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Lia
écrit à

   


Viviane

     
   

Fée d'internet?

    Bonjour... Je m'appelle Lia... sur Internet en tout cas.

Vous provoquez un drôle de sentiment en moi alors que je suis tombée par hasard sur votre site (je dis vous, puisque tout le monde le fait, même si je n'aime pas vraiment; ça met des barrières entre les gens), un sentiment étrange... je crois que l'on pourrait dire mélancolique, mais doux, mais blessant quand même... Pourquoi? Je ne sais pas trop... peut-être parce qu'une fée parle sur Internet... peut-être parce que je n'ai jamais vu de fée malgré le fait que je croie en elles...

Ce que je voulais demander, c'est pourquoi est-ce que vous aidez les gens sur Internet? pourquoi est-ce que vous n'allez pas les voir vraiment? Pourquoi? À force de ne pas voir ce en quoi on croit, de ne pas avoir de preuve de son existence, on finit par douter... et c'est comme ça que l'on devient adulte, et je ne veux pas être adulte...

Lia

Bonjour petite Lia,

Ta missive me touche au plus haut point, j'y vois comme un reproche, comme un regret... C'est mystérieux, le Pays de l'Enfance...

Je ne peux pas aller voir les gens, ce sont eux qui viennent, je reste cantonnée à Brocéliande et à Avalon: j'ai une mission, je suis Grande Prêtresse d'Avalon. À Brocéliande, ma demeure se trouve dans le parc du château de Comper: si tu en as l'occasion, n'hésite pas à venir me voir, j'essaierai de te montrer que chaque adulte garde une grande part de son enfance en lui, même si souvent il n'en a pas conscience... Comme je le disais à une autre amie, je crois que voir n'est pas ce qui compte le plus et je reprendrai donc cette maxime: «On ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux...»

Viviane la Fée

Ça me fait plaisir que tu aies répondu!

Du fait que vous êtes grande prêtresse d'Avalon, vous ne pouvez pas sortir de Brocéliande? Jamais? D'ailleurs, vous ne vous ennuyez pas, toujours au même endroit? Surtout que vous devez y être depuis longtemps...

Je suis désolée si vous avez senti un reproche dans ce que je vous ai dit; c'est juste que je suis une Enfant-Mirage, et puis aussi, ça m'a fait une drôle d'impression d'associer une fée avec des messages sur Internet... je pensais que la technologie c'était la magie des humains...

«On ne voit bien qu'avec le coeur...» c'est une jolie maxime que je connaissais déjà... mais moi je ne vois avec ni l'un ni l'autre, je me sers de mon imaginaire...

Non vraiment, je ne vous reproche rien, car on ne peut rien reprocher aux gens qui donnent du rêve, fées, humains ou n'importe quoi... «Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve», c'est dans «Emilie Jolie»... vous connaissez?

Oh, je viens de me rendre compte que je vous ai tutoyée, je m'en excuse, mais je l'ai déjà dit, je n'aime pas beaucoup vouvoyer les gens...

Lia.

Bonsoir Lia,

Je reste effectivement cantonnée dans la forêt, mais, tu sais, elle est si grande et si changeante que je n'ai vraiment pas l'impression d'être enfermée. Et lorsque je veux m'évader, il y a la possibilité d'enfourcher un nuage et de partir au gré du vent... Quoiqu'un bon grimoire puisse aussi avoir le même effet, et en plus, ça ne provoque pas le vertige!

Tu peux me tutoyer, d'ailleurs c'est bien ce que je suis en train de faire, il me semble.

Je pense sincèrement qu'il faut une part de rêve et une part de réalisme pour une vie pleine et enrichissante, il faut un juste équilibre entre les deux, c'est sans doute ce qui est le plus difficile à réaliser, mais lorsqu'on y parvient, alors tout est comme on le désire... Es-tu parvenue à cet équilibre?

Viviane la Fée


Bonsoir mademoiselle la fée,
 
Je suis contente de pouvoir te tutoyer, car pour certaines personnes il est important de se faire vouvoyer, certaines autres disent que c’est du respect et je ne veux pas être irrespectueuse (même si j’ai du mal à comprendre ce que c’est que le respect)… Enfin bref, n’en parlons plus.

