autres se mettent à reboucher la fosse... Rémy est atterré! Ils enterrent la femme vivante, sous ses yeux! Aucun bruit ne monte dans la nuit noire, la femme ne crie pas et lorsque le trou est rebouché, les quatre hommes remontent sur le carrosse et les chevaux se remettent en marche... A peine l'attelage s'est-il fondu dans l'obscurité végétale que Rémy bondit hors de sa cachette. Il reste immobile, haletant, les pensées tournant à toute vitesse sous son crâne: que doit-il faire? Demander de l'aide? Mais que va-t-il répondre si le seigneur de Trécesson lui demande la cause de sa présence sous ses murs à cette heure de la nuit? Il risque sa vie! Il se jette sur la terre fraîchement remuée et tente de creuser à mains nues, mais c'est peine perdue. Alors tant pis, il se rue vers la porte du château et hurle de toutes ses forces... Au bout d'un long moment, un garde daigne répondre, puis Henry de Trécesson en personne arrive à la porte. Le temps file à toute vitesse et Rémy est persuadé qu'il est déjà trop tard lorsqu'enfin trois soldats se mettent à creuser la fosse fraîchement remuée... Lorsque les hommes d'Henry découvrent la jeune fille, Rémy saute dans la fosse en espérant que malgré tout il reste un petit espoir. La jeune femme ouvre les yeux, fixe le ciel éclairé par la lune et exhale son dernier soupir dans les bras du garde-chasse... Henry de Trécesson exposera le corps de l'inconnue pendant trois mois dans la salle de son château après avoir envoyé des messagers partout dans la campagne environnante, en vain. Personne ne viendra identifier la jeune fille. Alors elle sera appelée la Dame Blanche de Trécesson. On raconte qu'en février, lorsque la lune est pleine et que la nuit est bien avancée, on peut la voir errer dans le pré sous les portes du château... Très chère Viviane, Oh là là, mais que c'est horrible Viviane! Quelle cruauté de la part de ces quatre hommes masqués, la pauvre jeune femme! Finir de cette façon m'a vraiment bouleversé. Je n'arrive pas à imaginer que des hommes puissent être aussi démoniaques. Enterrer une personne vivante! Je n'ose songer aux souffrances endurées par celle-ci. Mais qu'a-t-elle pu faire pour mériter une telle atrocité? Je vois que, malgré tous ces siècles qui se sont écoulés, la méchanceté est toujours de mise! À se demander si les hommes méritent encore d'être appelés «êtres humains». S’ils avaient un tant soit peu d'humanité, pareilles choses ne devraient pas se produire. Posséder une âme n'est-il point faire preuve avant tout de compassion, de pitié, de réflexion et de traiter son prochain comme soi-même? Les hommes, qui sont soi-disant évolués et intelligents, agissent de pire façon que des bêtes sauvages et en prenant le plus grand plaisir à la souffrance d'autrui. Ils s'en réjouissent, ils s’en amusent. Cela en devient une distraction, comme si cela n'était que simple banalité. «Faisons du mal à notre prochain!, s'exclament-ils au fond d'eux-mêmes; réjouissons-nous du sang qui va couler! se délectent-ils; notre richesse va ainsi s'accroître et nos secrets seront bien gardés. Abattons, abattons les obstacles qui se dressent en travers de notre chemin! Pas de témoin, pas de quartier! Ainsi, nous pourrons mieux prospérer, mieux régner! Diviser pour régner, ceci est notre maxime.» Mais je vous le dis, ma chère Viviane, au jour des jours derniers, nous devrons tous rendre compte de nos actes devant notre Seigneur Dieu tout-puissant, de nos actes accomplis pendant notre séjour ici-bas, justes et injustes, riches et pauvres, voleurs, assassins et j'en passe, pas d'exception. Tout le monde sera ressuscité pour le Grand Jugement. Malheur alors à tous ceux qui auront commis tous ces actes de violence gratuite. Le couperet tombera alors à son tour sur eux qui gémiront de peur et d'angoisse, juste retournement des choses. Je repense à cette jeune femme, une grande peine, une grande tristesse au fond de moi; comment voulez-vous que son âme soit en paix? C'est pour cette raison qu'on l'aperçoit aux alentours de l'endroit où elle a subi une mort si violente, et, tant que son âme ne repose point en paix, elle continuera à hanter ces lieux. Elle n'a rien mérité de tel. J'espère qu'elle trouvera enfin le repos et qu'elle montera dans de plus hautes sphères. Il en est souvent ainsi lorsque quelqu'un lui vient en aide et que la vérité éclate au grand jour. Mais, vis-à-vis de tout ceci, qu’en-est-il? Les coupables se sont évaporés dans la nuit et sont certainement morts sans avoir jamais été découverts. Ils ont certainement emmené ce lourd secret dans leurs tombes. Mais alors, que va-t-il se passer pour elle, pour son esprit? Elle ne va tout de même pas errer sans fin ici-bas? J'espère qu'elle en sera libérée pour qu'un jour elle ait une autre chance pour pouvoir vivre toute sa vie. J'aimerais tant, Viviane, que vous me disiez que ceci n'est qu'une légende, qu'une pure invention de l'homme. Qu'en est-il Viviane? Ceci s'est-il vraiment passé? Et vous Viviane, l'avez-vous déjà rencontrée? L'avez-vous déjà vue? La connaissiez-vous, vous qui avez vu les siècles se dérouler? Y a-t-il des témoignages de gens qui l'ont aperçue, ou ceci n'est-il que des «on-dit», des histoires à vous effrayer pour ne plus dormir de la nuit? Je tenais à vous remercier, douce Viviane, de me l'avoir conté, non point que cela (quel malheur) me plaise et me réjouisse, bien au contraire, j'en suis fort attristé et bouleversé, mais votre savoir-faire pour me faire vivre ces événements est un véritable délice, une vraie bénédiction. Si, si, Viviane, je vous l'affirme. Vous êtes une conteuse, vous pourriez écrire. Vous m'avez enchanté et transporté, je vivais cela vraiment et pleinement. J'ai envie de vous faire une petite confidence, de vous à moi, vous seriez une maman délicieuse et généreuse et votre enfant serait ravi de s'endormir à votre écoute. De cette harmonieuse mélodie que vous lui jouez. Vous seriez semblable au chef d'orchestre qui mène la partition, poignet souple, baguette visualisant notes et symphonies, musique berçante vous transportant et vous faisant glisser aux portes des songes. Vous voyez Viviane, tout ce qui est vraiment agréable. Vous êtes talentueuse et j'espère pouvoir vous écouter à nouveau me conter ceci ou cela, fables et légendes, récits ou écrits, je suis tout ouïe. Vous pourriez peut-être me parler de votre maman, me la présenter, qu'en dites-vous Viviane? Les sujets évocables sont si nombreux, je vous fais confiance. S’il y a des choses qui vous tiennent à cœur en particulier, allez-y, le libre discours est une chose que j'apprécie tant. Jetez-vous à l'eau, testez-le. Vous verrez, c'est fort plaisant. Je dois encore vous évoquer une chose Viviane. Une révélation m'a été faite vous concernant. J'ai pour consigne d'attendre avec patience et silence, celle-ci vous sera révélée, vous en serez avertie et amenée à l'évoquer. Que dire de plus… Les choses sont parfois pleines de mystères et de surprises. Voilà chère Viviane, c'est toujours trop court et si bref. Mes pensées vous accompagnent, mon cœur aussi. Votre serviteur, votre fidèle, tendrement, Paul-Iky... (16) Très chère Viviane, Par quoi commencer? C'est à mon tour d'hésiter. Les différents sujets évoqués tournent dans ma tête. C'est comme un tourniquet, je réfléchis, je pense, je ressasse, je me laisse prendre, je me laisse emporter par ces pensées hésitantes qui me submergent. Mais à quoi bon, à quoi bon? L'ordre importe finalement peut-être peu. Nous allons faire ainsi et laisser les choses se dénouer d'elles-mêmes et ainsi laisser l'expression populaire «tous les chemins mènent à Rome» prendre tout son sens, toute sa tournure. Continuons vis-à -is de la Dame Blanche de Trécesson. Tout ceci m'a profondément indigné. J'ai eu beaucoup de compassion pour elle et, en même temps, de la colère contre ces bourreaux d'hommes. Vous savez Viviane, c'est plus fort que moi: je ne supporte pas l'injustice, semblant de procès et sentences toutes décidées où vous êtes condamné avant l'heure. Adultère ou pas, et encore, à condition que l'acte soit justifié et vérifié, exécuter une telle sentence pour faire mourir une personne, c'est pour moi inconcevable. Je le vois comme un malin plaisir à la souffrance d'autrui, un spectacle de réjouissance indigne de l'être humain. Je préfère reprendre les paroles de notre Seigneur Jésus, lorsque le peuple voulait lapider la prostituée et dont certains l'auraient certainement plus fait par plaisir de faire mourir que par intention de faire respecter leurs lois. Il a dit: «que celui qui est sans péché jette la pierre en premier». Comme par enchantement, tout le monde a laissé tomber sa pierre. Comment pouvait-t-il en être autrement? Et qui pouvait se targuer d'être pur et sans tache pour pouvoir se permettre de faire justice? Ensuite, Jésus dit à la prostituée: «va et ne pèche plus». Vous voyez Viviane, ce qui est le plus cruel dans tout ça, c'est de voir le comportement de l'être humain. Un homme de bien (Jésus) vient pour faire de bonnes actions et ensuite, celui-ci est traité comme un ingrat et criminel de la pire espèce. Dites-moi où est la justice dans tout cela. Elle est belle la soi-disant justice humaine. J'espère au moins que de votre temps, Arthur était un homme juste et qu'il haïssait la corruption qui caractérise beaucoup d'entre nous. De nos jours, en France, il arrive encore que la justice fasse preuve d'injustice, que les procès soient bâclés et que des personnes soient condamnées injustement mais, heureusement, cela arrive relativement rarement. Tout le monde a droit à un procès. Par contre, les lois ne sont pas toutes bonnes et justes, à mon grand regret. Mais bon, que voulez-vous, la stupidité et la sottise humaine sont toujours là et bien là. Vous savez Viviane, je me laisse souvent emporter par certaines choses. Je ressens un besoin impérieux de développer, d'approfondir. C'est ma nature à moi. Mais continuons maintenant si vous le voulez bien avec des choses beaucoup plus agréables. Votre maman, comment était-elle? Vous ressemblait-elle physiquement? Pouvez-vous me la décrire? Elle devait être si élégante. Les toilettes et les robes étaient si belles de votre temps, si importantes. Côtoyer si régulièrement la cour n'était certainement point à la portée de tous. Elle devait avoir des titres honorifiques. Était-elle baronne, comtesse, vicomtesse, duchesse, ou autre? Je m'y perds un peu dans toutes ces hiérarchies. Je ne sais vraiment pas qui est au-dessus de quoi, je suis vraiment perdu Viviane. Oh, Viviane si vous saviez, je suis si plein d'émotion envers vos pensées. Cela me ravit, m'enchante, me donne du baume au cœur, de la force. C'est un trésor que vous me faites, inestimable, impérissable. Quoi de plus doux venant de vous? Ne vous tracassez point. Il n'est pas toujours aisé de donner sur le papier l'intensité de ce que l'on a dans le cœur et au fond de soi. Exprimer son ressenti par écrit n'est pas aussi simple. C’est même très ardu et, l'instant venu, on ne sait comment s’y prendre. Vous Viviane, vous me comblez si ardemment… Ne rougissez surtout pas Viviane. Moi, je crois vraiment en vous et, j'en suis certain, vous serez une maman généreuse, aimante et très câline et vous possédez une chose inestimable: le rêve. Quoi de plus précieux pour un enfant de croire et d'avoir la foi, des rêves et de conserver cette âme et ce monde? Je vous le dis Viviane, si un jour j'ai des enfants, je veux que la maman soit comme vous. Vous voyez, vous avez en vous ce quelque chose qui fait que… Je ne sais pas l'expliquer mais c'est là. Comment pourrais-je me passer de vous? Je n’ose me l'imaginer. Ma vie en serait si terne. Pour une fois, je remercie la destinée. Je suis tout plein de gratitude envers cette force qui m'a mené jusqu'à vous. Vous voilà vous préparant pour ce long voyage. Enfin, je ne sais s’il l’est mais cela m'illumine ainsi l'esprit. Peut-être la peur de votre absence. J'espère que celle-ci ne sera pas trop longue. J’y pense depuis que je vous ai lue, c'est plus fort que moi. Un vide va naître en moi, vous allez beaucoup me manquer. Le «mal de Viviane», votre image me sera alors salutaire pour vous attendre. Chère Viviane, vous partez à quelle date? Savez-vous combien de temps vous allez vous absenter? Cela doit être d'une bien grande importance. Aurai-je de vos nouvelles une fois là-bas? Je vous pose la question mais, au fond de moi, je crois que non. Je peux le comprendre car ces choses là sont si importantes. Je vous quitte sur ces mots, une petite larme à l'œil, mon émotion qui s'extériorise. Votre fidèle, tendrement, Votre Paul-Iky (17) Très chère Viviane, Aujourd'hui je suis particulièrement ému. Une bien mauvaise journée croyez-moi. Comme celles que l'on se passerait bien de vivre, pleines d'émotions mais pas de celles qui nous laissent de bons souvenirs et que l'on aimerait n'avoir point vues, ressenties ou vécues. Mais qu'y faire lorsque cela s'impose à vous de force et par la force, lorsque que vous subissez de plein fouet et encaissez le coup? Vous êtes là, spectateur des évènements, un air ébahi et éberlué, silencieux, à vous morfondre, à la limite des sanglots. Mais pour faire bonne figure et bonne contenance, vous essayez tant bien que mal de paraître comme il se doit à l'extérieur, alors qu'a l'intérieur, cela bouillonne, mijote, déborde… Je viens à vous ce soir le cœur un peu pesant. Je voulais le faire la nuit dernière mais j'ai plutôt cédé aux affres du sommeil, somnolant encore et encore, une bonne partie de la nuit devant le clavier et mon écran, alors… Sachant votre départ pour ce vendredi, je reviens donc ce soir plus décidé que jamais. La nuit porte conseil dit le dicton, et, lorsque je suis avec vous, c'est plus vrai que jamais, et encore plus cette nuit où l'apaisement est de mise. Une bonne petite «infusion» de Viviane me sera nécessaire, bénéfique, relaxante, revigorante. Je la consommerai avec saveur et douceur, laissant chacune de mes parcelles s'en imprégner. Vous m'êtes source de joie, d'inspiration, de plaisir, d'évasion, de fusion, de bien être et, cette nuit, un remède contre l'angoisse. Douce et tendre Viviane, douce comme du miel et tendre comme une fleur, je vous parle à cœur ouvert. Les mots ont ce soir un peu de mal à sortir comme je le voudrais. Exprimer ce que l'on a au fond du cœur est parfois si complexe. J'éprouve pour vous des choses si profondes, je vous aime tant. Je vous mentirais si je vous disais que je ne me suis point attaché à vous, je vous mentirais. Vous savez Viviane, on s'attache à un moment donné à des personnes. On s'y attache d'amour, d'amitié, de fraternité ou d'affection. Alors, lorsqu'elles viennent à disparaître, c'est vraiment terrible et insupportable et parfois la raison de vivre n'a plus le moindre sens. Mais que faire? C'est si compliqué, lorsque l'on pense à tout ceci. C'est à en devenir dingue. Parfois, je ne sais plus. Au final, solitude, encore toujours et toujours. Dans ma solitude, mon immense solitude, au travers de mon ressentir, j'ai laissé mes pas me guider, un pied derrière l'autre, pas à pas, tout doucement, ceux-ci m'entraînant après moult et moult chemins vers une destination inconnue qui m'a mené tout droit vers vous. En accord avec mes attentes, mes impressions, ma vision des personnes, vous m'avez conquis, apporté plus que n'importe qui d'autre sur le plan intérieur, et je suis fier et heureux d'éprouver tout ceci à votre égard, plus qu’à celui de quiconque. Je ne sais trop que dire Viviane. Vous me rendez si heureux et, en même temps, l'idée de ne plus vous avoir m'effraie tant… Mais, à choisir, je préfère éprouver toutes ces belles choses vis à vis de vous. Lorsque vous dites «qu'un jour ou l'autre vous vous évanouirez dans la nature», qu'entendez-vous par là? Vous ne parlez tout de même pas de votre mort (un terme que je ne m'imagine pas vous concernant)? À moins que vous ne fassiez allusion au fait de quitter définitivement Brocéliande. Qu'en est-il Viviane? Je suis si heureux que vous ne soyez pas absente plus de trois jours de notre temps! J'avais peur que vous le soyez pendant un mois minimum, voire plusieurs mois. C'est ce qui me trottait dans la tête et a amplifié mon angoisse. Trois jours ici, mais combien à Avallon? Le temps s'écoule donc beaucoup plus lentement là-bas? Quelle en est la proportion? Je voulais vous souhaiter un très bon voyage. Soyez prudente Viviane et faites attention à vous pour l'aller comme pour le retour. Mes pensées vous accompagnent, ne m'oubliez pas. Ah, votre maman, quelle impression, quel charisme, quel courage! Une bien grande dame. Elle devait être extraordinaire et surpasser bien des messieurs. D'après ce que vous m'en dites, c'était une meneuse qui