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Sylvie
écrit à

   


Viviane

     
   

Sir Lancelot

    Ma très chère dame Viviane,

J'espère n'être pas discourtoise en venant à vous. J'aimerais que vous puissiez me parler du plus beau, du plus preux chevalier qui fut et qui restera à tout jamais Messire Lancelot -après, bien sûr, mon seigneur le roi Arthur, roi de Logres. Pourriez-vous me parler de Lancelot? Pas de sa beauté qui fut un des points de sa renommée et qui fut malheureusement aussi l'un des points qui  lui causa le plus de peine. Je veux parler de son caractère, de sa courtoisie, de sa loyauté, de sa bonté d'âme, et bien sûr comme une pièce à deux faces de son côté plus obscur. Saviez-vous lorsqu'il était enfant qu'il allait être épris et aimé par ma grande reine Guenièvre? Si je puis abuser encore quelques instants de votre temps précieux: si vous avez la chance un jour de le rencontrer, pouvez-vous lui dire que son seigneur roi Arthur lui a pardonné, qu'il souffre de l'avoir poussé à la fuite et qu'il implore son pardon? S'il a l'occasion de venir vous visiter, dites-lui, si le cœur lui en dit, d'adresser un message à son seigneur: cela allègera son cœur au fin fond de sa retraite sur l'île d'Avallon. Pourriez-vous lui transmettre mon respect et lui dire qu'au fond de mon cœur il fut et il restera ce brillant chevalier?

J'espère, chère dame Viviane, de ne pas vous avoir importunée. Si je puis me permettre une chose: ce que vous avez fait à Merlin -même si je l'admire grandement- ne regarde que Merlin et vous, et comme vous l'avez si joliment dit: il savait. Donc je suppose, si je puis me le permettre, qu'il était fort épris de vous, gente dame Viviane.

Recevez, dame Viviane, mes amitiés les plus sincères.

Sylvie


Chère Sylvie,

Tout d'abord je vous prie de m'excuser de ce long silence... mais les messages parviennent toujours à destination, et c'est là le plus important! Ce que vous me dites me ravit: Arthur aurait donc pardonné à mon cher Lancelot? Pourtant, ce dernier lui a pris ce qu'il avait de plus cher au monde... Lancelot est un chevalier droit et honnête. Nul ne pouvait prédire son avenir à l'exception de Merlin -mais ce dernier s'est bien gardé de le lui révéler... Lancelot du Lac a été élevé dans les plus pures traditions de la chevalerie et je me suis efforcée de lui transmettre les sentiments les plus nobles: le courage, l'honneur, la noblesse et le respect de l'autre. Je ne sais pas si ces valeurs sont toujours d'actualité –quelquefois j'en doute- toujours est-il que mon cher enfant les a assimilées sans aucun effort. Il a fait de sa vie ce que lui dictait sa conscience et, de cela, je ne peux que le féliciter. Quant à Merlin effectivement, cela ne concerne que lui et moi, peu de gens font preuve de votre tolérance...

Bien à vous,

Viviane la Fée.


Chère dame Viviane,

Vous n'avez pas à vous excuser de votre long silence, ma joie fut d'autant plus grande lorsque je vous ai lu. Permettez-moi de rebondir sur l'un de vos propos: sir Lancelot n'a jamais pris ce qu'avait de plus cher notre bon roi Arthur; notre reine Guenièvre n'a jamais été perdue pour son époux. Seulement, notre roi a compris -et trop tard- que l'on pouvait aimer deux personnes intensément sans pour autant préférer l'une à l'autre, puisque je pense -mais là, je m'avance quelque peu- qu'elle fut le lien entre Lancelot et son roi. Seule la reine Guenièvre pourrait nous répondre… Ce fut un réel plaisir d'avoir l'occasion de converser avec vous et vous ne pouvez que vous féliciter d'avoir si bien éduqué Lancelot.

Recevez mes amitiés,

Sylvie