S’envoler sur un nuage… ce que tu as de la chance! J’aimerais beaucoup pouvoir voler autrement que dans un avion, je trouve que la hauteur est grisante et très attrayante! En revanche, en ce qui concerne les livres, j’en lis moi aussi énormément!

J’aimerais bien être une fée, parfois (assez souvent en fait), mais toi, est-ce que tu as déjà eu envie d’être humaine?

Et pour l’équilibre rêve-réalisme, je ne crois pas que je l’ai atteint! Ma vie est beaucoup trop centrée autour du rêve! J’ai un imaginaire très développé, je parle beaucoup toute seule en me racontant des histoires! Des choses comme ça! J’ai d’ailleurs une véritable passion pour les histoires! Et je trouve la réalité un peu… pâle, à côté… mais je l’embellis avec mes histoires, et elle devient plus jolie!
 
Dis, est-ce qu’on peut dire que tu es une Dryade? J’ai une amie qui m’appelle comme ça: «ma petite Dryade préférée», et donc je me demande s’il y a une différence avec une fée!
 
Bonne nuit, jolie fée! Est-ce que tu rêves? Ou alors est-ce que tu as des rêves?

Lia

Bonjour,

Par moments, c’est vrai que j’aimerais être une humaine à plein temps, la condition de fée est parfois difficile à assumer, il faut quelquefois se retenir de montrer l’étendue de ses pouvoirs sous peine d’être regardée d’un autre œil. J’ai appris que sortir de la normalité est une chose très délicate dans le monde des humains…

J’aime les arbres, je les défends, je les protège. Peut-être qu’à ce titre je peux être considérée comme une Dryade, mais j’avoue que cela m’importe peu, l’essentiel étant de s’accepter et de s’assumer tel que l’on est.

Je rêve aussi, très souvent, que je suis repartie dans mon monde originel, le monde d’Excalibur et d’Arthur, le monde de Lancelot et Guenièvre…

Viviane la Fée


Bonsoir Viviane,

Ça je suis d’accord, rien que même entre humains, les rumeurs, les doutes et les médisances vont très vite et pour pas grand-chose… c’est dur à supporter que les gens parlent à voix haute et baissent le ton quand ils vous voient… ou alors les rires et les chuchotements… Mais est-ce que les humains ont une chose que les fées n’ont pas, mis à part le nombre?

Dis, j’ai vu un ami pourtant fier pleurer devant moi à cause de sa petite amie, et une amie chère perdue dans le doute entre le garçon de son cœur et celui de sa tête… Est-ce que c’est normal de les voir souffrir comme ça et dans un coin de son cœur leur en vouloir? Est-ce que ça veut dire que je suis jalouse? J’ai déjà été jalouse, bien sûr, mais ça ne ressemble pas vraiment à ça… Je crois qu’en fait je leur en veux de se plaindre alors que c’est parce qu’ils ont été amoureux et que moi je n’y arrive pas… Est-ce que tu as déjà ressenti des choses comme ça, comme eux ou comme moi?

Et tu crois au destin? Moi je ne sais pas trop: d’un côté je me dis que ce serait trop horrible d’avoir une vie toute tracée sans jamais avoir vraiment le choix, et aussi je pense qu’à certains moments c’est vraiment nous qui décidons de prendre le chemin de droite plutôt que celui de gauche… mais d’un autre côté…

Voilà voilà…

«Vis pour construire un rêve. Rien n’importe à part ça
Pour devenir qui tu voulais être, la vérité tu l’inventeras.»

C’est joli non? C’est dans un livre que je vient de finir, si jamais tu as accès aux livres humains, je te le conseille, il est poétique et très beau; il s’appelle L’Ombre de l’oiseau-lyre et il a été écrit par Andrés Ibáñes.

Lia (à qui tu aurais peut-être aussi des livres à conseiller?)