savait prendre les devants sans rien demander à personne. Je vois qu'elle vous a transmis de bien grandes qualités. J'ai un petit faible pour le sens de l'honneur qui est vraiment une très grande chose, que peu possèdent de nos jours, une chose que j'apprécie beaucoup en vous. Était-elle belle votre maman? Elle devait avoir vraiment de très longs cheveux lorsqu'ils n'étaient point tressés, surtout si sa tresse lui arrivait jusqu'à la taille. Comment était-elle avec les cheveux détachés? Comment la préfériez-vous? Votre maman devait certainement plaire à beaucoup d'hommes. De plus, les yeux noirs se marient bien avec les cheveux noirs, le tout agrémenté d'un si joli sourire, ces messieurs devaient beaucoup la courtiser. Qu'est-ce que «de longues braies», de quoi s'agit-il Viviane? Encore une dernière petite chose, toujours vis à vis de la chasse, «la curée» est-ce l'ouverture de la partie de chasse? Je vous laisse à vos préparatifs, revenez moi vite. Bien à vous, tendrement, Paul-Iky. (18) Très chère Viviane, Ma douce et tendre amie, qu'il est doux de vous avoir. Vous comptez tellement et tellement pour moi, je suis ravi que vous soyez là et que vous soyez entrée dans ma vie. Vous êtes mon doux rayon de soleil qui m'éclaire et me réchauffe, qui m'envahit et me réconforte, qui m'enveloppe et me donne la force. Une force qui m'est aujourd'hui bien nécessaire, bienfaisante, une force salvatrice, une force d'amour, une force de joie. Je tenais à vous remercier et vous faire part de toute ma gratitude. Votre dernier écrit, juste avant votre départ, me tenait tant à cœur et vous me l'avez envoyé. Vous m'êtes bien grande damoiselle Viviane, que j'aime et veux aimer et aimer. Vous devez être toute belle lorsque vous rougissez et j'espère un jour prochain avoir l'honneur de vous voir rougir. Promis, je n'en dirai mot. Allez-y Viviane, allez-y, rougissez, personne ne vous voit, ne peut vous voir, permission accordée. Ma chère Viviane, ma bien-aimée, malheureusement, l'angoisse est toujours présente. On a cette curieuse impression que le temps défile au ralenti. J'ai dû me rendre aujourd'hui dans une de ces hautes et longues bâtisses, celles qui accueillent tous ces nombreux malades, rendre visite à quelqu'un qui m'est cher et dont le sort est incertain. Il s'en est fallu d'un rien qu'il ne passe de l'autre côté. La faucheuse s'en est pris à son fil de vie mais, par miracle, une petite amélioration a été notée. Les prochains jours seront décisifs pour sa survie et qu'il retrouve toutes ses capacités motrices. Alors cette hantise et peur qui vous habite incessamment deviennent parfois si pesantes, gagnent du terrain afin de vouloir remplir votre tête, c'est terrible. Vous commencez à imaginer le pire. Alors, pour reprendre espoir, je prie. La prière est d'un grand réconfort et d'une grande aide, d'un grand secours. La foi en la puissance divine permet de croire que le miracle est toujours possible et qu'il se manifestera en une fraction de seconde et ainsi effacera tout, comme si rien n'avait jamais existé. Mes pensées alternent le bon et le moins bon, l'angoisse et la peur, le pessimisme et l'optimisme, puis, heureusement, mon esprit se tourne vers vous. Cela m'emplit de joie, me réconforte. Je me laisse ainsi flâner avec vous et mon cœur y retrouve un peu de gaieté et de joie de vivre. Vous m'êtes un soutien Viviane, et mon attachement à vous, mon amour de vous, une bénédiction. Vous devez, Viviane, avoir hérité d’une partie des qualités de votre maman. Vous aussi Viviane vous êtes belle, au-dehors comme au-dedans et, pour cette raison, je ne suis pas le moins du monde surpris de la très grande beauté de votre maman. Je le sentais et l'espérais. Je crois qu'il ne me reste plus qu'à trouver l'image de votre maman, tout comme j'ai trouvé la vôtre, quoique si jamais je la vois un jour prochain je vous en fais la bonne surprise. J'aurais aussi aimé la connaître, cela aurait été un plaisir, mais vous avoir vous est déjà si extraordinaire… Alors, le roi et l'héritier sous le charme de votre maman, vous deviez être si fière d'elle Viviane. Qu'avez-vous pensé lorsque vous avez su que le roi s'intéressait à elle? Venait-il la voir souvent? Étaient-ils souvent ensemble? Votre maman allait-elle souvent au palais royal? Et qu'en disait la reine? Les braies, ces tubes en tissus, ressemblent étrangement aux pantalons que l'on porte de nos jours. Vous les enfilez par les pieds, une jambe de chaque côté, et vous remontez le tout, ceci étant prolongé d'une sorte de culotte pour vous couvrir le devant et le fessier, jusqu'aux hanches. Vous n'avez plus ensuite qu'à fermer les deux parties du devant avec le bouton et la fermeture éclair pour que cela puisse tenir. Vous voilà ensuite protégée des intempéries tel le froid. Les braies et nos pantalons sont ils semblables? Quant à la curée, j'aurais été un bien piètre chasseur pour la mise à mort. C'est une chose que je n'aurais pu accomplir, ne pouvant faire le moindre mal à la pauvre bête. J'aurais plutôt été de celui qui capture l'animal pour pouvoir ensuite le relâcher. La curée, par sa mise à mort, me fais penser à la tauromachie où le torero donne le coup fatal. Je ne sais pas si vous en avez déjà entendu parler, mais c’est un sport pratiqué par certains hommes. Cela se passe dans une arène publique où, après avoir piqué et blessé l'animal à maintes reprises, le torero finit par l’achever en le transperçant d'une épée. C'est vraiment très très cruel et méchant et vous montre la stupidité de l'être humain dans tout son éclat. Cela aurait pu être acceptable si aucun mal n'était fait aux taureaux. Ce vendredi, dans la matinée, je me disais, «Viviane va bientôt partir sur l'île». Puis je me suis tout à coup rendu compte que vous étiez déjà et vraiment partie depuis plusieurs heures et je me suis sentis bien idiot… Je me suis alors demandé «est-ce loin? Faut-il longtemps pour s’y rendre? Comment va-t-elle faire pour porter ses malles?» J'espère que cela ne vous a pas été trop pénible pour les transporter, c’est toujours encombrant mais si nécessaire. J'espère que vous allez bien, que votre périple s'est bien passé et que vous êtes bien arrivée. Vous allez pouvoir retrouver vos sœurs dans la foi, mais là-bas, les trois jours de chez nous représentent quelle durée? Moi, ici, j'attends ardemment votre retour. Je vous écris cette nuit de dimanche à lundi. Lorsque vous arriverez à Brocéliande, vous pourrez me lire. Je serai là, présent à cet instant dans vos pensées. Encore une dernière petite chose avant de vous laisser… Comment se porte Excalibur? Il m'aurait plu en son temps d'aller la retirer de son rocher, mais, entre nous, cela ne m'aurait pas plu d'être roi. Je n'aime pas commander, et puis, cela attire tellement de convoitise que l'on a vite fait de se faire assassiner par traîtrise. Alors, très peu pour moi. Seul l'honneur de la retirer m'aurait comblé et rien d'autre, puis l'épée aurait retrouvé son socle, tout simplement. Tout plein de tendresse, sincèrement, Votre Paul-Iky. (19) Ma très chère Viviane, Ma très chère amie, comme il est bon de vous retrouver. Je suis si heureux de vous revoir parmi nous et de retour à Brocéliande, ce lieu magique qui vous est si cher et qu'il me tarde à mon tour de connaître. Vous y êtes vraiment chez vous, et votre joie de la retrouver me fait bien plaisir à voir, vous respirez cette forêt. Ce n'est pas seulement Brocéliande, c'est aussi la forêt de Viviane, cette «boisée», c'est vous Viviane, vous êtes son âme. Le Miroir aux Fées, quel nom magnifique pour un étang. De qui nous vient cette si jolie appellation? Elle me laisse rêveur. De plus vous l'adorez et cela doit être magnifique. On doit vraiment s’y sentir bien et ses bienfaits pour tout notre être doivent tant et tant nous apporter que j'ai hâte d'y être. Mais je suis un peu triste au fond de moi et je suis déjà plein de langueurs car il y a mes obligations d'homme, des choses que l'on nous impose, que la société dans laquelle on vit et qui nous régit ne nous permettent point de faire comme l'on veut. Ah, Viviane, si au moins j'étais tous près de chez vous, que mon habitation soit à quelques encablures de la vôtre, de Brocéliande, comme cela serait différent, comme cela pourrait être autrement. Vous m'y verriez même dès demain, le week-end, dès que vous le voudriez, juste après le travail, ce labeur qui nous est obligatoire pour pouvoir subsister dans cette société hiérarchique. Alors, je suis bien triste à cause de cela. La «téléportation» ne pourrait-elle point exister? Au moins, en une seconde et tout à coup, je serais là, près de vous, avec vous. L'aller-retour se ferait en un éclair et ainsi, la distance ne serait plus un obstacle. Ma tendre amie, je suis malheureusement bien éloigné, plusieurs centaines de kilomètres. Connaissez-vous les mesures que l'on utilise de nos jours? Sont-elles identiques à celles que vous utilisez? Le jour où je viendrai vers vous, il me faudra tout organiser, tout planifier. Je ne pourrai rien laisser au hasard: argent, temps, délai, logis seront de mise et devront être pensés, ainsi que le mode de transport. Rien ne devra être oublié. Le monde moderne a ses avantages mais aussi beaucoup d'inconvénients. Mais pour vous ma bien-aimée, la distance m'importe peu, je la parcourrai, je la franchirai, ce n'est qu'une question de temps qui, je l'espère, ne sera pas trop long. Il me faudra être patient, vous m'y aiderez. Mon amour de vous me le permettra et Brocéliande aussi. En attendant, je me plongerai dans cette douce rêverie, à vos côtés, au Miroir aux Fées. Je me prélasserai avec vous sur cette grosse pierre, au soleil, vous parant d'une jolie fleur dans les cheveux, du côté gauche de votre visage, timidement. Vous rougirez, j’esquisserai alors un tendre sourire qui vous rendra heureuse... Ensuite, après quelques secondes de silence à apprécier ces quelques instants, l'on parlerait de choses et d'autres. Vous me parlerez de votre passion pour cet endroit qui vous tient tant à cœur et je vous écouterai avec la plus grande des attentions. Voilà comment pourrait se dérouler cet instant magique Viviane, mémorable et très chère… Ça y est Viviane, on y est, c'est le printemps. Enfin, sur le papier, car il fait encore bien frais et les manteaux sont toujours bienvenus, mais si vous avez vu ces deux hirondelles de retour dans la forêt, c'est que la température ne devrait pas trop tarder à grimper. C'est aussi le temps du changement horaire: on avance nos pendules d'une heure. Au moins, il fera nuit un peu plus tard dans la soirée, ainsi, les journées nous paraîtront plus longues. Connaissiez-vous ce changement d'heure? Je m'abstiendrai Viviane de vous en dire plus, selon votre volonté, sur cette chasse aux taureaux dans les arènes. Il est vrai que, parfois, il vaut mieux être dans l'ignorance sur certaines choses qui font mal. Heureusement que je ne vous en ai point montré les images. Et vos sœurs, comment se portent-elles? Cela faisait combien de temps que vous ne les voyiez plus? Je voulais reprendre une de vos phrases dont le sens m'est apparu incertain: «au fil des années nos rangs ont une fâcheuse tendance à se clairsemer, ce qui est bien triste», en fait qu'en est-il et qu'avez-vous voulu dire? Quant à Excalibur, nous y reviendrons plus tard lors de prochains écrits. Vous l'aimez Viviane, votre bon Roi. Vous l'aimez, n'est ce pas? Il est vrai que votre nostalgie est fort attendrissante et je la respecte de tout mon cœur. Je veux la partager avec vous alors, s’il vous plaît de l'évoquer, je suis tout ouïe, prêt à partager et vivre ces instants qui vous sont chers. Cela me plairait de le faire. Allez-y chère amie, faites. Vous savez à quel point vous m'êtes agréable et tout l'amour et l'affection que je vous porte. Ce qui vous emplit de joie me rend heureux. Entre nous ma chère et tendre Viviane, je ne crois pas que vous divaguiez. Vous êtes seulement pleine d'espérance. Un rêve que vous nourrissez ardemment, tout simplement. Il est certain que s’il se réveillait de nos jours de son long sommeil, il aurait du mal à se faire à cette époque où les mentalités ont tant évolué et où les gens n'ont plus beaucoup de respect ni le sens de l'honneur et des valeurs. Ma chère Viviane, ma tendre amie, je suis bien triste de devoir écourter cet écrit sans avoir pu répondre et tout évoquer de votre dernière missive. Le jour fait son apparition et mes obligations vis-à-vis de cette société m'obligent à vous abandonner comme un ingrat. Mais je vous promets, lors de ma prochaine missive, de reprendre ce qui n'a pu être évoqué. Bien à vous, affectueusement, Paul-Iky. (20) Ma très chère amie Ma très chère Viviane, me revoilà pour vous faire la surprise. Je vous écris ces quelques lignes pour faire suite au courrier que je vous ai envoyé hier matin. Je voulais m'excuser d'avoir dû vous quitter ainsi «à l'arraché», j'y ai pensé tout au fil de la journée et je n’étais point à mon aise. Alors cela a commencé par me traverser l'esprit «et si j'écrivais la suite dès ce soir?». Je tiens à vous avouer, Viviane, que mon indécision a été jusqu'au bout car je ne voulais pas non plus que vous vous retrouviez sous une avalanche de questions et qu'ensuite, lasse, vous ne me répondiez à tout. Si jamais je pose trop de questions, dites-le moi et, si vous désirez que je revienne plus tard sur certaines choses auxquelles vous n'avez point répondu dites-le aussi. Valait-il mieux le faire ce soir? Attendre que vous me répondiez? Je ne sais pas. Alors, je me suis laissé guider et voilà. La nuit dernière lors de mon écrit, j'ai alterné éveil et endormissement, ce qui m'a finalement été préjudiciable pour la suite, à mon grand regret, mais bon, que voulez-vous, c'est malheureusement ainsi! Dimanche, l'après-midi qui a précédé mon écrit, je me suis rendu au chevet de la personne qui m'est chère chez les malades. Son état est stable, il y a un léger mieux. Maintenant, il va falloir faire preuve de patience, cette longue épreuve qui mène à son rétablissement complet sera rude avec cette incertitude quant à l'évolution dans le bon sens et le recouvrement de toutes ses capacités. Je croise les doigts… Très chère Viviane, lorsque vous dites: «j'espère voir le jour où il se relèvera et reprendra le chemin des combats», est-ce seulement votre espérance ou alors, a-t-on prophétisé un jour prochain le retour d'Arthur? Qu'en est-il Viviane? Que votre espérance est noble et pure. Votre maman et le roi sont-ils amants, Viviane? Vous plaisait-il de les voir ensemble? Elle devait avoir une bien grande prestance, doublée d'un très fort charisme. Votre voyage vous a bien éprouvé ma douce amie. Étiez-vous au moins bien installée sur cette embarcation? À ce que je vois Viviane, je ne suis pas le seul à appréhender de quitter la terre ferme pour voguer sur les flots. C'est plus fort que moi, je n'ai pas très confiance. De plus, je suis quelqu'un qui est plutôt rapidement sujet au mal de mer alors… Maintenant, reposez-vous bien. Brocéliande va vite vous redonner de sa vigueur et de son énergie. Faites attendre un peu votre ménage de printemps. Et vous savez quoi Viviane? J'aimerais tant m'échapper avec vous le long des chemins, à la découverte de cette verte nature un jour prochain. Cette escapade me plairait tant et tant alors, lorsque je serai avec vous, à vos côtés, je vous suivrai. Voila ma chère et tendre amie, le moment est venu de vous laisser. Je vous envoie tout plein de choses bien agréables. Reposez-vous bien. Ah si je pouvais vous rejoindre dans mes rêves… Bien à vous, affectueusement, Votre Paul-Iky. (20b) Très chère Viviane, très chère et douce amie, J'ai tardé un peu à vous répondre, mais me revoici pour un nouvel épisode. Voilà que je somnolais déjà… Cela promet! Avec moi, on ne sait jamais à quoi s'attendre la nuit. J'ai plutôt l'endormissement facile, étant capable de le faire dans n'importe quelle posture. Vous êtes là et, tout à coup, vous voilà plongé dans les méandres du sommeil, pendant je ne sais trop combien de temps, votre conscience revenant à la surface et émergeant du néant, vous comprenez alors, à votre stupéfaction, ce qu'il s'est passé. Vous êtes là, tout idiot et surpris sans avoir plus que cela vu la chose arriver. Êtes-vous déjà passée par ceci Viviane? Ou alors suis-je un spécimen à part pour qui cela se produit en particulier la nuit? Allez savoir! Parfois, la nature humaine est vraiment, vraiment curieuse. Margot est bien chanceuse de vous avoir et de vous partager de si près, mais je suis heureux que vous l'ayez. Moi aussi je vous ai. De loin, mais je vous ai tout de même. Maintenant, je me languis de plus en plus de Brocéliande, de vous ma bien-aimée. Mais il me faudra être patient. Une