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Johanna
écrit à

   


Viviane

     
   

Lettre à Viviane

    Dame Viviane,

Très honorable Dame du lac, je souhaite vous demander la permission d’entrer dans l’île sacrée d’Avalon et vous prie humblement de m’instruire à la magie comme vous l’avez fait pour la fille de votre sœur, Morgane.

Je sollicite aussi votre aide pour métamorphoser ma sœur en crapaud (ou en grenouille) car elle l'a bien cherché. Si c’est possible, j’aimerais aussi toucher Excalibur, l’épée que vous avez remis au roi Arthur.

Je sais qu'en tant que grande prêtresse d’Avalon vous aurez peu de temps à m’accorder, mais je vous serais très reconnaissante de me répondre dans moins d’un siècle.

Tant que je vous écris, j’aimerais vous poser quelques questions concernant Merlin et Lancelot. Tout d’abord, est-il vrai que vous avez enfermé Merlin, votre professeur, dans la «tour d’air»? Si c’est vrai, pourquoi avez-vous fait une telle chose? Je me demande aussi pourquoi avez-vous enlevé Lancelot du lac.

Je vous remercie d’avance et ne vous donne ni mon numéro de téléphone ni mon adresse car je sais que vos pouvoirs sont immenses et que vous n’aurez aucun mal à me retrouver.

Je vous adresse mes salutations distinguées et vous fais part de mon plus grand respect.

Johanna


Oh la la, que de demandes, chère damoiselle! Je ne vais hélas point pouvoir accéder à toutes; le temps m'est compté effectivement et les années ne se comptent pas de la même façon à Avalon qu'en petite Bretagne! Votre missive me plaît bien et je vais faire en sorte d'assouvir quelque peu votre curiosité!

Tout d'abord, je ne puis vous faire entrer à Avalon: je n'ai pas les bonnes clés, hélas... L'île a disparu depuis un bon moment et même si je connais les méandres tortueux qui y conduisent, je n'ai point la possibilité d'y faire pénétrer des étrangers. Il faut, comme qui dirait, montrer patte blanche! Avec elle est partie aussi l'Épée fameuse du roi Arthur, la célèbre Excalibur qui repose au fond des eaux tumultueuses qui défendent l'approche de l'île... Il vous faudra attendre que le roi revienne parmi nous, et peut-être que là, si vous savez y faire.... Car, voyez-vous, tout est question de savoir-faire. Merlin n'a pas su s'y prendre avec moi, il lui a manqué cette distinction, ce savoir-faire dont il était pourtant le garant: il a voulu aller trop vite et s'est brûlé les ailes. Je m'exprime par image, je l'ai enfermé dans une prison en air tout simplement parce que j'ai refusé de me donner à lui malgré son insistance! Il savait ce qui l'attendait, lui qui savait déchiffrer le passé comme le futur. Il aurait pu éviter ça.

Je ne saurais pas quoi faire de votre numéro de téléphone ni de votre adresse: je n'ai pour répondre à votre missive que cet instrument moderne que j'essaie tant bien que mal de domestiquer.

Voilà, j'ose espérer que vous avez quelques réponses pour satisfaire votre curiosité!

Bien à vous,

Viviane la fée


Dame du lac,
 
Grande fée Viviane, je vous remercie de m'avoir répondu si rapidement et bien que cela ne fasse pas partie de notre projet scolaire, je vous écris de nouveau.

Tout d'abord, je vous remercie d'exister et de m'avoir tant inspirée: grâce à vous j'ai eu une très bonne note. Je suis navrée d'apprendre la disparition d'Avalon et d'Excalibur mais il me semble que tout ceci soit la faute de votre neveu Arthur: il a trahi Avalon en rompant le serment qu'il avait fait lorsque vous lui avez remis l'épée sacrée; il n'aurait jamais dû oublier les croyances d'Avalon pour le christianisme. Mais je dois vous l'avouer: je pense que Guenièvre y est un peu pour quelque chose. Je suis outrée de voir que dans toutes les histoires, il est quelqu'un d'irréprochable et que sa demi-sœur passe pour quelqu'un de monstrueux, mais il y a peu j'ai lu un livre qui a changé mon point de vue. Il s'intitule «Les brumes d'Avalon». Je me demande juste si j'ai raison de penser que Morgane est bonne et qu'elle ne fait qu'obéir aux règles d'Avalon. Je comprends maintenant pourquoi vous avez enfermé Merlin, mais c'est tout de même bien triste de voir que, même en sachant ce qui allait arriver, il ait continué. Mais il me semble que personne ne puisse changer le destin, comme le démontre l'histoire d'Œdipe le maudit. J'espère être un jour capable de ramener l'épée du fond du lac. D'ailleurs je commence déjà à m'entraîner sur ma sœur (je suis toujours bien décidée à la transformer en batracien). Je suis désolée de vous prendre encore une partie de votre précieux temps et vous remercie chaleureusement d'avoir pris la peine de lire cette lettre.

Je vous adresse mes salutations distinguées et vous fais part de mon plus grand respect.
 
Votre fidèle disciple et adoratrice,

Johanna


Chère Johanna,

Je suis contente que mes écrits aient pu t'aider et t'apporter quelque chose de positif. Mais une question me taraude: dis-moi, pourquoi t'obstiner à transformer ta petite sœur en batracien?

Bien à toi,

Viviane la Fée


Chère Viviane,

Ma sœur est pire que la peste, c'est comme une horrible maladie virulente qui prend plaisir à vous torturer l'esprit. Pauvre de moi qui dois la supporter chaque jour! Le batracien n'est qu'un exemple, je pourrais aussi bien la transformer en têtard ou en sauterelle, du moment qu'elle me laisse tranquille!

Bien à vous,
 
Johanna


Bonsoir Élodie,

Je ne sais pas si je brillerai pour ton anniversaire mais, je te le promets, j'aurai une pensée pour toi et peut-être l'entendras-tu... J'espère que tu n'es pas souvent triste, à quatorze ans l’on doit au contraire ouvrir de grands yeux et regarder tout ce qui se passe autour de soi! Mes quatorze ans sont bien loin, mais je me souviens de ces longues après-midi passées aux côtés de ma mère à la regarder préparer ses arcs pour la chasse, à l'accompagner à l'écurie pour caresser ses chevaux et aller avec elle nourrir ses chiens... J'ai beaucoup appris à ses côtés et je regrette qu'elle ne se soit pas occupée davantage de moi!

Bien à toi,

Viviane la fée.