Bonjour Lia,

Désolée de ne pas avoir pu te répondre plus tôt: le beau soleil qui nous est offert en ce moment fait que je suis partie toute la journée me promener, revoir des amis et papoter un peu, tu devines comment ça se passe, j’en suis sûre…

Tout comme je suis persuadée qu’un beau jour tu rencontreras celui ou celle qui t’est destiné, je pense que c’est écrit à l’avance et que la seule chose que tu aies à faire est d’avancer sans te poser de questions… Persévère dans l’écriture, je parle en connaissance de cause, c’est une voie qui m’est chère… Je ressens aussi ce que tu éprouves lorsque tu «reviens» dans le monde réel, mais j’ai la satisfaction d’avoir créé une histoire, un texte, quelques phrases, et ça, je ne sais pas par quelle magie, mais ça m’aide, ça me réconforte. Mes personnages vivent en moi, je leur parle, ils agissent, ils réagissent tels que je me les imagine, c’est le plus important…

Voilà ce que j’avais à te dire aujourd’hui…

Bien à toi,

Viviane la Fée


Bonsoir,

Je suis toujours contente quand je reçois un de tes mots, ça me fait plaisir…

Je te pose beaucoup de questions, mais je me demande si au fond ça ne t’ennuie pas… n’hésite pas, toi, si tu veux savoir quelque chose, n’importe quoi, sur ma vie ou sur moi (je ne suis pas forcément intéressante, je sais, mais sait-on jamais…) Je voudrais te rendre ce que tu me donnes… ah oui, parce que tu participes à ma charge d’espoir que je redistribue ensuite!

Enfin bref, merci beaucoup.

Lia
qui te souhaite d’un jour connaître l’amour, parce qu’elle croit que malgré la souffrance qui peut un jour en venir, rien ne permet autant de se sentir vivant


Bonsoir Lia,

Je ne crois pas avoir déjà été amoureuse: peut-être est-ce ça que les humains ont en plus des fées, ils peuvent tomber dans le piège de l’Amour.

Tandis que moi… Bien sûr, j’ai déjà été «attirée» par certains humains mais je ne pense pas avoir été frappée de ce qu’on appelle communément le «coup de foudre»… Alors j’attends, ça viendra peut-être un jour, qui sait?

Le destin: une grande interrogation… J’y crois? Oui, certainement, on dit parfois «c’est écrit»… Mais je crois aussi que chaque homme est en mesure d’écrire son propre destin.

Bien à toi,

Viviane la Fée


Bonjour Viviane,

Euh… je crois que je suis mal placée pour te répondre. Ma famille m’apporte plus de contraintes que de bonnes choses (ma mère n’est pas tolérante et il se trouve que je n’ai malheureusement pas la même manière de penser qu’elle, donc elle… m’entrave sur beaucoup de points et mon père, bien que gentil, n’est pas très intelligent, et donc pas très intéressant, ce qui encore passerait s’il ne faisait pas tout et ne pensait pas surtout comme sa femme…). J’ai des envies de liberté, et ils m’en empêchent. Ça, ce serait le langage d’une crise d’adolescence, mais moi, j’aimerais juste qu’on ne soit pas obligés d’avoir les mêmes valeurs et les mêmes choses chères que ma mère sous prétexte qu’on est ses enfants… Tu vois, mes parents me déçoivent.

Malgré cela, je fais des efforts, j’écoute les histoires de mes parents, même si ma mère n’écoute pas les miennes et que mon père n’a rien à y répondre, je souris, je suis de bonne humeur, et j’essaie que ce soit communicatif, parce que mes parents ont beau être nuls en tant que tels, c’est grâce à eux que je vis, que je n’ai pas faim et tout et tout. C’est déjà une chose que ça apporte, la famille. Et puis, quand je suis fatiguée, quand je ne vais pas bien, ou que mon réservoir à espoir est vide, c’est ma famille du cœur qui me le remplit (c’est les amis, la famille du cœur)! et je crois qu’une famille, c’est surtout ça que ça apporte, du réconfort, du soutien, et un endroit sûr où toujours retourner. Ce sont aussi des gens qui ne te laisseront jamais tomber, qui t’accepteront telle que tu es, même si personne d’autre ne le fait… en théorie, du moins!