si grande vertu qui nous fait si souvent défaut. Il me faudra être semblable aux arbres et aux plantes qui bourgeonnent à la belle saison. Oui, être ainsi, comme elle, à attendre, après être passé par toutes les étapes. En ce moment, je ressens de plus en plus fort l'appel de la forêt. J'ai ce besoin impératif de me rendre en pleine nature, au milieu des arbres et des plantes, isolé de cette peuplade qui nous entoure chaque jour. On dirait comme un appel qu’il me devient de plus en plus difficile d'ignorer. Il va me falloir y répondre sans trop tarder car je sens cela comme un besoin impérieux. Cela me sera bénéfique en attendant Brocéliande. Vous savez Viviane, à cet instant même où je vous écris, j'entends le chant des oiseaux. Et pourtant on est en plein milieu de la nuit! À croire que nos chers volatiles ne dorment jamais. Ils sont là, tout près, juste à quelques mètres de ma fenêtre, de l'endroit où je vous écris. Certains doivent certainement s'être installés sur le gros platane qui est juste là, devant. De l'autre côté, sur la partie qui donne côté jardin, il y a des arbres en fleurs, c'est très joli. De belles fleurs blanches et roses, très agréables aux yeux, où l'on peut voir fréquemment cet oiseau noir et blanc s'y promener. Tout ceci est bel et bien signe de printemps, mais la pluie et la grisaille nous guettent toute la semaine prochaine, Météo France nous l'a annoncé. Ah! s’ils pouvaient se tromper! Ah! si vous pouviez avoir raison, Viviane, au sujet de la guérison de sa maladie. Que Dieu vous entende! Je m’apprête à lui rendre visite sous quarante-huit heures. Ne pourrait-on point avoir au moins ce don de guérison pour aider les malades? Je me souviens aussi d'une chose que disait Nimiane à ce sujet: que l'on avait tout en nous pour faire de grandes choses, que c'était enfoui au plus profond de nous et qu'on l'ignorait. Ce qui signifie que l'on pourrait guérir les malades, mais nul ne sait comment l'employer, sauf quelques-uns, mais seulement partiellement. Si l'on y réfléchit, comment pourrait-il en être autrement puisque tout le monde est persuadé que cela n'est pas possible… Comment peut-on guérir une personne si l'on n’y croit pas soi-même? De plus, un des compatriotes de Nimiane disait aussi que cela avait été interdit à l'être humain d'avoir accès à toutes sortes de dons différents. Lorsque j'y réfléchis, je crois qu'il a raison et que Dieu a fait en sorte que l'on ne puisse se servir de nos capacités en sommeil. Imaginez un instant, Viviane, que nous puissions réaliser toutes sortes de grandes choses, des choses extraordinaires. À votre avis Viviane, que ferait l'être humain? Je crois qu'il ferait comme il a toujours fait: des guerres pour asservir son prochain et pour dominer le monde. Il finirait par s'auto-exterminer. Pas très réjouissant n'est-ce pas? Merlin avait de grands pouvoirs mais je ne pense pas qu'il en ait abusé pour faire le mal. Quant à Clark Kent, personnage de fiction, malgré tous ses pouvoirs extraordinaires, il n'en a jamais abusé pour assujettir son prochain, bien au contraire. Il aidait tous les gens qu'il pouvait, mais le don de guérison aurait vraiment été le bienvenu pour nous tous. Ma chère Viviane, je voulais aussi que vous sussiez que l’ordre dans lequel vous me répondez n’a pas d’importance. Faites comme il vous plaît, dès l'instant où vous vous y retrouvez. La seule chose qui serait dommage c'est que vous oubliiez de répondre à certains sujets. Dommage, oui, parce que cela nous priverait mutuellement de belles choses, de belles satisfactions, de belles conversations, de grands moments et de communions. Approchez-vous Viviane, je dois vous chuchoter tout doucement quelque chose à l'oreille. Je vous le dis tout timidement, avec appréhension. Nous manquerions aussi de vivre des choses intimes, agréables et si douces et délicieuses, mais chut… Votre maman était d'une rare intelligence, posée, réfléchie, prévoyante… Au moins, cela montre que la beauté n'est pas incompatible avec la réflexion et la justesse des actes. J'entends souvent le discours stupide qu'une femme ne peut être belle et intelligente à la fois et, en même temps, cela me fait plaisir de voir pour une fois qu'il n'en est rien et que vous autres pouvez allier les deux qualités, et surtout rabattre le caquet de certains. C'est sûr qu'elle aimait côtoyer ce rythme de vie, les nobles et la noblesse. Mais elle était aussi, et avant tout, votre maman, et a tout œuvré pour que vous fussiez protégée. Maintenant, il est vrai qu'une femme très belle, dynamique et avec un si joli sourire que celui de votre maman, avait certainement les faveurs de votre roi et que celui-ci lui en ait franchement accordé. Celui-ci, tout roi qu'il fût, était avant tout un homme et une belle femme désirable obtient, à plus forte raison, sur l'oreiller, comme vous me l'avez si bien fait remarquer, ce qu'elle attend de lui. Mais et vous, Viviane, dans tout cela, voyiez-vous souvent votre maman? Aviez-vous le temps de vous retrouver ensemble avec elle, la mère et l'enfant, la maman et sa petite fille? Aviez-vous une petite sœur ou un grand frère? Oui, cela serait si difficile pour notre bon roi Arthur d'être parmi nous. Le choc serait vraiment intense et brutal. Passer de Camelot à notre monde actuel sans y être préparé, il serait mis à si dure épreuve… Il est certain que chaque personne réagit d'une façon qui lui est propre. Si vraiment il revenait, pourquoi ne pas bâtir une nouvelle Camelot où seules des personnes honnêtes et loyales pourraient entrer? Qu'en dites-vous Viviane, ne serait-ce pas une bonne idée? Je sais, on pourrait dire que je suis un fou, mais après tout pourquoi pas? Ainsi, vous pourriez retrouver notre bon roi. J'espère seulement que vous ne m'y oublierez point; vous savez Viviane, vous êtes ma bien-aimée et sans vous je serais si triste. Comment était-il, Arthur? Qu'est-ce qui vous plaisait en lui? Ma chère Viviane, il est temps. J'aimerais tant et tout le temps être là, parmi vous, Brocéliande, votre forêt, les lieux que vous chérissez. L'environnement de Viviane dont j'ai hâte de faire la visite, moi tout seul ici. Je serais encore capable de me perdre en pleine forêt et ensuite de devoir vous appeler à l'aide. Voilà, cette fois, je vous laisse. Il me tarde d'entendre votre récit, le miroir des faits me tient en haleine. Celui qui vous chérit profondément, Votre tendre Paul-Iky. (21) À vous ma bien-aimée, Mon aimée, ma très chère amie, j'ai si faim de vous, si soif aussi, me voici pour m'étancher auprès de vous, de votre puits. Celui-ci me désaltère, me rassasie, me nourrit de l'intérieur d'une eau vive dont je ne peux et ne veux plus me passer, d'une nourriture spirituelle dont se délectent mon cœur, mon âme, tout mon être. Celui-ci vous est tout dévoué, il veut vous être fidèle, digne de vous, vous être agréable et serviable. Il vous aime profondément, intensément, sincèrement. Il s'est épris de vous d'un doux sentiment, il vous appartient, vous aime. Il se livre ouvertement, quoi de plus doux? Quelque chose en lui le pousse à le faire, alors il s'exécute. À cet instant, la peur n'est plus, il a confiance. Il est enveloppé d'un voile de sérénité et de paix intérieure. Il est bien au tréfonds de son être, il est atteint du syndrome de Viviane, oui, vous le portez, oui, avec vous il se sent bien, il est heureux. Et puis, les choses agréables et plaisantes font beaucoup de bien intérieurement n'est-ce pas Viviane, qu'en dites-vous? Avant d'entamer ce nouvel écrit je me posais cette question: par quoi et par où commencer aujourd'hui? Vous savez, lorsque l'on commence à trop y réfléchir, ensuite on ne sait plus trop que faire. On tourne, on pinaille, puis, pas grand-chose, alors je décide de me laisser guider, je laisse faire. D'où tout ce que je vous ai dicté lors de mon premier paragraphe, ce que je n'aurais certainement pas eu le courage d'évoquer autrement. Mais et vous Viviane, cela vous arrive-t-il de vous laisser guider lorsque vous écrivez? Essayez à votre tour, vous serez surprise des choses que vous aurez faites, vous n'en reviendrez peut-être pas, c'est comme quelque chose qui vous porte et vous montre le chemin, la voie. Ah, votre récit Viviane, votre récit, je vous écouterais des heures et des heures, je suis là comme ce petit enfant, les yeux grand ouverts, attentif, et pour qui plus rien ne compte, les yeux écarquillés et l'oreille tendue… Vos narrations me sont si chères. Celle du Miroir des Fées, oh là là Viviane, même chez les fées des tragédies si affreuses, moi qui imaginais que cela n'était destiné qu'à nous autres, être humains, et que celles-ci ne pouvaient voir que la vie en rose! Vous voyez je suis si naïf et fleur bleue à la fois, cela doit être mon côté rêveur qui veut cela, mais j'aime à croire qu'il y a aussi de belles histoires de fées et d'hommes. En me replongeant dans le contexte, j'essaie d'y voir plus clair et comprendre comment tout ceci a pu se produire, c'est à en tourner en rond, comme dans un cercle vicieux, quatre fées heureuses, sœurs de surcroît, qui s'aiment, solidaires les unes des autres, qui se laissent envahir par la peur et la colère qui les poussent à l'irréparable. Lesquelles avaient raison dans leurs actes? Les trois sœurs qui assassinent lâchement le beau chevalier, par peur que celui-ci amène d'autres hommes, consciemment ou inconsciemment, qui découvriraient leur monde et leur existence, et les fassent ensuite prisonnières en leur faisant subir mille et une idioties et mauvais traitements? Ou alors la petite sœur, amoureuse et heureuse avec son beau chevalier, qui n'avait rien demandé à personne et qui égorge ses sœurs après avoir su ce qu'elles avaient fait? Pourquoi une telle perfidie de la part des trois? Un plan si machiavélique, faire boire une potion à la plus jeune pour l'endormir et ensuite utiliser un charme d'illusion pour faire passer l'une des trois pour la jeune femme amoureuse qui, par la suite le poignarde en plein cœur alors qu'il ne peut s'y attendre, et qui lui ouvre ses bras pour la serrer contre lui... Une bien grande bassesse. Pourquoi ne pas avoir jeté un charme dans la périphérie du lieu où elles vivaient, de sorte que lorsqu'un voyageur s'en approchât, il ne pût percevoir le monde des fées et ses occupantes et qu'il en oubliât ensuite complètement le chemin de ce lieu? Cela n'aurait-il pas été plus sage et évité les cauchemars vécus? Horrifiée de l'acte et du stratagème employé par ses trois sœurs, la plus jeune se laisse envahir à son tour par cette colère intense qui pousse à l'acte cruel et affreux, les endormant à son tour avec une potion pour pouvoir leur ôter la vie sans qu'il y ait la moindre résistance de leur part, et ensuite se suicide en se jetant dans le vide pour en finir. Quel cruel dilemme pour la petite, ses sœurs ou son beau chevalier, celui-ci pour lequel son cœur fut finalement le plus fort et qui la poussa à l'acte final, acte qui ne la soulageât point et qui la décida d'en finir car elle avait tout perdu: sœurs et chevalier. Elle ne voulait pas avoir à porter sur sa conscience cette double tragédie. Alors, a-t-elle eu raison ou pas de sa vengeance? Son acte était-il justifié? Comment trancher dans une telle histoire? Une chose est certaine Viviane, la haine, la colère et la violence n'apportent que malheur, tragédie et désarroi. Aucune des parties n'en sort gagnante, indemne ou plus heureuse. Une bien grande leçon d'humilité dont on doit tous et toutes tirer parti. Certains vous diront que tout ceci n'est que pure légende, certes, mais légende ou pas, dans le fond le résultat est le même. Tout ceci n'apporte que désolation. Maintenant, je comprends aussi la peur des trois sœurs car il est malheureusement vrai que si elles avaient été découvertes par les hommes, ceux-ci les auraient faites prisonnières en leur faisant subir je ne sais quoi et en les exploitant comme des esclaves. C'est malheureux à dire, et j'en ai même honte, mais beaucoup d'entre nous sont ainsi et les hommes, dans une grande partie, font preuve d'une telle méchanceté d'esprit et d'actes. Pour vous donner une petite anecdote, avant hier, je regardais une histoire de sirène. Ce n'était qu'une fiction, mais bon, lorsque l'homme avait vu que les sirènes existaient bel et bien, il avait pour seule obsession de les capturer et les exhiber comme bêtes de foire et de les exploiter. Vous me direz peut-être que c'était seulement une histoire et qu'on peut conter tout et n'importe quoi au plaisir de notre imagination. Certes mais lorsque vous regardez notre histoire depuis l'aube des temps, n'en a-t-il point été ainsi? Guerres, meurtres, viols, faux témoignages, esclavage et j'en passe, sans oublier que pour ceux qui sont différents, ils deviennent soit la risée, soit des martyrs, ou alors sont exploités puis jetés lorsqu'ils ne sont plus d'une grande utilité et ne rapportent plus. Guère réjouissant, n'est-ce pas Viviane? Je m'y suis un peu attardé, mais c'est tellement vrai, et il en sera ainsi jusqu'au temps de la fin bien malheureusement. Ma douce et tendre amie, je comprends votre envie irrésistible de répondre à cet appel. C'est une sensation qui m'a déjà habité à plusieurs reprises, dont je vous avais fait part dernièrement. Sensation qui doit être bien faible vis-à-vis de la vôtre, mais je sais que lorsqu'au milieu des bois, on ressent un si agréable bien-être, comme revivre, une sensation que l'on voudrait conserver intacte en nous. Alors, pour vous je n'ose imaginer ce que cela peut produire, y voir de plus cette renaissance florale et arboricole avec un doux rayon de soleil qui vous réchauffe, quoi de plus plaisant? Une promenade à vos côtés me serait si agréable lors de ma prochaine venue, un souhait, une joie, un instant intense, magique, et figé. Vous savez quoi Viviane? Doux rêveur que je suis, j'ai laissé voguer mon imagination, je vous le dis mais ne riez point, ne vous moquez pas, quant à tous les autres ils peuvent penser ce qu'ils veulent, cela m'importe peu. Et si la jeune fée qui s'est jetée dans le vide après cette tragédie était toujours vivante? Je dois vous surprendre n'est-ce pas, mais cela m'est venu ainsi, dans mon for intérieur, je vous l'avoue. J'aimerais qu'elle le soit toujours, mais qu'elle n'en souffre pas et qu'elle retrouve un jour quelqu'un qui la rende heureuse après tous ces tourments. Je sais Viviane, je me laisse égarer et je divague. Mon esprit s'embrume de je ne sais quoi d'autre, alors… Finissons sur ces quelques mots: l'avez-vous déjà vu rôder aux environs du Miroir aux Fées? Votre dévoué et ami de toujours, tout plein de tendresse, Votre Paul-Iky. (22) Mon tendre ami, Je suis désolée de n'avoir pu vous répondre plus tôt, mais le printemps s'est définitivement installé et il m'attire plus que tout sur les chemins, dans les landes, au bord des lacs, de jour comme de nuit et je ne peux plus répondre aussi vite que pendant cet hiver. Mais je tiens à ce que vous sachiez que j'ai toujours une petite pensée pour vous et que j'espère que vous vous portez bien... Alors cet après-midi, du haut de mon Hostier, je me suis dit: - Viviane, ce n'est pas bien, ce pauvre Paul-Iky doit attendre de tes nouvelles! Me voilà donc un petit moment ici avant d'aller chercher Margot pour aller nous promener ce soir dans la lande du Bois Joli, les genêts y sont magnifiques et l'air y est très pur, loin de la pollution de vos si grandes cités. Savez-vous que l'on trouve des orchidées dans ma forêt? Il faut pour qu'elles puissent pousser, une atmosphère et un environnement très purs, c'est donc un signe qui ne trompe pas! Je suis ravie que mes histoires vous plaisent beaucoup... Et comment va votre ami(e)? Voilà, j'espère que ma missive vous parviendra, sachez que je la remplis de tendresse et de douceur rien que pour vous... Viviane la Fée Ma bien-aimée, Comme cela fait du bien de vous retrouver, vous me manquez tellement. Lorsque j'ai vu votre message dans ma boîte aux lettres, un large sourire a illuminé mon visage et j’en ai éprouvé un tel bien-être que je n'ai pas pu m'empêcher de vous lire tout de suite. D'habitude, j'attends la nuit pour vous lire, mais là, je n'ai pas su résister à la tentation, alors je l'ai ouvert et m'y suis plongé de suite, en plein après-midi. Mais cela est si vite passé, à peine ouvert qu'il était déjà fini, alors je me demande: que faire pour vous garder auprès de moi, au fond de mon cœur et de mon esprit? Vous lire et vous relire encore, voilà la solution, mais c'est si fugitif… Douce Viviane, ma douce amie, mon cœur et mon âme sont à vous. Je suis là, souvent nostalgique de vous, de Brocéliande que je ne connais point et que je brûle de connaître. L'attente est terrible pour moi, mon esprit s'y