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écrit à

   


Viviane

     
   

Sorts de Merlin

   

Chère Viviane,

Laissez-moi me présenter: je m'appelle Alexandre et j'ai 14 ans. J'ai toujours été fasciné par les légendes arthuriennes. J'ai visité la Petite Bretagne qui est une magnifique région mais j'ai plus visité ses côtes que la forêt de Brocéliande (et qui est actuellement nommé forêt de Paimpont, un nom moins enchanteur).

Je vais vous parler de Merlin, car j'ai cru comprendre qu'on ne peut parler de vous sans mentionner le nom de cet enchanteur. Quel fut votre première pensée à la vue de Merlin? Quel est l'enchantement appris avec lui qui vous a le plus marquée?

Bien à vous,

Alexandre



Cher Alexandre,

J'ignorais que ma forêt avait changé de nom. Pour moi, elle est et restera à jamais la forêt de Brocéliande. C'est d'ailleurs là que je demeure, été comme hiver, au fil du temps. J'en connais tous les recoins, toutes les cachettes, j'adore m'y promener à l'abri des regards indiscrets, mais celui qui me cherche sait m'y trouver.

Ha! Merlin. Ce nom évoque tant de doux souvenirs... Vous avez sans doute raison en écrivant que l'on ne peut pas parler de moi sans parler de lui. Pourtant j'aimerais qu'il en soit autrement: ma vie a aussi été marquée par Lancelot, mon fils adoré, par ma soeur Morgane et par bien d'autres.

Mais pour répondre à vos questions, remontons un peu en arrière si vous le voulez bien. C'était un beau matin de mai, j'étais assise sur la pierre qui borde la fontaine de Barenton, je laissais mes mains traîner dans l'onde pure du petit ruisseau. Une légère brise passait dans le feuillage des chênes et annonçait une journée merveilleuse.

C'est là que je l'ai vu pour la première fois. Il est arrivé par le chemin, les cheveux auréolés par les rayons du soleil. Je n'ai pensé à rien: mon esprit s'est vidé, je me suis juste efforcée de graver dans ma mémoire cet instant magique où l'on devine que plus rien ne sera jamais comme avant.

Balbutiante, je lui ai posé la première question qui me passait par la tête: je lui ai demandé quelle profession il exerçait. Il m'a répondu:

- Pour vous, je peux soulever des châteaux, marcher sur un étang sans me mouiller les pieds, faire courir une rivière là où il n'y en a pas...

J'ai tout d'abord cru qu'il se moquait de ma naïveté, mais lorsque j'ai éclaté de rire, il a frappé la surface de l'eau avec sa branche de saule et, sous mes yeux émerveillés, a fait apparaître un château magnifique, rempli de chevaliers et de dames réunis pour une fête patronale. Je les ai observés longtemps se divertir et puis tout a disparu, d'un seul coup, sur un signe de Merlin. Oui, plus j'y repense, plus c'est ça qui m'a le plus marquée, cette apparition soudaine au milieu de nulle part, cette ambiance de fête jaillie au coeur de la forêt.

Voilà, mon cher Alexandre, j'espère que mes réponses vous satisferont, l'évocation de ces souvenirs m'ont emplie de nostalgie, je vais aller me promener dans les allées tant aimées de ma forêt pour y retrouver la joie de vivre et regarder passer le temps.

Viviane la fée