Je raconte à mes familles toute mes journées, peu importe qu’elles écoutent ou pas, on se sent moins seul comme ça… et la solitude est le pire des fardeaux pour les humains, ils ne la supportent pas, et il y a toujours quelque chose qui se casse en eux quand elle leur tombe dessus, quelque chose qui ne se répare pas ou en tout cas que l’on n’oublie jamais… et ça ronge et ça fait mal et ça brûle dès qu’on y pense… et au moment où on s’y attend le moins et où l’on croit qu’on est guéri, on se retrouve à pleurer le soir sous un arrêt de bus… Les fées ne doivent pas être sujettes au mal de solitude, ou alors, elles sont plus fortes et plus résistantes que les humains…

Avec mon amitié,

Lia


Bonjour Lia,

Eh bien soit. Tu dis que tu n’es pas intéressante, mais permets-moi d’en douter: je suis sûre que tu as plein de choses à raconter! Par exemple, vis-tu en famille? Moi qui n’ai jamais connu ça, j’aimerais bien savoir ce que cela apporte de plus?

Bien à toi,

Viviane la Fée


La solitude n’est pas pour moi quelque chose d’effrayant: de tous temps, les fées se sont retrouvées seules, à cause de leur particularité sans doute. Nous avons bien essayé, à plusieurs époques, de nous intégrer parmi les humains, mais nous avons dû déchanter très vite: comme je te l’ai dit, lorsque quelqu’un est différent, il est vite montré du doigt et pris en grippe… Cela ne nous a pas encouragé et nombre de mes semblables et moi-même préférons une vie solitaire et cachée, mais parfois je déroge à la règle et je participe anonymement à bon nombre de manifestations et événements qui se déroulent dans les villes et villages de ma forêt. Par exemple, l’été, il y a des journées de «reconstitutions historiques» des faits d’armes du roi Arthur, et il m’arrive très souvent de me glisser parmi les figurantes…

En revanche, j’aimerais beaucoup connaître l’Amour avec un grand A, ce que vous appelez le «coup de foudre»… L’as-tu rencontré?

Bien à toi,

Viviane la Fée


Vous tombez à pic, demoiselle la fée (je ne pense pas que tu sois mariée), j’étais justement en train de taper l’histoire d’une autre fée, un peu particulière. C’est un cadeau que j’ai fait à une amie, je l’avais écrite à la main dans un cahier. Maintenant qu’elle l’a lue, je la tape pour la faire lire à d’autres personnes qui la voulaient… Ça t’intéresserait?

En ce qui concerne l’amour, moi non plus je ne l’ai jamais rencontré, mais c’est pas vraiment étonnant… Je suis un peu trop… décalée… et les gens «comme tout le monde» ne m’intéressent pas. Je crois qu’en étant vraiment sincère je devrais ajouter que je suis trop orgueilleuse et aussi que je n’arrive plus ou pas (au choix) à faire confiance… Mais je ne m’en fais pas, je sais qu’un jour ça m’arrivera, qu’il y a forcément quelqu’un que j’aimerai et que si je ne le rencontre pas, ce sera par manque de chance ou de temps… et en ce qui concerne la chance, mon Caleb s’occupe bien de moi!

Et toi, tu as encore plus de chance que moi, comme tu n’as aucune limite dans le temps… Tu as juste à attendre et à continuer de chercher quand même un peu, parce que ce serait un peu trop simple si «tout vient à point à qui sait attendre» marchait vraiment… au fait, quel âge as-tu (à supposer que tu comptes encore), parce que parmi toutes les personnes que tu as déjà dû rencontrer, certaines t’ont bien un peu attirée, non?

Sinon, est-ce que tu as des amis, de vrais amis à qui tu confierais tout ce que tu as de plus cher? Parce que parfois, je me demande si l’Amitié, quand on lui met une majuscule, n’est pas une sorte d’autre déclinaison de l’Amour…

Que ta nuit sois pleine de rêves qui te charment et t’enchantent!

Lia


Bonsoir Lia,

Plusieurs choses m’interpellent dans ta réponse: qu’entends-tu par «décalée»?

Je n’attends pas et je ne cherche pas à rencontrer l’âme sœur, je pense que si ça doit se faire, ça se fera, on construit nous-mêmes un peu notre avenir, alors… Et puis je n’ai guère d’expérience en ce domaine, j’hésite, j’ai toujours peur de faire le premier pas, de m’aventurer au-delà des limites permises, ce qui fait que je passe sans doute souvent à côté de choses qui pourraient peut-être m’apporter le grand Amour. Je suis d’accord avec toi en ce qui concerne l’Amitié. Je pense que les amis sont irremplaçables et que cela fait un immense bien de pouvoir partager avec eux des moments intimes qui s’avéreront des perles de bonheur pour plus tard. Mais la limite est très étroite entre l’amitié et l’amour et je suis souvent déçue.