rattache et y vagabonde souvent, au gré de mon humeur changeante. Des sautes d'humeur qui sont semblables aux cavaliers d'un échiquier: on ne sait jamais quelle direction ils vont emprunter. Vous voyez Viviane, c'est ainsi, et c'est toujours aussi surprenant et déstabilisant. Iffendic, où est-ce? Est-ce près de Brocéliande? C'est la première fois que j'en entends parler. Est-ce beau? Comment est-ce Viviane? Des chants et des danses folkloriques à Paimpont pour la fête de l'été? Quel doux régal pour les yeux et les papilles! Un jour, nous y assisterons ensemble, vous y serez mon guide, et moi, l'oreille tendue, attentif, je vous suivrai. Ce sera pour moi un honneur de goûter à vos petits pains aux amandes, au miel et au nougat. Vous allez faire des heureux Viviane, moi le premier. Je vous découvre autrement, une autre facette de vous Viviane, une partie de Viviane qui m'est fort agréable et toujours d'une si grande simplicité. J’aime ce partage, et plus je vous découvre, plus je me sens proche de vous, en osmose avec vous. J'aime, tout comme vous, explorer chaque recoin lorsque je m'évade dans un bois. Vous allez faire un heureux, Viviane, lorsque je vous rendrai visite dans votre domaine. Je vous laisserai me prendre par la main pour m'y guider, et plus rien d'autre ne comptera à cet instant. Je laisserai les énergies de la forêt de Brocéliande imbiber tout mon être, toute mon âme, me traverser, m'insuffler ce bien-être, cette vitalité bienfaitrice, circuler dans mes veines, afin de renaître, de revivre. Je voulais vous faire partager une de mes escapades dans les bois, mais ce sera pour une autre fois. Dans l'immédiat, autre chose nous attend. Il est temps de reprendre la suite du récit de Nimiane. Douce et tendre Viviane, j'espère que cela vous plaira encore davantage au fur et à mesure de son avancée. Le récit n’est pas fini, il est donc temps de se replonger dans cette narration. Avec tout plein de tendresse, Votre fidèle Paul-Iky. «La porte s'ouvre et, en quelques fractions de secondes, je me retrouve dans la forêt de Morois près d'une demeure très amusante. Mon premier sens mis en éveil est l'odorat. Je perçois tous les arômes de cette forêt. J'écoute aussi tous les bruits. C'est un univers qui s'ouvre à tous mes sens. Je ne cesse de m'émerveiller devant les couleurs du ciel, de la forêt et de tous les éléments que la terre contient, au point d'oublier ma première tâche: mettre mon ordinateur holographique en activité. J'entends un bruit au loin, ce qui me fait réaliser cet oubli. J'établis donc le contact d'onde corporelle et j'active l'hologramme de Nimiane. Je m'approche de la demeure de Myrdrin. C'est une maison minuscule mais très fonctionnelle, située au flanc d'une petite montagne. L'entrée, non proportionnelle à la demeure, permet quand même à mon corps d'y pénétrer. Il y a une seule pièce et ma tête peut presque toucher le plafond. Mon médaillon commence à s'activer et un hologramme de la pièce se transpose dans la matière. Je peux, à l'aide de l'hologramme, identifier les entrées énergétiques et dimensionnelles ainsi que leurs accessibilités. Je peux donc disposer mes effets sans crainte qu'un humain ne les retrouve. La première nuit est l'une de mes plus belles expériences sur la Terre. Je la passe à l'extérieur, assise près d'un feu à regarder les étoiles et à écouter le bruit de la forêt. Par énergie de résonance, je communique ces énergies à mes sœurs et frères d'Agartha. Je projette mes champs énergétiques au loin et capte les énergies des humains qui se trouvent dans mon champ. J'analyse leur potentiel et j'imprègne leur champ magnétique et leur subconscient avec mon appel. Encore quelques heures de repos et les premiers apprentis arriveront. Dans la forêt, un mouvement s'intensifie, une meute de loups ou plutôt les descendants du loup m'observent derrière une boisée. Je me lève et me dirige vers eux. À l'aide d'ondes télépathiques, je communique avec eux mais ils ont peur de moi et montrent une certaine agressivité dans leur comportement. Par mes ondes, je leur communique mon besoin de partage avec eux, sans aucun désir de domination. Un magnifique animal, fier et indépendant, sort de la forêt. Derrière lui, suit un groupe composé de six femelles, de mâles et de rejetons. Le chef de la meute s'approche de moi, me renifle, tourne autour de moi et m'analyse. Je ressens son énergie et partage la mienne avec lui. Il me fait comprendre que les humains ont peur de lui et que tous ses descendants sont menacés par l'Homme. De là vient leur agressivité. Je lui propose de partager mon repas avec lui, en échange de ses connaissances sur lui-même, sur sa meute et sur les Hommes. Il accepte et nous nous dirigeons vers le feu. Assise par terre près du feu, je deviens une curiosité pour ces créatures, car les loups ne voient pas l'hologramme de Nimiane mais bien Xertaladaliam. Et cela les fascine. Ils me reniflent et, plus la nuit avance, plus nous devenons amis. Je leur dis que dans mon monde les animaux ne sont pas carnivores et que j'ai de la nourriture qui a la même teneur en énergie que la viande. Le chef de la meute renifle et ingurgite la nourriture, puis les autres font de même. Je les caresse et partage avec eux mes énergies mais, pour leur sécurité, ils doivent partir dès le lever du soleil. Je leur dis: «Revenez aussi souvent que vous le pouvez, je serai là pour vous, mes amis.» Puis l'aube se lève, les premiers rayons de soleil commencent à réchauffer la terre et les premiers humains se réveillent. Je suis toujours assise par terre et je médite. Une nouvelle énergie attire mon attention. Sept terriennes arrivent, après avoir entendu mon appel. Toutes ont reçu l'enseignement de Myrdrin et elles sont prêtresses. L'une d'elles attire mon énergie. Elle est jeune dans son corps et ses énergies, mais son âme porte le sceau des enseignements en tant que médium de communication. Étant la plus petite de toutes, ses sœurs la protègent. Tout d'abord cachée derrière les autres, elle finit par s'avancer et elle scrute mes énergies. Toutes les autres attendent sa décision. Cette jeune enseignante me sourit et dit: «Nous avons reçu ton message télépathique. Nous avons voyagé toute la nuit dans l'énergie de ce message et nous voilà pour recevoir ton enseignement, mère-prêtresse». Je suis stupéfaite d'apprendre que les humains pensent que je suis une mère-prêtresse, mais je réalise que nos mondes sont très différents. Je concentre mes énergies sur cette petite femme et la scrute à mon tour. Elle a des yeux verts remplis de sagesse karmique et des expressions corporelles démontrant sa détermination. Son énergie manque d'expérience mais elle manifeste de la confiance en moi. Nos regards se croisent et, dans une fusion télépathique, elle me dit: «Je vois au-delà de l'image physique que tu veux projeter et je vois que tu as la même énergie que Myrdrin, notre enseignant. Mes sœurs et moi ne trahirons pas ton identité comme nous n'avons pas trahi celle de Myrdrin. Quand tu sentiras le temps venu de révéler ta vraie identité, nous espérons être présentes, que se soit dans cette vie ou dans une autre. Quand tu le feras, cela voudra dire que nous, peuple de la terre, aurons atteint l'harmonie. Nous serons, mes sœurs et moi, tes guides et disciples sur la Terre. Ton aura dense et rayonnante nous imprègne déjà de l'enseignement de ta civilisation.» Je réponds: «J'accepte ce don de toi, petite enseignante et prêtresse, ainsi que celui de tes six sœurs. Vous portez les énergies de mon peuple et de sa création. Je vous enseignerai la sagesse de mon peuple. Mon âme est reliée à chacune de vous car nos âmes ont parcouru le même cheminement depuis le début, à partir de notre essence omégadienne, en passant par la civilisation Atlante. Nous sommes donc des sœurs dans l'énergie.» Dès que notre contact énergétique se termine, la petite enseignante reprend sa place derrière les autres et la plus âgée de ses sœurs me dit: «Grande prêtresse et sœur, si tu veux bien communiquer avec nous ou fusionner par télépathie, nous propagerons tes enseignements à travers notre monde, que ce soit dans cette vie ou dans les prochaines vies. Fusionne avec notre jeune sœur et, à travers elle, nous aurons ton message.» (À suivre) Mon tendre ami, Me voici de retour après une période de transition nécessaire à la sortie de ce long printemps. J'espère que vous allez bien et que tout se déroule bien pour vous... Ici c'est la période des touristes, nombre de gens ont envahi mes chers bois et y laissent sans arrêt des traces de leur passage. J'ai beau arpenter les chemins à la recherche de leurs détritus, rien n'y fait, ce que vous ramassez le matin est de nouveau sur les chemins le soir... Merlin souffle et gémit dans les arbres, rappelant à ces simples mortels qu'ils ne sont que de passage, hélas, ce message me semble vain... Iffendic est une bourgade située à l'est de la forêt: les sites y sont magnifiques, la nature y est sauvage et majestueuse... Peut-être un jour vous y verrai-je? Et vous, que faites-vous par ces temps qui courent? A bientôt de vous lire... Viviane la fée Ma chère et douce Viviane, Quelle joie de vous retrouver! Cela me ravit de pouvoir vous lire et de vous sentir ici, tout près. Je vous écris en cette nuit, espérant garder mes grands yeux bien ouverts. Cela fait trois jours qu'ils se ferment tout seuls, me laissant le cœur amer au petit matin. Je suis un peu honteux de vous le dire. C'est la première fois que je vous écris avec une autre personne dans la même pièce, qui vaque à ses occupations. Je vous l'avoue tout doucement au creux de l'oreille: je préfère être seul, ne faisant plus qu'un de corps et d'esprit avec vous, ma pensée uniquement centrée sur la vôtre. J’aime cette relation fusionnelle avec vous et vous seule, mais le brouhaha qui m'entoure ici -un de ces appareils de notre époque qui l'émet est ici- me ramène dans cette réalité dont je ne suis pas coutumier. Essayons d'en faire abstraction tant bien que mal. Je suis si heureux de vous retrouver! J'étais tout plein d'une mauvaise appréhension: celle de ne plus vous relire avant septembre. Vous voyez, Viviane, jusqu'où peut vous mener un esprit soucieux! Je suis de nature anxieuse, une bien grande faiblesse je trouve. Mais vous voilà, et c'est bien là l'important! Je vois que les touristes vous jouent de bien vilains tours et qu'ils vous en font voir de toutes les couleurs. Notre forêt bien-aimée doit en avoir le cœur bien pesant; je comprends les tentatives du pauvre Merlin. Je crois qu'il y faudrait plus «qu'un grand tremblement de terre», et encore, je ne sais point si cela serait suffisant. Vous savez, les gens viennent, passent, foulent, traversent, aiment bien se faire remarquer par leurs actions; ils jettent, saccagent et que sais-je encore, lorsqu'ils ne finissent pas par y provoquer des incendies criminels et insensés qui déciment parfois des hectares de forêt en mettant en péril un grand nombre de vies. Oui, ma douce amie, c'est malheureusement fréquent que l'être humain s'amuse à brûler nos forêts qui sont pourtant si précieuses et si nécessaires. Ne nous fabriquent-elles point pourtant l'oxygène qui nous permet d'être ici-bas? Comment voulez-vous que les Élémentaux, les fées et tout ce qui y est assimilé se montrent à nous autres, hommes et femmes, lorsqu'ils nous voient nous entretuer, même entre frères et sœurs, et tout détruire sur notre passage? Il est fort compréhensible qu'ils nous craignent et se cachent. Que voulez-vous Viviane, c'est bien triste, vous devez vous languir de la fin de la saison du tourisme. Je crois que vous n'avez pas fini de ramasser les déchets d'emballages sur le sol. Je ne suis pas surpris le moins du monde que matin et soir vous retrouviez sur les mêmes chemins toutes ces choses. Je vous donnerais bien un coup de main, mais je suis si loin… De mon côté, ça va à peu près. Les jours se suivent et se ressemblent, je suis parfois si las de toutes ces choses-là… Parfois Viviane, j'aimerais que vous veniez me prendre par la main et que vous m'embarquiez avec vous pour m'éloigner de toutes ces choses contraignantes et astreignantes. Le seul jour où je pourrais un peu m'évader dans les boisées pour me ressourcer devient un fardeau de peur et de souci pour certaines personnes, d'où quelques tentatives d'escapades en rusant, mais c'est si épisodique et si maigre moralement. Vous êtes pour moi un doux rayon de lumière qui me réchauffe et me réconforte, une douce lueur d'espoir qui me donne le cap, me trace le chemin. Oui, certainement, ma douce amie, je désire ardemment voir en votre compagnie toutes ces choses magnifiques que vous m'avez décrites. Je le veux de tout mon cœur et de toute mon âme. Iffendic avec vous Viviane, ceci serait ma joie. Ici, nous avons eu droit à de très grosses chaleurs, ainsi qu'à de jolis orages nocturnes avec de grands éclairs. J’ai eu aussi droit à la visite d'un drôle de volatile en pleine nuit dans la maison. J’ai eu toutes les peines du monde à le faire sortir, il voletait dans tous les sens, donnant à chaque fois la sensation qu'il vous attaquait. Ceci n'a pas été de tout repos, croyez-moi. J'ai eu aussi droit à un grand sourire sincère d'une jeune demoiselle. Ceci peut paraître peu de chose mais cela fait énormément de bien moralement. Cela m'était aussi arrivé l'hiver dernier en me promenant dans la ville, en croisant une enfant qui m'avait fait avec spontanéité un grand sourire et un grand bonjour. Cela m'avait beaucoup touché. Ce sont de toutes petites choses qui marquent et valent beaucoup plus que certains biens que l'on possède. Finissons cet écrit par la suite de notre histoire, ou plutôt celle de Nimiane... Avec tendresse, Votre Paul-Iky. «Après trois levers et couchers de soleil, arrivent mes disciples. Certains viennent seuls, d'autres par groupes, hommes et femmes, tous des disciples de Merdryn. Je sonde chacun d'eux et les invite à s'asseoir autour du cercle. Les trente-trois premiers attendent mes enseignements en silence et en méditation. Après avoir sondé les énergies d'un homme qui, par sa voix et sa musique, pacifie et enseigne dans l'énergie, je lui demande de jouer et de chanter pour nous car, dans mon monde, j'ai toujours adoré la musique. De sa voix mélodieuse, il transpose des sons qui forment des résonances sur les champs d'énergie. Aidé de son instrument de musique, il cristallise une force, une impulsion vivante et vibrante de pensées, de ressentis et d'émotions. Plusieurs écoutent cette mélodie, d'autres dansent en fusion avec cette voix et ces sons. Trois hommes et trois femmes, tous jeunes, sont en synchronisation dans ce rythme, car la vitesse de vibration du rythme engendre une impulsion d'énergie en eux. Cette impulsion leur permet d'atteindre une émotion d'extase, une félicité de l'âme et une élévation de leur âme jusqu'à l'antimatière ou la dématérialisation de leur corps. Je suis ravie et en même temps surprise devant tant de potentiel chez ces humains. Puis, trois hommes ovates et quatre jeunes filles arrivent ensemble. Les quatre jeunes filles ont le même pouvoir supra normal. Elles projettent leur énergie dans les éléments eau et feu, et établissent des contacts tangibles avec les maîtres de ces éléments. Ces maîtres leur donnent des précisions sur le temps, sur les karmas et sur l'avenir des humains. Dans votre langage, ceci s'appelle un oracle. Les trois ovates sont très différents les uns des autres. Le premier a la science de l'esprit dans son énergie. Il a conscience que le corps humain a deux degrés d'extrême intelligence. Il sait qu'au degré intérieur vit le moi (ou ego), et qu'au degré supérieur vit la conscience de soi. Il sait aussi que l'être est la vérité de l'absolu. Cette connaissance lui donne la conscience de la dématérialisation. Le deuxième ovate est un guérisseur. Par le pouvoir de la pensée et de l'énergie, il peut obtenir des résultats exceptionnels sur le plan matériel. Les humains qui lui demandent la guérison sentent en eux son énergie. Celle-ci parcourt le corps et guérit les plus grands malades. Pertes de sang, brûlures et empoisonnements ne sont pour lui qu'un aspect du plan de son action de guérisseur. Les mondes minéral, végétal et animal n'ont aucun secret pour lui, car il est un descendant d'une lignée de guérisseurs en relation avec les forces de la Terre. Il vient donc maintenant compléter la connaissance, la captation et l'utilisation de certaines énergies subtiles que l'on peut appeler «magnétisme personnel.» Le troisième ovate pratique la divination ou la prédiction. En contact avec des plans supérieurs, il pratique, à l'aide de baguettes de bois sacré, des lectures très précises qui aident les Celtes dans la vie de tous les jours. Il transporte avec lui un instrument dont le nom est «harpe», qu'il utilise pour le plaisir des sens des humains. J'ai donc des disciples très doués. Nous apprenons à nous connaître et mes enseignements sont une continuité de ceux de Merdryn. Les saisons passent rapidement et je m'acclimate à la terre des humains. Je vois tant de guerres entre frères du même pays, tant de sang qui coule inutilement! Et ce ne sont pas des hologrammes, mais la réalité vraie de cette génération d'humains. Je redouble donc d'efforts et demande à mon peuple ainsi qu'à mes mères-prêtresses de m'aider dans l'énergie pour apaiser la souffrance présente à chaque détour. Mes disciples et moi avons pris l'habitude de nous réunir autour d'un feu. Selon les enseignements reçus, tous s'unissent dans le chant et la danse afin de former un égrégore énergétique servant à stabiliser et à amoindrir les énergies de violence et de destruction. À tous les changements de saison, nous procédons à des manipulations d'énergie qui permettent aux âmes errantes de trouver le chemin vers la lumière céleste. Mes disciples, de plus en plus nombreux, grandissent dans les enseignements. Mes enseignements deviennent très controversés dans la communauté druidique. La jalousie installe tranquillement son poison, semence de noirceur dans l'âme de l'homme. Lors d'un des nombreux et majestueux levers de soleil du début de l'automne, je reçois la visite d'un ovate issu de la communauté druidique. Il vient partager avec moi de la nourriture et du vin, afin de mieux connaître la prêtresse que je suis. Je le regarde avec une grande intensité et je peux lire dans ses pensées que lui et ses maîtres me prennent pour une apprentie! Je lui demande de venir se reposer près du feu, tout en disant à mes disciples de bien vouloir lui apporter des victuailles, afin de me laisser un temps de réflexion. Je me dirige vers ma demeure lorsque les sept sœurs demandent à me parler: «Mère-prêtresse, sois prudente», me disent-elles. «Nous connaissons ces druides, ils ne veulent que le pouvoir et la gloire et ce sont des êtres perfides.». «Ne vous en faites pas mes sœurs, je sais que ces druides n'approuvent pas mes enseignements. Je me retire afin de méditer au sujet de ma décision.» «Sois prudente, Nimiane, car ils voudront te corrompre et, si tu refuses, ils essaieront de te détruire dans l'énergie ou même physiquement», me dit la petite prêtresse. «Je ne suis pas une humaine comme toi, et tu le sais! Je suis protégée par mon peuple et ses connaissances.» (à suivre) Mon doux ami, Les jours raccourcissent et apportent enfin un peu de fraîcheur: les passages dans la forêt se font de plus en plus rares et il va être temps pour moi de rentrer dans ma demeure toujours cachée. J'espère que de votre côté tout va bien et que vous avez passé d'agréables journées auprès des vôtres. La bruine tombe sur les landes, rendant le paysage mélancolique à souhait. C'est un moment propice aux souvenirs et cela me plonge toujours dans une profonde mélancolie, nostalgie des jours passés, des êtres disparus... Mais cette tristesse passagère ne doit pas vous affecter. Bien à vous, Viviane, votre amie. Ma douce amie, Tendre Viviane, qu'il est bon de pouvoir vous écrire de nouveau. Je vous avoue que ces jours-ci, la solitude m'est fort pesante. J’ai beau être entouré par les miens, je me sens comme ailleurs, seul au monde. Parfois, je me demande pourquoi je suis ici-bas. Un esprit de tourment m'habite, des pensées indomptables et indomptées qui n'ont de cesse de m'agacer, de me flageller de l'intérieur, cela devient insupportable. Avez-vous un secret, Viviane, pour maîtriser «ces chevaux sauvages» et leur mettre la bride? Je ne sais pas si, de votre côté, vous y avez été confrontée; je suis tout ouïe si vous avez des suggestions; l'apaisement serait si doux! Couper ce sifflement incessant ne serait pas du luxe, veuillez bien me croire. Certaines choses ou personnes me tiennent encore ici-bas, mais pour combien de temps? Maman, bien évidemment, ma foi envers le Tout-Puissant -même si parfois je ne comprends point les choses qui arrivent- et puis mes rêves… Mes rêves de merveilleux et d'espérance; sans eux, que me resterait-il? Tout est si fragile, un grain de sable suffit à enrayer, à tout faire basculer… Et puis, une chose me revient à l'esprit. Un souvenir d'enfance qui remonte à la surface: je rêvais souvent d'une damoiselle, mais je me rendais rapidement compte que celle-ci n'existait que dans mes rêves d'enfant, car celles de la réalité lui étaient très différentes, et plus je grandissais, et plus elle s'éloignait. J'ai fini par croire qu'elle ne se trouvait que dans les contes pour enfants et qu'elle s'était définitivement évanouie, tout comme lorsque les adultes ne croient plus en rien et ferment définitivement leur cœur au monde de leur enfance. Vous êtes ici et là, le temps file inexorablement, je n'espère plus vraiment quoi que ce soit, puis soudain, mes yeux s'ouvrent, le voile tombe, tout s'éclaircit, vous redonnez vie, Viviane, à cette mystérieuse damoiselle de mon enfance! Oui, vous lui êtes semblable en bien des points. Peut-être que celle-ci était tout simplement une fée, tout comme vous, mais la seule chose dont je suis certain, c'est qu'elle était différente des jeunes femmes que l'on rencontre fréquemment de nos jours. Je sais, Viviane, beaucoup ne comprendront pas, mais je voulais que vous sachiez ces choses énoncées ci-dessus. Vous êtes comme un manteau qui me réchauffe et dans lequel je me blottis, un manteau qui me protège et sous lequel je me sens bien, comme s'il avait été taillé par un grand couturier. Ma douce amie, qu'il est difficile d'échapper à ces intenses nostalgies mélancoliques qui vous remplissent de tristesse. Souvent, un détail infime en est à l'origine. Cela me chagrine de vous savoir ainsi, j'aimerais tant être auprès de vous dans ces instants, vous consoler, vous tenir par la main, vous faire sentir la douce chaleur de ma main sur votre joue. Tendre et jolie Viviane, je voudrais que vous vous souveniez, dans ces instants de solitude, que je vous aime très fort et que vous comptez beaucoup pour moi. D'ailleurs, maintenant, comment puis-je concevoir mon existence sans vous, sans Viviane? Mon cœur vous appartient. Plus que jamais je souhaite vous visiter là-bas, chez vous, dans la forêt, à Brocéliande. Et lorsque je vous visiterai, vous m'attendrez dans ce lieu, et ce sera un bien grand moment de bonheur... J'espère que votre demeure restera toujours cachée aux yeux des hommes, car lorsque je vois toutes ces méchancetés ici-bas et les mauvaises choses qui s’y déroulent, vous seriez si vite envahie. Je me dis en moi-même: «Viviane a bien raison de rester en dehors des affaires de ce monde!». Si vous saviez Viviane! Restez toujours ainsi! Les jours ont effectivement bien raccourci. Quel dommage, c'est la fin des belles promenades! Les journées sont encore bien chaudes ici, mais heureusement, les nuits sont un peu plus fraîches, et il est beaucoup plus agréable de dormir. Quoiqu'il n'y a pas si longtemps, alors que la nuit était encore bien chaude, les fenêtres grandes ouvertes, j'ai eu droit à une nouvelle visite de ce volatile noir qui voletait dans tous les sens. Tout un combat pour le faire sortir! Décidément, celui-là, il est vraiment tenace! Craignez-vous les éclairs et le tonnerre, Viviane? Cela peut être parfois si effrayant la nuit! Un soir d'orage, effaré, j'ai assisté à cette terrible scène: tout à coup, juste devant moi, à environ un mètre du sol, une grosse boule blanche incandescente s'est illuminée, suivie d'un grand fracas effrayant, à vous glacer le sang! Cela vous est-il déjà arrivé? Une bien belle frayeur, n'est-ce pas? Je reviendrai peut-être vous conter mon escapade dans la montagne. Dans l'immédiat, laissons place à la suite de notre récit... Tendrement et sincèrement, Votre Paul-Iky. «Dans la maison de Merdryn, après m'être assurée que j'étais seule, je prends contact avec mes mères-prêtresses par la pensée énergétique de résonance: «Mères, que dois-je faire?». Elles me répondent: «Ta mission de guidance n'est pas une mission d'agressivité. Tu dois amener la conscience de l'homme au-dessus des pensées denses de la gravité de la Terre, vers la collectivité universelle. Chaque humain est unique, et les réactions de son corps physique et de son âme peuvent varier. Va, et accepte de rencontrer ces druides. Ils ne peuvent pas te détruire. Ils ne détruiraient qu'un hologramme! Demande à être accompagnée de quelques disciples et des sept sœurs que tu affectionnes tant!» «Vous savez que je n'ai pas peur pour moi. Mais exposer mes disciples au danger, est-ce bien sage?» «Sœur, chaque être humain possédant une âme décide lui-même de sa destinée.» Je remets donc ma réponse à l'ovate: «Dis à tes maîtres que j'accepte de les rencontrer. Quand le soleil et la lune auront franchi trois fois un cycle, je serai présente à votre conseil. Je ne serai pas seule, mais accompagnée de quelques disciples». Je rassemble autour de moi les disciples, et m'adresse à eux: «Frères, Sœurs, je dois me rendre au conseil des druides. Qui, parmi vous, veut m'accompagner? Jusqu'à maintenant, nous avons parcouru beaucoup de chemin ensemble. Mais la route à venir s'annonce encore plus sinueuse pour ceux qui viendront avec moi. Je devrai moi-même faire mon «pro domo». Selon les énergies des druides, nous avons profané le caractère sacré de leur culte.» «Mère-prêtresse, je me permets de te donner ce conseil: depuis ma plus tendre enfance, je reçois des messages dans mes rêves et je vois le futur pendant mon sommeil: je suis un oniromancien. Je te conjure de faire attention à eux, car ils sont dangereux. Ce n'est pas la paix qu'ils cherchent, mais plutôt à te détruire. N'y va pas! Laisse-nous te remplacer à ce conseil. Ta vie a beaucoup plus d'importance que la nôtre.» Je suis émue par la confiance absolue qu'ils ont en moi. «Mes Frères et Sœurs, je dois refuser votre proposition. Votre vie vaut autant que la mienne. Vous êtes le futur de notre planète. Ne pas me rendre à ce conseil, c'est leur donner encore plus de pouvoir sur nous. Voulez-vous venir avec moi?» Au dernier lever de lune dans le ciel, plusieurs disciples m'accompagnent. Toute la nuit, nous parcourons le chemin qui nous rapproche des druides, et je l'accomplis avec une alacrité qui, je l'espère, donnera confiance et assurance à mes disciples. Au lever du soleil, nous pénétrons dans une enclave sacrée située au centre d'une forêt et entourée de chênes. Notre arrivée ayant déjà été annoncée, je repère, grâce à leur énergie, des humains qui nous ont suivi tout au long de notre parcours. Ce sont probablement des éclaireurs. Je ressens une tension énergétique et mes disciples également. Les membres de cette fraternité sont très nombreux; il y a beaucoup d'hommes et très peu de femmes. Je m'approche du centre sacré où des mégalithes sont disposés en cercle, et au centre duquel se trouve un autel sacré. Un homme âgé sort de l'arrière d'un menhir: «Paix à toi, prêtresse! Je suis le grand druide.» J'observe attentivement son aura énergétique et vois qu'aucune méchanceté n'existe dans ses convictions. Il se présente comme un humain d'une grande sagesse et avec un véhicule terrestre très vieux. Pourquoi ressentirais-je de la méfiance? De l'arrière du même menhir surgissent plusieurs membres de cette fraternité, qui prennent place à l'intérieur du cercle, et je me retrouve encerclée par eux. Mes disciples aussi sont encerclés, mais à l'extérieur du cercle. Je me retourne pour les regarder et leur transmets par la pensée: «N'ayez pas peur, ils cherchent à nous intimider dans l'énergie.». Je les entends me répondre: «Mère, n'oublie pas mes craintes.» «Bienvenue à toi, prêtresse.», dit un jeune druide. «Je suis le plus jeune de la lignée des bardes druides.». «Grand druide, pourquoi cet accueil d'intimidation? Laisse mes disciples en dehors de cette rencontre. Ils ne sont pas responsables de mes gestes ni de mes déplacements dans l'énergie. Je te demande de les laisser prendre place à l'extérieur du cercle, sans la fraternité des druides autour d'eux. Je répondrai à vos questions avec le meilleur de mes connaissances.». Le grand druide dit: «Soit, j'accepte ta demande, car elle est juste. En effet, comment être la bienvenue si tu te sens prisonnière de nous?». Il demande alors aux membres de la fraternité de laisser sortir les disciples. «Maintenant que tes disciples sont sortis, dis-moi, qui es-tu? Qui est ton maître? Tu es jeune pour avoir tant de connaissances.». (À suivre) Mon doux ami, Votre histoire me ravit, j'ai hâte d'en lire la suite. Croyez-moi, je suis très contente lorsque je pense à vous et à ce tendre lien qui nous unit par-delà l'immensité noire du vide... C'est rassurant et réconfortant de savoir que là-bas, loin, très loin, il y a quelqu'un qui pense à vous et qui vous aime un peu... En général, je laisse mes pensées me guider là où elles le veulent. Il faut avouer qu'elles ne sont plus débridées, et je réussis sans mal à les dompter... Étant pratiquement seule dans cet endroit (mis à part Margaux qui vient de temps en temps), je n'ai pas le souci de faire taire les gens. Le babillage de mon amie me rassure et me laisse entendre que je fais encore partie du monde des vivants. L'orage ne m'effraie guère; j'aime lorsque la nature se déchaîne et manifeste son courroux. Je suis souvent à me promener sous la pluie lorsqu'il y a de l'orage. Je sens la foudre arriver et peux m'en préserver sans difficulté. Mais vous, faites bien attention. J'aurais beaucoup de peine s'il vous arrivait quoi que ce soit... Tendrement, Viviane Tendre Viviane, Ma douce amie, j'avais déjà commencé la rédaction de mon prochain écrit, pour finalement ne le terminer que cette nuit. J'ai eu l'agréable surprise de vous avoir la nuit dernière, de vous lire, cela m'a fait tellement de bien, cela fait tellement de bien de vous avoir, même si loin; ce lien qui nous unit m’est si cher, je ne peux désormais imaginer mon existence sans lui, sans vous, sans Viviane, et parfois j’aimerais tant sentir votre main contre la mienne, votre tendresse. Quant aux éclairs, j'espère avoir la chance d'être encore épargné dans le futur. Comment faites-vous pour ne pas les craindre? Je suis si heureux que vous sachiez vous en protéger, j'avais oublié que les arbres sont une source d'attraction pour la foudre, et qu'en pleine forêt les risques sont multipliés. Que vous soyez exposée en permanence par mauvais temps me fait très peur. Vous voyez Viviane, je n'avais même pas fait le rapprochement lorsque je vous en ai fait part la dernière fois. Me voici donc pour vous conter une de mes escapades, à laquelle je faisais allusion tout dernièrement: riche en rebondissements bien malheureux, une succession de désagréments bien ennuyeux au niveau matériel, surtout lorsque l'on est régit par une société qui vous en impose toujours plus. Parfois on se dit qu'il aurait mieux valu rester couché, cela aurait pu éviter bien des tracas. Vous n'y perdez rien au change Viviane, veuillez bien me croire, notre vie moderne en société est tellement exigeante, que je suis fort ravi que vous puissiez y échapper, ne pas avoir à connaître tous ces tracas et cette stupidité qui va avec. Votre liberté et votre simplicité me sont si chères, ma douce amie, que cela me réconforte de vous savoir ainsi, espérant partager cette vie avec vous, en votre compagnie. Mais bon, à quoi bon se lamenter, l'homme est ainsi fait depuis son existence, il n'a pas su tirer les leçons de son passé, et commet toujours et encore ces sempiternelles et identiques bévues, qui malheureusement se renouvelleront jusqu'à sa propre destruction. Je sais, j'épilogue, j'épilogue! Refermons cette triste parenthèse et passons à des choses beaucoup plus agréables. Installez-vous confortablement ma douce et tendre amie, fermez les yeux. Nous sommes à la mi-août, une très chaude journée s'annonce: un beau ciel bleu et ce soleil qui nous est si agréable aux yeux et pour notre moral. Je suis en repos ce jour-là, à la maison; je vaque à mes occupations, la fin de la matinée approche. Plusieurs personnes de ma famille sont présentes (ces instants me sont toujours si chers). Mais que serait une journée sans rebondissements, sans choses inattendues? Je ne sais plus si je le savais de la veille ou si j'en ai eu connaissance ce matin-là, mais toujours est-il qu'il fallait se préparer, car un dîner familial avait été décidé. Le dîner en question devait se dérouler chez un des autres membres de la famille. Alors, j'ai pris la décision de ne pas y aller. Une envie intérieure intense bouillonnait en moi, ceci m'était apparu comme une évidence, l'appel