Je ne compte plus mes printemps, je laisse le temps tisser son canevas, je laisse les jours se succéder les uns aux autres, c’est dans ma nature, je subis un peu les événements, mais bon, j’y trouve mon compte puisque je suis quand même heureuse…

Bien à toi,

Viviane la Fée

P.-S. Ton histoire m’intéresse, j’adore les histoires de fées…


Bonsoir Viviane,

Quand je dis «décalée», c’est que je ne suis pas comme les gens… ou en tout cas, je n’arrive pas à me sentir pareille, je ne rigole pas au même moment, les choses importantes pour moi n’existent pas pour eux, et je ne suis pas triste non plus: pas pareille… non, mais en fait c’est juste que je suis cassée, c’est tout.

C’est aussi pour ça que je disais que je n’arrive pas à faire confiance. Avant, j’étais une caricature d’enfant: heureuse, confiante et toute gentille. Puis mes amies m’ont toutes abandonnée, du jour au lendemain, me laissant seule avec mes larmes… Ça fait mal de se faire trahir, ou tout simplement abandonner. Mes parents n’ont pas compris et ne savent pas donner de l’amour, même si je sais qu’ils en ont. Depuis, et par pure mesure de protection, je ne fais pas confiance aux gens. Pourtant, avec ma tête j’essaye de changer, je lutte contre, et je crois en tout le monde. Bref, j’ai eu beaucoup de mal à recommencer à m’ouvrir, je me suis beaucoup battue contre moi-même, et maintenant mon cœur est reparti, mais il a dix ans, alors je me comporte comme une enfant. D’un autre côté, je suis maintenant très résistante mentalement et, je pense, assez mûre… je suis différente, quoi… «Enfant sans âge, enfant mirage…»

J’ai marqué ça hier soir. C’est peut-être pas très clair, désolée… Ce qu’il y a, en fait, c’est que mon enfance est un «traumatisme» pas grave ni rien, mais j’ai peur, instinctivement, de m’approcher des gens, parce que, moi aussi, je suis souvent déçue, même avec mes amis les plus proches, mais c’est la vie… et puis moi aussi je dois les décevoir de temps en temps…

Caleb, lui, c’est ma bonne étoile, meilleur ami-grand frère protecteur, un peu tout ça et rien de ça… Je peux pas facilement l’expliquer… En tout cas, il m’aide et s’occupe de moi. Il est peut-être un peu fée garçon…

Est-ce un peu plus clair maintenant?
 
Oh, et pour «décalée», mais à un autre niveau: j’ai constamment la tête environnée de nuages. Je rêve beaucoup, je m’invente des histoires, j’en écris aussi… les personnages se développent dans mon cœur et dans mon imaginaire, mais ils n’existent pas, et les gens de la réalité ne sont pas si bien. Les rêves c’est comme une drogue, je le sais, et je fais attention à ne pas franchir la barrière «trop peu de réalité pour un corps réel». Bref, tu vois, je me suis étudiée, et très sérieusement, encore.

Bien à toi (je t’ai piqué ta réplique!), je vais aller réviser mon TPE, je passe mon oral demain (a pas envie). Les travaux pratiques encadrés, au cas où tu ne saurais pas ce que c’est, c’est une sorte d’exposé mais en plus gros, en dossier, d’une trentaine de pages environ.

Lia


Bonsoir encore une fois, Viviane. Voici mon histoire, en feuilleton.

Lia
 
Je claque la porte et je pars. Je ne reviendrai pas. J’en ai marre! Maman, Papa, je vous en veux. Grand Frère, je te hais! C’est toujours pareil, j’ai toujours tort! Tout le temps. Alex et donc Papa se foutent de moi, Maman baisse la tête, et moi j’ai envie de pleurer et je me retrouve trop souvent ici, sur le banc du lac au Cygnes. Je ne sais pas pourquoi il s’appelle comme ça, parce qu’il n’y a jamais de cygne dessus. En revanche, il y a toujours plein de gens qui passent, qui me regardent pleurer et qui ne s’arrêtent jamais, et qui détournent les yeux sous mon regard plein de larmes et de haine aussi. Parce que tout ces gens heureux qui trouvent curieux les larmes d’une petite fille me donnent envie de vomir. Ils ne savent pas ce que c’est, eux, le sentiment que si on n’existait pas, ça ne gênerait personne; alors leurs regards compatissants qui me blessent comme des lances, j’aimerais leur en crever les yeux!
 
C’est une grande qui arrive, maintenant. Dans le soleil fatigué de l’automne, ses cheveux sont roux doré, comme les feuilles avec lesquelles joue le vent. Elle est jolie. Elle arrive au banc, je lui prépare mon regard le plus méchant: une fille aussi jolie ne peut être qu’heureuse et je déteste les gens heureux! Elle doit avoir plein de gens qui l’aiment, des garçons, des amis, de la famille. Outch! Mon regard a dû lui faire mal, parce qu’à moi il brûle le cœur. Mais elle s’arrête, elle, et me regarde. Elle a eu mal, je l’ai vu, mais ce que je vois à présent, ce sont ses cheveux feuilles d’automne, et ses yeux d’eau. Je ne la trouve plus jolie maintenant, mais magique.

Mais… elle me sourit! Et elle approche! Va-t’en! Je ne veux pas de ta pitié!

— Ce n’est pas de la pitié.

Je n’arrive pas à y croire, elle s’est assise à côté de moi, elle me sourit de ses yeux bleu-gris… Elle a raison, c’est de la gentillesse, pas de la pitié.

— Hein? Mais comment…
— Oui, j’ai deviné ce que tu pensais.

Un petit rire, et un sourire. Il est beau, son sourire, si gentil. Mais il y a quelque chose derrière.

— Écoute – sa voix est si douce, c’est une voix d’enfant, alors qu’elle est grande comme Alex… je devrais être méchante, mais je n’y arrive pas – Écoute, petite fille – je fronce les sourcils, mais ça la fait sourire – je ne sais pas pourquoi tu es sur ce banc en train de pleurer, je ne sais pas non plus le nombre de personnes que tu as foudroyées du regard ou si c’était juste mon privilège – elle se moque de moi là, j’ai remarqué, mais bizarrement je ne réagis pas – mais tu sais, on est tous un jour malheureux, on a tous un jour des problèmes insurmontables, mais il ne faut pas abandonner, il ne faut pas fuir et se dire que de toute façon ça ne changera jamais, parce que si on fait des efforts, on se rend compte que finalement nos problèmes n’étaient pas si grands que ça.
— Tu crois que je n’en ai pas fait, des efforts? Mais plus j’en fais, plus c’est pire! Non mais tu te prends pour qui! Comme si tu savais de quoi tu parles!

Elle se contente de me sourire et ma colère retombe d’un coup: alors c’est ça qu’il y a derrière son sourire, dans le fond de ses yeux? De la tristesse…
Elle se lève, c’est normal, le soleil se couche. Mais au bout de dix pas, elle s’arrête, et j’entends sa voix qui se mêle au vent d’automne.

— Parfois, il y a des problèmes contre lesquels on ne peut rien, pas tout seul en tout cas. Mais il faut garder espoir et continuer à croire que nos efforts ne sont pas inutiles… Cependant, c’est si dur, c’est si dur, qu’il faut faire des pauses de temps en temps, des pauses dans la réalité…

Elle se retourne, et encore plus que les autres fois, on dirait que ses cheveux sont du soleil et ses yeux du ciel.

— C’est à ça que servent les rêves, et on n’est pas obligé de dormir pour en faire.
— Attends! Tu… il faut que je le demande… tu es une fée?


Bonjour Lia,

Je profite d’un moment de tristesse pour venir me ressourcer ici… Ton histoire m’a beaucoup plu, j’ai bien aimé. Tout ce que tu me racontes me montre une enfant très sensible qui ne comprend pas de la même façon que les autres le monde qui l’entoure. Je crois y déceler aussi un manque d’amour et la recherche de beaucoup de tendresse, mais je ne suis pas voyante, ce sont juste mes impressions comme ça, à travers la lecture de ton message. L’enfance est un pays mystérieux, tout comme le monde des larmes et des sentiments. Je pense qu’il ne faut pas se désespérer et accepter ce qui nous arrive sans nous poser trop de questions, l’essentiel étant quand même d’essayer d’être heureuse.