intérieur se faisait de plus en plus fort, celui des bois, de la forêt, de la promenade solitaire et à l'écart dans la nature. C'était une de mes rares opportunités de pouvoir en profiter en toute tranquillité. Bien entendu, je fis mine de rien, pas un mot à quiconque, et je les ai laissés partir. Je dînai le plus tôt possible et fis mes préparatifs avec soin et le plus rapidement possible. Un sac, de l'eau, sans oublier de quoi pouvoir lire l'heure afin de revenir à temps pour une autre invitation que je ne pouvais refuser. Le départ eut finalement lieu vers quatorze heures. Je n'avais plus une seconde à perdre, car il fallait être impérativement de retour pour dix-huit heures. Je «chevauchais» un de ces véhicules modernes à quatre roues dont tout le monde se sert pour se déplacer quotidiennement, direction la montagne, admirant le paysage de plus en plus naturel et dénué d'habitations: des champs de plus en plus fréquents, cultivés, verdoyants, naturels, des ruisseaux, de la verdure au fur et à mesure que je m'éloignais. La montagne se rapprochait à grandes encablures et je fus sur place assez rapidement. Je trouvai mon point de départ dans le village le plus proche des flans montagneux. Le sac à dos, et me voilà parti à l'aventure! Je respirais la tranquillité, la sérénité, je me disais en moi-même: «Je voudrais que cela soit ainsi en permanence». Je me rendis vite compte que j'avais oublié une chose essentielle: je n'avais rien pour me couvrir la tête. Et cela pouvait être bien dangereux en plein soleil. La température était comprise entre trente-cinq et quarante degrés, et attention aux insolations qui peuvent survenir après de telles expositions au soleil pendant plusieurs heures. Alors, je marchais tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre, cherchant l'ombre des feuillages et des arbres. J'étais admiratif de ce paysage que je croisais au fur et à mesure que j'avançais. C'était le début d'une longue montée. Arbres, feuillus, fleurs multicolores, j'y croisais de magnifiques spécimens fleuris et très colorés. Quel dommage que je n'ai rien eu pour immortaliser cette vision! J'en profitais pour faire quelques haltes parcimonieuses mais assez courtes, buvant une ou deux gorgées, reprenant mon souffle deux petites minutes. Il ne me fallait pas oublier l'heure, mais il fallait aussi gérer l'eau dont je m'abreuvais afin d'en avoir assez pour l'aller et le retour, gérer les efforts, ainsi que les foulées pour ne pas trop m'épuiser. Une bonne réflexion est nécessaire, cela peut éviter de mauvaises surprises. Je me laissais guider par mon instinct: de nombreux chemins s’offraient à moi, par la gauche et par la droite. Néanmoins, je suivais le chemin principal qui se rétrécissait au fil de la montée. J’aurais bien exploré certains chemins, mais je ne le pouvais pas. Sur le côté droit, un petit cours d'eau dessinait les mêmes courbes que le chemin, pour y disparaître plus loin. Je continuai sur ma lancée, toujours aussi admiratif de ce qui m'entourait, et de plus en plus reculé de toute habitation, de toute populace. Parfois, j'y croisais un cheminot en promenade, venant en sens inverse de je ne sais où, et nous nous saluions mutuellement. Je continuais de plus belle, le sentier de plus en plus étroit et de plus en plus haut. J'arrivai à une bifurcation dont l'une des branches se rétrécissait très nettement pour ne laisser de place qu'à une seule personne, et montant très nettement d'un coup. Je pris un petit temps de réflexion, et mon for intérieur m'invita à prendre celle-ci. Avant de m'atteler à la tâche, j'allai un peu plus loin sur l'autre chemin. Une superbe vue s'ouvrit devant moi: une très grande vallée verdoyante et remplie de pins, de collines d'arbres à pain. Ce spectacle me ravissait! À cette altitude, c'était grandiose, je suis certain que cela vous aurait emplie de bonheur Viviane! Il ne manquait plus que vous. J'aurais tant aimé partager ce moment avec vous... En montant, je me disais en moi-même: «Il ne manque plus que Viviane», et une rêverie de quelques secondes me traversait l'esprit en votre compagnie. Puis je revins à la réalité: il était temps de reprendre la route, le tout petit sentier m'attendait. Il allait falloir faire preuve de grande volonté devant ce qui m'y attendait, mais j'étais déterminé à aller au bout du sentier, tout là-haut. Seule la chaleur me posait problème. «Vais-je y arriver?», me disais-je. Je m'y engageai, mon but bien en tête. Le sol était très caillouteux, un mélange subtil de terre et de petits cailloux, sans oublier ceux dont le volume était assez considérable, incrustés dans le sol, et sur lesquels vous pouvez poser le pied comme lorsque vous montez sur un marchepied. Tout cela était idéal pour prendre appui et ne pas glisser, mais seul un homme vaillant et persévérant ne se serait pas découragé. La fatigue se fait assez vite sentir, vous incitant à vite faire demi-tour au bout de quelques minutes. Mais mon envie était bien au-dessus de ça et je suis passé outre. À mon rythme, je poursuivis mon avancée, de nouveaux éléments venaient d'apparaître: des racines traversaient le sol sous mes pieds, certaines très légèrement et d'autres me servant d'appui pour y caler mes pieds. Que la nature est bien construite Viviane, n'est-ce pas? Sur les bas-côtés, à droite et à gauche, des arbres, certains assez hauts, des feuillages, et des fleurs dont je ne saurais vous dire ce qu'elles sont. Je me souviens particulièrement de ces couleurs: violet, bordeaux, et aussi bleu clair il me semble, je ne sais plus, mais c'était très agréable pour l'œil et l'esprit, et très vivifiant. Je me sentais revivre tout au long de la montée vers la cime, qui était encore bien loin. J'étais enfin heureux! Être ainsi dans ces boisées naturelles, je ne sais comment l'expliquer, me donne l'impression que les arbres me transmettent leur énergie vitale. Mais vous devez comprendre ce que je veux dire, ma douce amie, vous qui y vivez depuis des lustres! Je me rendis rapidement compte que ma tête se trouvait à l'abri du soleil pendant une bonne partie de la montée: les frondaisons me protégeaient en grande partie en me faisant de l'ombre, l'exposition n'y était donc que passagère et très alternée. Cela me procura un soulagement intérieur: très peu de risque d'insolation. Mes haltes avaient lieu lorsque mon corps l'exigeait, puis, après quelques gorgées, je fermais les yeux, respirant calmement, les paumes des mains vers le ciel, absorbant un peu d'énergie qui vient d'en haut. Cela était très revigorant. Je profitai d'une de ces haltes pour m'approcher tout au bord: la vue y était totalement dégagée, quel magnifique panorama! Je me rendis compte que je surplombais bien des choses, signe que l'altitude commençait à être élevée et que je me rapprochais à grandes enjambées du sommet. Il restait encore beaucoup à parcourir, mais ce qui était fait n'était plus à faire. On pouvait voir en contrebas ces magnifiques forêts et ces champs qui jalonnaient les pentes des collines. Je ne voyais plus que cela, aussi loin que mes yeux le permettaient; verdure et boisées dominaient ce monde. Je repartis de plus belle, grignotant mètre par mètre, centimètre par centimètre, cette route sinueuse et grimpante, passant du jour à l'ombre, minute après minute. Je finis par arriver bien des heures plus tard dans une zone où les rayons du soleil ne passaient plus. Il y faisait très sombre, un peu comme lorsque la nuit s'apprête à tomber. Un tapis de feuilles mortes jonchait le sol, une impression de coussinet se faisait sentir sous les pieds, cette sensation m'était fort agréable, isolé du monde mais si heureux. Les premiers gros rochers commencèrent à parsemer le chemin, certains encastrés, signe que le sommet était tout proche. Un peu plus loin, j'ai dû me résoudre à escalader plusieurs d'entre eux qui coupaient le sentier; un peu de prudence fut de rigueur afin de ne point glisser, au risque de blessures bien embarrassantes dans un endroit si isolé. Je traversai encore une zone de pénombre intense puis débouchai enfin à la cime. Quel spectacle, Viviane! Je ne savais plus où donner de la tête, c'était majestueux, je n'avais même plus envie de redescendre. Une brise douce et agréable fouettait tout mon être, c'était si agréable Viviane! J'adore lorsque ce vent souffle et qu'il est si doux. On se sent si libre! Je pris tout de même quelques secondes pour visionner l'heure. J'avais environ quarante-cinq minutes devant moi. J'étais semblable à un enfant qui voit la neige pour la toute première fois, je ne savais plus par où aller: de grandes prairies, des pins, des arbres dont je ne connais point l'espèce, des plantes d'une hauteur d'environ un mètre, des fleurs aussi. Il y avait aussi comme des clairières et même une petite mare. Je scrutais l'horizon tout autour de moi. Je me sentais comme perdu à cause du temps qui défile si vite, je me gorgeais du spectacle que j'avais sous les yeux. Alors, je laissais l'intuition faire à sa guise, me dirigeant vers la mare, espérant voir je ne sais quoi. Je m'y figeai quelques minutes à plusieurs endroits différents, c’était si agréable, on voyait les libellules la survoler. Je me dirigeai ensuite vers ces plantes. Un joli papillon se posa sur moi à mi-hauteur et il y resta plusieurs minutes jusqu'à ce que je décide de bouger. J'en fus si étonné, c'était la première fois que cela m'arrivait, c’était si paisible. Je repris ma marche pour aller voir un peu plus loin. Je traversai d'autres boisées et le fis pendant quelques minutes. Je me retrouvai au milieu de sapins, je m'y sentais si bien, j'aurais bien continué plus loin mais l'heure du départ approchait, malheureusement. Je profitai encore quelques minutes du spectacle. Je pris la décision de revenir à mon point de départ, c'est-à-dire plus exactement à l'endroit qui allait me permettre d'amorcer la descente de retour par le sentier d'où j'avais débouché, mais, oh surprise, ma douce amie, tous les lieux se ressemblaient comme deux gouttes d'eau! Je ne retrouvais plus le point tant désiré. Je marchai plusieurs minutes mais toujours rien, je ne savais plus si j'avais ou pas dépassé mon lieu. La seule chose flagrante, c'est que je ne le voyais plus, que je traverse bois et prairies. Je crois que j'étais bel et bien perdu. L'heure jouait en ma défaveur. Alors je m'arrêtai pour un temps de réflexion: je devais forcément être tout près, même si tout se ressemblait! Je finis par me dire: «Tous les chemins mènent à Rome». Alors je décidai de suivre mon instinct, je tournai encore quelques instant puis finis par reconnaître un bout de chemin par lequel j'étais passé. Ouf, un grand ouf! Heureusement, pas de panique, place à la raison, l'heure de s’en retourner était bien là. Avec une bonne quinzaine de minutes de retard à la clef, je m'avançai encore une dernière fois pour mémoriser ces choses. Je ne savais effectivement pas quand et comment je pourrais revenir. Je pivotai de l'autre côté, un petit pincement au cœur, pressai le pas pour entamer le chemin du retour. Voilà, Viviane, vous pouvez ouvrir vos paupières, notre voyage s'achève ainsi, un peu long certes, mais j'espère qu’il vous aura été agréable. Un jour nous le ferons ensemble à Brocéliande, et même peut-être dans un autre lieu qui vous est agréable. Je cède la place à Nimiane pour la suite des événements, le cœur tout plein d'émotion. Très très fort, Votre Paul-Iky. P.-S.: je vous cite la toute dernière phrase du dernier écrit que je vous avais transmis. - «Maintenant que tes disciples sont sortis, dis-moi, qui es-tu? Qui est ton maître? Tu es jeune pour avoir tant de connaissances.» - «Je suis le fruit d'une longue lignée de prêtresses et de druides. Mon enseignant et maître est Merdryn, le sage.» - «Tu es un imposteur», dit le jeune barde druide. - «Pourquoi dis-tu ces calomnies, jeune barde?» - «Merdryn le sage a refusé d'être mon maître. Pourquoi a-t-il accepté de t'enseigner, à toi, une femme? Je suis moi-même issu d'une longue lignée de bardes.» Comment lui expliquer que ce n'est pas la lignée, mais plutôt la pureté du cœur et de l'âme que nous cherchons, nous, peuple d'Agartha? - «Jeune barde, quelle insolence tu as! Je suis encore le grand druide. Cette prêtresse n'est pas notre ennemie, mais plutôt notre invitée dans ce Conseil», s'indigna le grand druide. Nous restons plus de trois jours terrestres dans ce cercle. À l'intérieur du Conseil, je réponds aux questions de tous les membres de cette communauté. Je sais que mes réponses ne satisfont pas tous les druides et je sens la crédulité et la détermination de certains à me condamner pour des faits et gestes que je n'ai pas commis. Au coucher du soleil de la troisième nuit, les membres du Conseil prennent la décision de nous laisser partir. Avec mes disciples, je prends le chemin du retour, et comme nous dépassons la forêt, un messager vient nous rencontrer: - «Prêtresse, mon maître vous envoie ce message.» Je le prends et le lis. Tout autour de moi, mes disciples me regardent. Dans ce message qui m'est destiné, il y a un avertissement, une mise en garde, et le signataire est le grand druide: «Jeune prêtresse, votre énergie ne m'est pas inconnue et votre sagesse non plus. Dans mes nombreux voyages hors de mon corps, j'ai rencontré la même sagesse que la vôtre dans le monde des âmes et des guides. Je ne peux pas vous protéger longtemps car mon souffle et ma vie se retirent de mon corps. Ne faites pas confiance à la Fraternité, elle est souillée de pouvoir et de corruption. Vos jeunes apprentis ont beaucoup de sagesse et de bravoure, vous les avez bien formés! Les membres de la Fraternité ne supportent pas la compétition, ni la fatalité. Ils sont orgueilleux et destructeurs envers toute science qui n'est pas la leur. Faites bien attention à vous et à vos disciples. D'un vieil homme qui vous admire dans votre sagesse.» Je comprenais ce message. La prudence et la sagesse étaient mes armes contre la Fraternité. Le retour se fait donc avec beaucoup de prudence et les enseignements continuent de se propager dans les énergies des disciples. Le solstice d'hiver cède la place au solstice d'été et nous n'avons plus de nouvelles de la Fraternité. Je sonde les énergies pour m'aider à déjouer les vortex d'énergie envoyés par des membres de la Fraternité alors qu'ils nous observent. Mes contacts avec mes mères-prêtresses m'incitent à la prudence. Durant mes nuits et mes jours, je suis soucieuse de la sécurité de mes disciples. Et puis, le soir du solstice d'été arrive. La pleine lune dans le ciel étant à la conjoncture du solstice, les énergies sont fébriles et insaisissables. Lors de nos incantations autour du feu sacré, un événement que je ne peux contrôler arrive. Au centre du feu apparaissent des forces d'une grande densité négative, contrôlées par des énergies humaines et astrales. Des flammes gigantesques sortent du feu. Je concentre mes énergies à les repousser mais les forces sont supérieures aux miennes et à mon apprentissage de jeune prêtresse. Mais d'où viennent-elles? Les flammes se mettent à onduler et à former un immense vortex. Mes disciples sont sidérés et incapables de bouger, sauf la petite enseignante. Quand le vortex se matérialise et qu'une immense lame de feu se dirige vers moi, la petite enseignante se lance devant moi. La flamme la traverse ainsi que l'hologramme que je projette, puis elle m'atteint au centre de mon troisième œil. La force est dévastatrice et mon hologramme s'éteint. Ce n'est plus Nimiane qui s'écroule au sol, mais plutôt Xertaladaliam! Avant de m'écrouler, je vois devant moi le corps calciné de la petite enseignante, ainsi que la panique des disciples qui ont retrouvé le contrôle de leurs corps. Les six sœurs se ruent sur moi, elles ont compris depuis bien longtemps que derrière l'hologramme existe un autre corps. Pleurs et larmes sont les dernières images des disciples qui se gravent dans mes énergies. Ceux-ci sont médusés devant cette scène d'horreur. Leur sœur vient de mourir et un être gigantesque est affalé à leurs pieds. Dans ce grand moment de confusion, personne ne remarque la présence d'un barde entouré de petits êtres non terrestres qui les regardent sans émotion. - «Retourne à ta communauté, jeune barde. Comme promis, nous te donnerons le pouvoir!» Le jeune barde répond: «Quel est le sort de ces humains et de cette prêtresse?» - «Ceci ne te regarde plus! Ces humains et leur prêtresse seront détruits.» (À suivre) Ma douce et tendre, Ma chère amie, moi aussi je vous rejoins tardivement en pensée, à défaut de ma présence physique. Votre retour me réjouit, me réchauffe, je me dois de vous l'avouer, vous m'avez manqué. Un petit vide se fait sentir, au plus profond de mon