J’espère que je ne suis pas trop confuse et que tu comprends ce que je veux dire… En tout cas, je suis heureuse d’avoir trouvé du réconfort dans tes écrits, c’est peut être ça, l’amitié, non?

Explique-moi: le thème de ton exposé, c’est quoi? Et tu le passes dans le cadre de quelles études? Bonne chance.

Bien à toi,

Viviane la Fée


Bonsoir Viviane,

Ça me fait très plaisir que mon histoire te remonte le moral, parce que tu sais, c’est le moyen que j’ai trouvé, moi, pour continuer à pouvoir sourire: j’écris tout le temps. J’écris toute seule ou en couple, avec des amis ou d’autres personnes qui comme moi aiment écrire. J’ai quatre histoires commencées comme ça et un roman qui mûrit dans mon cœur depuis trois ou quatre ans, en même temps que moi.

Tu sais, je suis vraiment heureuse quand j’écris, parce que j’écris la vie comme elle n’est pas, je peux résoudre des problèmes et je peux donner du rêve… et si ça te réconforte, c’est peut-être parce que j’ai eu envie de te la donner, à toi que je commence à beaucoup aimer, comme à mon amie pour qui je l’ai écrite… C’est peut-être aussi parce que c’est une chose dans laquelle je m’investis tout entière…
 
Moi, je n’accepte pas. Je n’accepte pas ce qui arrive sans essayer que ce soit ce que je veux, et c’est une des raisons pour lesquelles j’écris, et je crois sincèrement que les histoires et les rêves peuvent changer les gens.
 
Et puisqu’on est dans ce que je crois, je pense qu’on peut parler d’amitié… parce que je t’ai raconté plein de choses, parce que mon cœur fait un petit saut de joie quand je reçois un de tes messages et puis simplement parce que tu m’as attirée, moi, la croqueuse de personnages (il y a certaines personnes comme ça qui m’intéressent sans que je sache pourquoi – des coup de foudre en amitié?!).
 
Quant à mes TPE, voici ce que c’est: on doit faire un travail de recherche, du mois de septembre à celui de janvier, sur un thème et un sujet dans ce thème, que nous choisissons nous-mêmes, et qui doit concilier histoire et français. Avec deux amies, nous avons choisi celui-ci: «Les contes des origines sur la création du monde et des astres» et nous avons essayé d’expliquer les ressemblances entre nos contes. Pourquoi le monde sort-il d’un œuf? Pourquoi plusieurs soleils au départ? et des choses comme ça, pour à la fin montrer que les hommes sont tous les mêmes créatures et ont donc des valeurs, des principes et des choses importantes semblables. Et aujourd’hui, je devais passer la soutenance orale de notre sujet (les TPE, c’est en classe de 1re), ce qui s’est plutôt bien passé, je pense.

Et maintenant, pour vous remercier de votre lecture, chère cliente, vous avez droit à la deuxième page de mon histoire! (Il y en a quatorze en tout.)

Lia

Un dernier sourire et elle disparaît au coin du chemin.
Un sourire, ça veut dire oui?
Je me réveille en sursaut dans mon lit. C’était un rêve. Qu’un rêve? Je ne me souviens pas.

— Émilie? Émilie, je peux entrer?

C’est Maman, elle a la voix d’après les disputes. Une dispute? Maman entre. Je ne lui ai pourtant pas dit oui, alors pourquoi elle me pose la question?

— Ma petite Émilie, il ne faut pas partir comme ça! Tu nous as fait peur hier soir!

Hier soir! Alors c’est vrai, j’ai bien rencontré une fée. Mais ça veut aussi dire que…

— Ma chérie… Maman me prend dans ses bras. Ça va aller ma chérie, sois forte. Sois forte, hein!?

Je repousse Maman, je me lave et m’habille vite, et je descends déjeuner.

— Tiens, t’es rentrée…

Ça, c’est mon père… Il n’y a pas une nuance d’inquiétude, de colère, de joie ou de reproche dans sa voix! Non, c’est juste une constatation.