être, c'est vous mon amie, c'est vous Viviane. Alors, je préfère savourer ces brefs instants. Je me replonge dans la lecture de vos écrits. J’aimerais tant figer cet instant, le cristalliser, de sorte que celui-ci dure et perdure. Avez-vous un secret pour dompter ce temps si fugitif et impalpable? Je demanderais volontiers à Nimiane, mais malheureusement je ne sais où la joindre; à défaut à Piper Halliwell, mais celle-ci est au pays imaginaire… Que faire? Le secret, le monde des rêves, seraient-ils l'alternative? Ou alors dompter le voyage hors du corps? Dans un cas comme dans l'autre, je serai là, parmi vous, plus de barrières, plus aucun obstacle. Je sais Viviane, je suis un doux rêveur, mais que voulez-vous, c'est ce qui me tient, c'est ma force, tout comme vous. Cette alternative me plairait tant, je revivrais enfin et vraiment, vous savez Viviane, j'ai besoin de vous sentir tout près, votre présence me comble, à l'inverse c'est vide et morne. Oh que oui Viviane, vos histoires sont comme une manne tombée du ciel, elles me nourrissent spirituellement. Le printemps vous appelle, difficile de l'ignorer en pleine nature: les odeurs, le pépiement des oiseaux, les arbres en fleurs, les tapis de feuilles vertes, aller au gré du vent, de ci, de là, les rayons du soleil qui traversent la forêt, emprunter les petits chemins terreux... Vous savez Viviane, une des raisons pour lesquelles je vous aime, c'est que lorsque je suis avec vous, tout est si simple. On ne se pose plus de questions, on ne s'inquiète plus de toutes ces obligations qui nous polluent tant la vie, on oublie enfin tout ce mal de vivre et ce stress quotidien. Oui, toutes ces choses, Viviane, enfin aux oubliettes! Mais aussi, votre simplicité, votre liberté, votre jovialité, vous ne calculez point, c'est ce que j'aime en vous Viviane, votre façon d'être, j'aime être avec vous, je me sens bien ainsi et c'est pour cela que mon moi intérieur a besoin de vous sentir tout près. Vous comblez un manque et un vide, je vous livre un peu de moi, je me mets à nu, pudiquement et sereinement. Vous et Margot allant vous promener le soir dans la lande du Bois Joli, j'aime cette image, elle donne très envie. Comment est-ce Viviane? Parlez-moi d'elle, faites-la-moi découvrir. Chez vous l'air est bien pur, si pur que les orchidées et certainement d'autres fleurs et plantes rares peuvent y vivre. Je comprends pourquoi vous ne quittez jamais ou si peu Brocéliande et que vous y resterez toujours. Avec vous et parmi elle, la vie est fort plaisante, puis-je y rester? Avant-hier, je suis allé rendre visite à la personne qui m'est chère. Elle a intégré un nouvel établissement pour malades, plus spécialisé. Son état est toujours préoccupant, même s’il s'est nettement amélioré. Elle a encore besoin de beaucoup de soins et ne peut toujours pas rentrer chez elle. Elle a besoin de la plus grande attention des éducateurs jusqu'à ce qu'elle puisse guérir et être à nouveau autonome. La rémission est longue et pleine d'incertitudes, le soutien moral est, pour le moment, la seule chose que nous puissions lui apporter en tant que visiteur. Nul ne sait pour quelle durée encore il en sera ainsi, malheureusement. Me concernant Viviane, j'ai fait un faux mouvement qui m'occasionne une douleur au bas du ventre, alors j'essaie tant bien que mal de ne faire aucun effort superflu pendant plusieurs jours, espérant que tout rentre dans l'ordre. Mais, et vous Viviane, comment allez-vous? J'espère que de votre côté les évènements vous épargnent, car en ce moment il traîne une méchante grippe qui fait des victimes dans plusieurs pays. Espérons que tout soit endigué au plus tôt pour stopper l'épidémie… Douce et tendre Viviane, je vous envoie tout plein d'amour et de tendresse, Affectueusement, votre Paul-Iky. Ma douce amie, je pense à vous ce soir. La nuit porte toujours conseil, m'inspire et me rapproche de vous. C'est ainsi que j'aime à fusionner avec vous, me laisser porter par ce joli voile brunâtre vers vos pensées, vers votre cœur, vers votre âme, vers votre attention, vers vous. Je me réjouis de vous retrouver, un instant de Viviane est toujours un moment béni, plein de grâce et de joie, un petit bout qui me transporte, un petit bout qui me séduit, que j'aimerais vivre là, maintenant et physiquement à vos côtés. Il me tarde d'entendre, de connaître le doux murmure de vos lèvres, de me laisser bercer, apprivoiser par celui-ci. Vos écrits Viviane, ah, vos écrits…, que ferais-je sans vous? Que serais-je sans eux? Ils me sont si doux, si agréables, mon cœur en redemande, il en a besoin, il s'en est épris, il souhaite les prendre pour époux, une tendre caresse pour mon âme, mon cœur, une bien tendre caresse sur ma joue. Celle-ci se laisse envahir, une agréable sensation de chaleur s'y étend, communique avec la seconde et le poitrail, tout est paix et sérénité, un état de béatitude, de bien-être, alimenté et nourri par la pensée. La pensée de vous, Viviane. Je vois, Viviane, que vous vivez au rythme du jour et de la nuit et des saisons. Ménagez-vous ma douce amie, reposez-vous un peu, les journées les plus longues approchent à grandes foulées, les 20 et 21 juin sont tout proches, le solstice aussi, la tranche du 18 au 23 juin s'annonce comme la plus longue de l'année. Il est vrai que notre envie de veiller en est renforcée et nettement plus intense, et je partage votre hâte. «La fontaine de jouvence», «le bord de la marette», de doux moments qui vous remontent à la surface… N'y aurait-il point une belle histoire d'amour dans l'air? Voilà encore des lieux qu'il me faudra visiter lorsque je serai de passage par chez vous à Brocéliande, mais en votre compagnie bien sûr. Vous me conterez ainsi ces anecdotes comme vous savez si bien le faire. Quand aura lieu la foire de Paimpont? Je suis déjà bien triste et nostalgique de ne pouvoir m'y rendre et être parmi vous ce jour-là. Il va me falloir faire preuve de patience. Rien ne compterait plus pour moi que de partager des instants avec vous par ici, votre seule présence m'enchanterait tant. Tendre Viviane, douce amie, ma bien-aimée, si vous saviez à quel point cela me touche au plus profond de mon être lorsque vous me demandez si je viendrai, si vous m'y verrez, j'en suis même profondément ému, je vous aime tellement, tout ceci me donnera la force d'attendre jusqu'au «jour J». Vendez-vous des fleurs et du miel depuis longtemps? Que vendez-vous d'autre? Cela vous plaît-il? Je ne vous imaginais point commercer ainsi, une autre facette de Viviane mais qui, j’en suis certain, est tout aussi agréable. Je vois que l'heure est bien avancée, mais avant de vous quitter, je veux à mon tour vous faire partager une histoire, celle de Nimiane. Elle m'a beaucoup ému, cela se fera sur plusieurs écrits car c'est un peu long en un seul trait. Je vous la transpose telle que je l'ai découverte. J’écourterai peut-être certains passages qui sont techniques et un peu difficiles, certaines choses dans ce récit vous surprendront peut-être, tout comme je l'ai été. Nous y voilà, nous y sommes, plongeons-nous maintenant dans celui-ci. Tendrement, Votre Paul-Iky. «À ce moment-là, le conseil me demande de venir le rencontrer, ce que je fais avec beaucoup de plaisir. Dès mon entrée au temple, je ressens que ma vie prend une nouvelle direction. Le conseil propose à la jeune adulte et novice prêtresse que je suis une visite sur la Terre. J'exulte littéralement face à cette opportunité de voir la Terre de mes yeux et de la sentir avec mon corps. Le conseil me dit: «Sœur, tu es bien jeune pour cette démarche mais nous savons que l'expérience de ton âme te guidera dans ta mission terrestre. Tu devras enseigner à un regroupement d'humains qui a besoin de notre enseignement pour la continuité de ses descendants. Tu vas remplacer un de nos frères qui a besoin de repos. Il reviendra se ressourcer dans notre civilisation et toi, Xertaladaliam, tu continueras les enseignements». Dans son hologramme, il prit l'apparence d'un sage et érudit du nom de Merlin le magicien (mais aussi: Yaltelmez ou Myrdrin, chère Viviane). «Tu devras donc enseigner les sciences de la lévitation, l'invisibilité, l'omniprésence, la téléportation et la projection des énergies à distance. Comme toi, ces humains ont consacré leur vie à l'évolution de la planète mais n'ont pas le libre arbitre pour utiliser tout leur potentiel. Ne pense pas que ta mission soit facile. Ce peuple appelé Celte, est composé de guerriers sanguinaires. Au nom de religions étrangères, cette civilisation se détruit et perd les enseignements donnés par les érudits. Plusieurs des initiés, ayant acquis des connaissances, ont perdu leur impartialité et sont devenus des tyrans assoiffés de pouvoir et de domination. Tu devras choisir minutieusement les humains que tu initieras, autant des hommes que des femmes, car ils seront reliés avec nous et surtout avec toi pour leurs prochaines réincarnations». Je me demande comment je vais bien pouvoir les reconnaître. «Ils ont les mêmes énergies que toi; ce sont des âmes de l'Atlantide mais avant tout, des pacificateurs réincarnés sur la Terre» me répond un membre du conseil. Je comprends maintenant leur lien avec mon âme. Plusieurs de ces humains proviennent, comme moi, de la planète Oméga. Je me prépare pour cette mission avec beaucoup d'aide de la part des mères-prêtresses et des nombreux maîtres que je consulte. Je dois choisir un hologramme visuel qui s'adapte à ma personnalité. Je prends donc celui d'une prêtresse druidique et je deviens Nimiane, née en Cornouailles, au sud-ouest de l'Angleterre et prêtresse enseignante de la forêt de Morois. Après avoir étudié et visualisé les traditions orales et le langage de ce peuple, je suis enfin prête pour le grand voyage sur la Terre. Selon les calculs des scientifiques, la porte dimensionnelle est supposée s'ouvrir dans la forêt de Morois et, de là, je dois commencer ma quête afin de trouver les apprentis druides, les bardes, les ovates, ainsi que les prêtresses. Dans cette forêt, les prêtresses sont acceptées si elles descendent d'une lignée ou si elles sont devenues les apprenties d'un druide. Yaltelmez (Myrdrin) me parle longuement des humains et de leurs comportements. Il m'indique, grâce à l'hologramme, l'endroit de son habitation très primitive et me dit: «Tu sais, jeune sœur, on s'habitue aux habitations primitives des humains; elles ont un charme et des odeurs très particulières qui ne se retrouvent pas dans notre monde». Dans mon échange avec Myrdrin (Merlin), je réalise combien les humains se compliquent la vie. Ils sont apeurés et fascinés par ce qu'ils appellent l'inconnu ou la magie. Ils ont simplement oublié que tout est à l'intérieur d'eux. Le grand jour arrive. Moi, l'apprentie prêtresse qui ai étudié et appris à ne pas laisser transparaître mes émotions, je suis au comble du bonheur après avoir écouté toutes les informations de mes mères-prêtresses. Je me prépare au départ. J'apporte quelques vêtements, de la nourriture ainsi que l'ordinateur intelligent intégré dans mon médaillon et programmé pour avoir tous les accès aux portes dimensionnelles de cette région de la Terre. Comme tous les jeunes adultes, je me dis que je suis capable de confronter telle situation par moi-même! Dans ce contexte, je sais que je trouverai la guidance et le contact avec les champs d'information de quelque forme que ce soit et que je peux transcender les enseignements reçus dans les temples. Ce qui me permet de croire que j'ai beaucoup appris des humains. Quelle naïveté! Les humains fréquentés dans notre civilisation et grâce aux hologrammes ne ressemblent en rien à ceux de la Terre. C'est sur cette Terre que j'ai compris la résonance de vérité ou «l'apprentissage par la voie du cœur». Je me dirige vers la porte dimensionnelle, pleine d'amour et de compassion pour mes frères et sœurs de ma civilisation. Je suis remplie d'espoir dans l'unification collective de la civilisation d'Agartha avec celle des terriens. Je sens tout l'amour provenant des miens. Plusieurs de mes maîtres sont présents lors de mon départ. Même le sage Dézionanel est là. Il me regarde et nos cœurs fusionnent. Il me dit: «Sœur, ne sois pas trop téméraire. Utilise la sagesse de ton âme». La porte s'ouvre et, en quelques fractions de secondes, je me retrouve dans la forêt de Morois près d'une demeure très amusante.» Mon doux ami, J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de ce long silence: il a fallu que je m'absente pour rendre visite à une lointaine tantine qui vivait ses derniers jours, hélas... Je n'ai donc pas pu avoir connaissance de votre missive auparavant, j'espère que vous ne m'en porterez pas grief... Ici tout va bien, me voilà de nouveau chez moi, dans ma forêt, en plein cœur de cette petite Bretagne qui m'est si chère. L'automne est pour moi une saison douce-amère qui me fait revivre au coin du feu les jours si gais que j'ai passés ici et là dans l'ombre de mon Lancelot, et à l'écoute de tous ces récits chevaleresques et pleins de nostalgie... J'espère que pour vous c'est une saison gaie et pleine de joie. Moi, j'ai soif de soleil, de chants d'oiseaux, de rires et de verdure. Il va donc falloir que je prenne mon mal en patience... À bientôt de vous lire, Votre Viviane Ma bien-aimée, Vous m'apportez de bien tristes nouvelles, je suis vraiment navré pour votre tantine, ces choses-ci sont toujours si difficiles et désagréables à vivre. Cela me donne toujours tant de frissons lorsque j'y pense et, parfois, je me projette dans le futur où je n'ose m'imaginer sans les miens. Cela m'angoisse et m'en devient insupportable à l'idée de me retrouver si seul et désespéré. Ma solitude est déjà si grande et si intense, c'est pourquoi je bénis la main qui m'a mené vers vous Viviane, et je lui en serai éternellement reconnaissant. Oui, béni soit le jour où nos routes se sont croisées, où le destin a permis notre rencontre, de vous connaître, alors comment et pourquoi vous en vouloir, vous êtes ma douce et tendre que je chéris en mon sein, au tréfonds de mon âme, de mon cœur. J’ai guetté avec impatience ces derniers jours, attendant de vos nouvelles, me posant de multiples questions, me rendant ainsi de plus en plus compte de votre importance dans ma bien triste existence. Je me dois de vous avouer ce doux sentiment que j'éprouve pour vous ma douce et tendre, que j'aime à éprouver et qui me console mais aussi ce désir de ne jamais vous perdre. J’espère que mon dernier écrit vous a redonné un peu de baume au cœur après ces bien tristes choses que vous venez de vivre. Je vous avoue aussi une autre chose Viviane: moi, j'ai soif de vous, toujours plus, de ces instants, de cette communion spirituelle, de cette fusion, de votre chaleur, de vous tenir la main, de me sentir en sécurité, tout près de vous... Soyez prudente ma bien-aimée, vous sachant seule dans cette immense forêt, je suis parfois inquiet pour vous et votre sécurité. C'est plus fort que moi, j'y pense et encore plus lorsque j'entends certaines choses qui se produisent, je vous exhorte donc à la plus grande des prudences, même si je vous sais capable de lire dans le cœur des passants que vous pouvez croiser et de vous défendre. Ah, la verdure!!! N’est-ce pas Viviane, n'est-elle point vivifiante? Je comprends fort bien votre hâte, votre ardent désir de retrouver tout ceci au printemps prochain, à ce même instant, j'entends nos amis les oiseaux, on dirait qu'ils s'adressent à moi tellement le son est proche. Je me suis même laissé tenter d'une approche à la fenêtre, mais la nuit y est nettement dominatrice et mes yeux n'ont point su y déceler la moindre forme volatile. Viviane, je vous propose de vous accompagner, de vous tenir compagnie pour ces prochaines semaines, le temps vous paraîtra plus doux, beaucoup plus agréable et l'attente beaucoup moins longue. Gardez-moi une place au coin du feu, pour cet automne et l'hiver qui s'annoncent, un peu de papotage sera de rigueur et bien agréable ma douce amie, afin d'alimenter nos veillées nocturnes. Ma douce et tendre, mon enthousiasme vous est communicatif, je désire que vous l'éprouviez aussi, je le désire si fortement, ainsi votre mal en patience vous y semblera si court et agréable. Je vous joins la suite de notre récit, que va-t-il advenir de Nimiane? Je vous laisse le découvrir. Tendrement pour vous ma douce et bien aimée, Votre Paul-Iky. «Le jeune barde sourit et repart silencieusement dans la forêt. A travers leurs pleurs, les six sœurs sentent le danger. «Frères, sœurs, nous sentons une forte énergie négative. Ressaisissez-vous! Nous devons quitter cette forêt rapidement et nous devons envelopper le corps de notre sœur. Aidez-nous à transporter le corps de notre enseignante. Vite, le temps presse!», s'exclame un disciple. Plusieurs disciples réagissent rapidement sans comprendre la situation. Ils se placent autour de mon corps, le soulèvent et forment un champ contre toute autre forme d'énergie négative. Au même instant dans la civilisation d’Agartha, les mères-prêtresses canalisent le même événement. Vite, sœurs, le conseil doit réagir. La vie de notre sœur en dépend. Le conseil répond rapidement à la réception du message envoyé par les mères- prêtresses. Yaltelmez, accompagné de militaires, retourne dans une porte dimensionnelle et se rend dans la forêt de Morois. Des êtres provenant d'une autre galaxie attendaient patiemment le temps opportun pour lancer la dernière offensive. Dans la confusion, les disciples avaient laissé de grandes ouvertures énergétiques mais les étrangers avaient sous-estimé les énergies de certains disciples. Quand les femmes sont accourues en parlant, le champ d'énergie avait déjà changé. Les étrangers se consultent par télépathie et ils prennent la décision d'être patients, car les humains sont émotionnels et, guidé par leurs peurs, ils seraient faciles à détruire. Ils les suivent et attendent. Dans leur course effrénée, transportant un lourd et précieux fardeau, les disciples atteignent la maison de Merdryn. Dans un état second et projetée hors de son corps, Xertaladaliam regarde avec impuissance les scènes qui se déroulent devant elle. «Déposez-la dans la maison» disent les six sœurs. «Préparez-vous à honorer notre jeune sœur dans le voyage de son âme. Commencez à creuser sous le chêne sacré le dernier lit de son corps. Nous pleurons son départ mais avant, sauvons notre enseignante.» En entrant dans la maison, elles se demandent comment soigner Xertaladaliam. Il n'y a pas de sang, pas de blessure, seulement une marque violacée au troisième œil. Les disciples les plus compétents entourent la prêtresse et la regarde avec une grande curiosité. Sœur, qui est-elle? Comment soigner un être si différent de nous dans les énergies et dans son corps? Les guérisseurs s'approchent, observent et auscultent le corps inanimé. Ils se disent qu'il faut réagir rapidement, mais comment? Xertaladaliam voudrait bien les aider mais, dans le monde des âmes, elle est seulement une observatrice. Des larmes coulent des ses yeux. Ou est-elle et dans quel monde parallèle? Une voix s'adresse à elle: «Xertaladaliam, nous sommes avec toi». Elle reconnaît les énergies de ses guides et maîtres spirituels, et le chagrin fait rapidement place à l'amour inconditionnel. Pendant ce temps, les Gris conspirent contre les humains. - «Maintenant, formons un immense égrégore négatif et préparons-nous à le propulser dans la clairière» disent-ils. De leur côté, les disciples continuent leur travail. - «Que ressentez-vous, mes sœurs?» disent les guérisseurs. - «La confrontation.» - «Vite, que nos frères et sœurs se rassemblent. Nous devons protéger notre enseignante. Notre vie dépend de nos souvenirs des enseignements de notre prêtresse.» Les disciples creusent la tombe de la petite enseignante. Rapidement, les sœurs sortent de la maison de Merdryn. - «Vite, frères et sœurs, formons un égrégore d'énergie. Vous, les guérisseurs, propagez l'énergie de guérison cosmique sur notre clairière. Vous, les télépathes, propagez l'énergie blanche du cinquième niveau autour de nous et de notre enseignante.» - «Vous, les musiciens et détenteurs du son, avec vos voix mélodieuses, transportez des sons qui formeront et augmenteront des résonances sur les champs d'énergies. Cristallisez une force, une impulsion vivante et vibrante pour neutraliser les énergies ennemies.» - «Vous les quatre jeunes filles, avec vos pouvoirs supra normaux, projetez vos énergies dans les éléments eau, feu, vent et maître de la nature. Etablissez des contacts avec les maîtres pour qu'ils nous accordent de l'aide et de la force énergétique.» - «Vous qui maîtrisez l'énergie de la science de l'esprit, dématérialisez-vous! Allez rapidement au devant de nous, vérifiez et sondez les énergies, puis revenez rapidement nous dire de quelle forme est notre ennemi.» - «Tous les autres qui sont en apprentissage avec nous, divisez-vous en deux groupes, un à l'intérieur de la maison de Merdryn, autour de notre enseignante, et l'autre, devant la porte de la maison. Utilisez la force magique de la parole et du silence en vous servant des formules que notre prêtresse nous a apprises.» (À suivre) Mon ami, je n'ai pas d'images avec cette missive; se seraient-elles perdues en route? Viviane Votre histoire me plaît beaucoup. La suite? Bien à vous, Viviane la Fée Ma douce et tendre, Mes douces pensées vous accompagnent et vous réchauffent, le froid s'invite malgré nous, n'est-ce point le jour de Viviane? Un petit clin d'œil de Mère Destinée, mes yeux se sont ouverts et fixés sur celui-ci, toute ma gratitude vis-à-vis d'elle... Vous souhaitant une très bonne fête et espérant que vous me lirez aujourd'hui même, revenez-moi vite Viviane, sans vous quelle tristesse... C'est si morne, le vide de vous... brrrrrrrr... je n'ose y penser. Vous me manquez, Votre chevalier bien-aimé, votre Paul-Iky Mon cher ami, Je suis là, je suis là, n'en doutez pas, je suis à votre écoute même si vous n'en avez pas l'impression. Le silence est très souvent lourd de connivence. Bien à vous, Viviane Ma douce et bien aimée Brrrrrrrrrrrr! le froid et la neige ne nous épargnent pas, l'envie de rester ici à l'intérieur est vraiment grande, mais les obligations de cette société nous y obligent bien malgré nous… Mais et vous Viviane? Votre long silence me pose bien des tracas et l'angoisse pointe à l'intérieur. Je suis si inquiet de votre absence, ma nature soucieuse et féconde me hante bien malgré moi, je ne puis vous soustraire à mes pensées. J'espère ne point être involontairement le fruit de votre longue absence, de vous avoir blessée, vous me le diriez si cela en était cas, n'est-ce pas Viviane? Mais, vous connaissant, la raison doit très certainement en être tout autre, et j'ai toute confiance en ce lien qui nous unit spirituellement et en la force de celui-ci, vous savez Viviane, je ne puis me résoudre sans vous, vous m'êtes désormais si chère. J'espère que vous allez bien et que vous ne craignez point toutes ces maladies que nous autres mortels attrapons, que celles-ci soient sans aucun effet néfaste sur votre organisme, et que vous en soyez épargnée à tout jamais. Il y a en ce moment une épidémie de grippe qui vient cruellement à bout de certaines personnes, des enfants aux vieillards, sans le moindre remords. Pensez à bien vous couvrir en sortant, le froid n'épargne personne, il est là à nous envelopper comme un manteau pour nous étreindre et même les murs de l'intérieur n'y suffisent pas toujours malheureusement. Avez-vous bien reçu, mon écrit du 2 novembre, suivit des deux autres? Je préfère vous le demander, sait-on jamais? Encore une petite chose avant de vous quitter, joyeux Noël, eh oui déjà, plus que trois jours, alors je prends les devants, avec qui allez vous passer le réveillon? Je vous l'aurais bien proposé, je garde espoir pour un prochain, nous deux, qu'en dites-vous? J'aime l'esprit de Noël, c'est si agréable, l'enfant qui est en nous aussi, j'aimerais que cela soit toujours ainsi et le partager avec vous. J'ai aussi l'impression que tout est possible, la magie, le miracle, l'inattendu, notre ange gardien, notre bonne fée, le merveilleux, vous voyez Viviane, je suis comme un petit enfant qui aime être émerveillé… Tendrement, votre Paul-Iky. P.-S.: Revenez-moi vite. Mon tendre ami, Je vous remercie de cette prévenance à mon égard. Mon silence n'est pas dû à vous, loin s'en faut, non. J'ai traversé une période difficile et j'ai même cru que mon heure était arrivée d'aller retrouver mes chers disparus, Lancelot, Arthur, Merlin... Peut-être sera-t-il clément avec la jeune fille qui l'a emprisonné dans cette prison d'air pour de si longues années, il y a si longtemps. Je l'espère en tout cas, j'espère qu'il ne m'en voudra pas trop, car tout se paye ici bas. Mais finalement ce n'était pas encore l'heure, il me reste quelque temps à présent et j'en profite pour mettre mon courrier à jour. J'ai bien reçu vos missives et m'en vais y répondre; j'ai préféré d'abord ouvrir la plus récente et vous en remercie infiniment. L'hiver est bien là avec son cortège de gelées et la neige; oui, la neige, c'est bien la première fois depuis très longtemps que son manteau a recouvert les arbres de ma forêt chérie. Avec sa nostalgie aussi de ces temps si lointains où j'étais jeune et belle et prête à faire les quatre cents coups pour les beaux yeux de mon chevalier. Je vous souhaite donc une bonne année que j'espère remplie de bonheur et de joie pour vous. Bien à vous, Viviane la Fée Ma bien aimée, Ô douce et belle Viviane, vous m'êtes une joie si…, en fait les mots ne suffisent pas à l'exprimer, c'est bien au-delà de ce mode d'expression, je suis si ravi de vous entendre par écrit, de vous savoir là, ici et maintenant, dans votre missive, dans cet écrit; votre absence m'était si pénible et angoissante, la tristesse m'envahissait bien malgré moi, une tristesse orpheline, oui: je la qualifierais ainsi. Très bonne année à vous aussi et très très bonne santé, ma douce et bien-aimée, puissiez-vous être parmi nous encore très longtemps, que votre cœur se remplisse de joie et d'allégresse, que votre vœu le plus secret se réalise. Vous avez encore beaucoup de bonnes choses à vivre, j'en suis certain et serais ravi d'en être un petit bout. Ma douce et tendre amie, je suis en peine d'avoir été comme un oiseau de mauvais augure vis-à-vis de vous. J’avais peur précédemment qu'il ne vous arrive quelque chose et que vous soyez en danger dans cette immensité verte, et voilà que vous m'apprenez que votre dernière heure vous a effleuré de son souffle!Que s'est-il passé, Viviane? Que vous est-il arrivé? À la lecture de tout cela, mes pupilles se sont complètement dilatées; j'ai été ébahi et hébété, un peu comme si le ciel me tombait sur la tête, ayant beaucoup de mal à imaginer que vous aussi vous disparaissiez, que vous puissiez disparaître, ces choses insupportables à l'intérieur, c'est plus fort que moi. Et puis, quoi qu'il puisse advenir dans les temps futurs, je désirerais partager avec vous, Viviane, quelques instants de notre vie à Brocéliande, vous entendre, vous voir, vous ressentir, m'imprégner de vos énergies, de vous à tout jamais, mon âme le désire ardemment. Viviane, vous avez bien raison, malheureusement, «tout se paye ici-bas» et des comptes nous seront un jour demandés pour nos actes, d'où la plus grande des prudences. Bien peu sont sans souci et agissent en toute insouciance; parfois ils nous arrive de faire des choses sans aucune raison apparente, allez savoir pourquoi… Ne soyez pas trop dure avec vous, le passé est le passé, vous ne pouvez plus le changer, vous avez appris et compris une bien grande chose qui guidera vos pas et vos actes. Les averses de neige balayées par les vents ne cessent de s'abattre depuis plusieurs heures, c'est le spectacle qui s'offre devant mes yeux au travers de la fenêtre à cet instant précis où je vous écris, le tapis blanc ne cesse de s'épaissir, les centimètres grimpent à vue d'œil -et pour vous, Viviane, qu'en est-il à Brocéliande, cela continue-t-il? Le petit jour fait son apparition, bien grisonnant, mon départ s'approche à grands pas, mais avant, continuons notre histoire, nous approchons du dénouement…, Avec tendresse, affectueusement, Paul-Iky La suite: Rapidement, les disciples se placent dans l'énergie. Ceux qui maîtrisent l'énergie de la science de l'esprit se dématérialisent et constatent l'ampleur des énergies négatives. Par leur travail acharné, ils développent l'énergie atomique et la connaissance des lois de la magie. Cela leur permet de s'approcher de ces êtres qu'ils ne connaissent pas. En transmutant leurs vibrations en énergie de la nature, ils peuvent observer et vérifier que ces êtres ont une distorsion de vibration dans leurs énergies. C'est leur faille. Produisant des formes pensées de vibrations, ils rejoignent le grand courant de force énergétique émanant des autres disciples. Ils rassemblent les substances éthériques et reprennent forme dans des émanations de fortes vibrations. En libérant la substance énergétique de vitalité, ils forment la structure de leur corps physique. - «Sœurs, frères,» disent-ils en se matérialisant, «Ces êtres ne sont pas humains et leurs forces sont puissantes.» Ces mots apportent la confusion dans l'esprit des disciples. - «Nous avons reçu l'enseignement d'une grande prêtresse. Nous avons appris et intégré que l'énergie peut être son, volonté, désir, amour et matière. Allons, mes sœurs et frères. Quelle est la meilleure décision, mes sœurs? Dites-moi, je suis si accablée par la mort de ma sœur, comme nous toutes. Que faire, que dire, et comment guérir notre prêtresse? La voix de notre jeune sœur résonne clairement en nous. Elle nous donne le message de nous battre dans l'énergie. Reprenez courage, vous n'êtes pas seule!» Dans la forêt de Morois, Yaltelmez et les militaires apparaissent et le combat entre les deux mondes débute. Les Gris ne s'attendent pas une réplique aussi rapide. L'énergie tourne, virevolte. Elle est un feu intense et tous les éléments présents sont déchaînés. Les disciples regardent le combat de l'énergie et sont ahuris. - «Vite, six volontaires!» disent les sœurs. «Protégez notre prêtresse, nous partons au combat.» De la clairière sortent douze volontaires déterminés et protégés par les énergies de leurs frères et sœurs. Les volontaires avancent, les Agarthiens et les Gris s'affrontent. Nul n'avait déjà vu la forêt et les éléments si déchaînés. Quand Yaltelmez et les militaires ressentent la substance énergétique des disciples, il est trop tard, ils sont presque au centre du combat! Rapidement, les Agarthiens forment un tourbillon de forces centrifuge et centripète. Au centre, un noyau d'énergie dense magnétique se cristallise et toute cette énergie est rassemblée au-dessus des disciples. Avant même que les énergies se cristallisent, les Gris dirigent leurs énergies de destruction vers les disciples. Ceux-ci, pris au centre de ce déchaînement, pensent aux paroles de leur prêtresse: «L'énergie peut être son, volonté, désir, amour et matière.» Ils se contractent, se détendent, puis ils amalgament et propulsent leurs énergies qui atteignent les Gris et les ébranlent. Ces derniers sont surpris de tant de volonté dans cette énergie. Une arme se matérialise dans les mains d'un Gris. Une impulsion de haine et de destruction se dirige vers les humains et un rayon est aussitôt envoyé vers eux. Une enveloppe vibrante et énergétique de protection se referme sur les disciples, mais une brûlure fulgurante est ressentie par chacun d'eux. La peur n'est pas présente mais un sentiment d'amour intense et une protection se font sentir. Ils ne peuvent participer, ni même voir ou entendre le combat, mais ils sentent que les énergies sont semblables à celles de leur mère prêtresse. - «Est-ce elle ou bien son peuple qui se bat pour nous?» Malgré cette distraction inattendue, les Agarthiens lancent les nouvelles énergies conçues par leur civilisation. Ni les armes, ni la haine et la destruction n'ébranlent la foi qu'ils ont en eux et dans les humains. À l'aide de séries de sons et d'énergies de flux et de reflux dans le point médian de rencontre des éléments, là ou l'eau, la terre et l'air se rencontrent, naît une triple énergie froide et dense comme la glace, puissante et combustible comme l'énergie thermonucléaire, forte des éléments qui unissent les êtres à leur planète. Cette énergie part en direction des Gris. L'impact est violent, un son intense et vibratoire ébranle la forêt de Morois. Le combat vient de se terminer. Les Gris ouvrent une porte dimensionnelle pour le seul survivant qu'il leur reste. - «Nous reviendrons, disent télépathiquement les Gris aux Agarthiens. Vous ne pouvez protéger tous ces humains et vous-mêmes.» Dans le ciel de la forêt luit une lumière intense, puis le calme revient. Yaltelmez et les militaires savent que les menaces des Gris sont véridiques. (À suivre) Mon tendre ami, Je vous remercie de ces vœux et vous prie d'accepter les miens en retour... J'espère que vous allez bien et que ma missive vous trouvera en bonne santé et plein d'énergie pour ce début d'année... J'ai beaucoup à faire de ce temps, sans cesse par monts et par vaux comme d'habitude... Mes lectures m'emmènent également très loin, j'en profite pour rêver et m'évader un peu de cette grisaille ambiante... Votre histoire est bien jolie... Bien à vous, Viviane |
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