— Je croyais que tu ne devais jamais revenir?!

Cette fois, c’est la voix moqueuse d’Alex, moqueuse et méprisante. Je serre les dents, je ne perdrai pas! Maman vient d’arriver, elle a entendu.

— Ce n’est pas gentil, Alex! On s’est fait du souci pour elle! Excuse-toi! le gronde-t-elle.
— M’excuser? Il y a un air de surprise sur le visage de Monsieur-sûr-de-lui-j’ai-toujours-raison qu’il affiche maintenant. Qu’est-ce que je déteste cette tête!
— Voyons Catherine, c’est cette petite cruche qui nous a causé du souci, c’est à elle de s’excuser.

Je me mords les joues, je dois tenir, même s’il ne s’intéresse pas assez à moi pour lever les yeux de son journal et se fâcher. Je ne pleurerai pas! Je ne pleurerai pas!

— Oui, tu as raison, mon chéri…

Voilà Maman qui se soumet, et je dois être forte, moi?! Je n’en peux plus, je vais craquer… J’ai encore perdu! Je pars en courant, je claque la porte. Je cours, je cours….Et je me retrouve devant mon bac du lac aux Cygnes. Je ne sais pas pourquoi, je pensais que la fée serait là… mais non, bien sûr.

Je prends mes genoux dans mes bras et je laisse le banc me consoler. Depuis le temps, on est amis. «Même si les problèmes semblent insurmontables, il faut continuer à faire des efforts.» Elle a dit ça, la fée… quelque chose comme ça. Mais moi, qu’est-ce que je peux faire? Mon frère est un génie, un vrai génie de plus de 180 de QI, alors Papa ne parle que de lui, ne pense qu’à lui, mon frère a toujours raison. Qu’est-ce que je peux y faire? Quand Alex a décidé quelque chose, tout le monde le suit. Sauf que moi, je ne veux pas! J’en ai marre qu’on ne voie que lui, moi aussi j’EXISTE! Tu seras bien obligé de t’en rendre compte un jour, Papa, je le jure!

Alors voilà, j’essaie de surpasser mon frère, sauf que moi, je ne suis pas un génie… J’ai beau bosser comme une folle, être la première de ma classe, de toute les 4es du collège, moi je n’ai que 19 de moyenne, seulement 19, alors qu’Alex a la même chose en terminale.

Le pire, c’est que moi, je ne suis pas intelligente comme lui, je n’ai même pas de facilités, alors je travaille tout le temps, jusqu’à pendant la récré, je suis toujours avec mes cours et mes cahiers, à réviser. Les autres m’appellent «l’intello»…

Si c’était vrai, ça me ferait plaisir, si c’était gentil, ça ne me dérangerait pas. Mais ce n’est pas le cas. Ils sont juste jaloux, il leur suffirait de travailler…

Un sourire yeux-couleur-d’eau s’inscrit dans ma tête: «Il faut garder espoir…» Je sais bien… oui, je sais. Merci la fée, je vais me lever. Oui. Je vais continuer à travailler, même si ça ne sert à rien… Mais comment je vais faire pour tenir?


Bonsoir Lia,

Je vois que nous avons pas mal de points communs: je trouve également refuge dans l’écriture, c’est une façon pour moi de m’évader et d’imaginer ce que j’aimerais que ma vie soit…

J’écris très souvent, trop souvent même, ce qui fait que le temps passe sans que je m’en rende compte, au détriment bien souvent de mon entourage: j’ai beau être seule, je suis souvent «entourée» de proches qui parfois ne conçoivent pas qu’on puisse rester comme ça à accrocher les mots bout à bout pour faire des phrases puis une histoire.

L’écriture est aussi une façon de se dévoiler pudiquement, non? Mon imagination me joue parfois des tours, j’écris beaucoup de choses assez fantasy… C’est sans doute égoïste, mais je ne pense pas souvent au lecteur, non, j’écris pour mon plaisir, sauf quand je commence à bien aimer mon interlocuteur ou interlocutrice… Aimerais-tu lire ce que j’écris?

Ouille, je trouve ton sujet de TPE assez ardu! Cela va te donner quoi? Quel débouché?

À bientôt!

Viviane
 
P.S. : Très bien, ton histoire…