Victoria, reine de France
       
       
         
         

louis.roubiac@web.de

      Paris, le 28 Xbre 1898

Madame,

Je prie Votre Majesté de croire que de ce côté-ci de la Manche vous conservez de loyaux sujets, qui n'ont jamais abandonné la monarchie légitime, que ce soit au profit des usurpateurs, Valois puis Bourbons, ou de la République. Nous considérons en effet que les seigneurs qui, en 1328, écartèrent du trône de France le roi d'Angleterre Édouard III, votre ancêtre, agirent en violation de tout droit; c'est ainsi que la Guerre de Cent Ans ne fut nullement une invasion, mais la tentative d'un roi légitime de reprendre ce qui lui avait été usurpé.

Par la suite nous déplorons la mort prématurée du grand Henri de Lancastre qui devait devenir roi de France à la mort de son beau-père Charles VI: quel grand souverain n'aurait-il pas été! Mais le ridicule ne s'ajoute-t-il pas à la honte quand nous voyons une pauvre fille, tourmentée par les désordres de son âge, s'imaginer entendre des voix célestes et croire que Dieu, qui regarde également tous les hommes, avait des prévenances pour les uns et prenait parti contre les autres? C'est ainsi que la France a dû subir la race maudite des Valois, avec ses cruautés et ses débauches.

Il reste pourtant, que Votre Majesté le sache, de bons Français qui ne se sont pas résignés. Dans la nuit de la Saint-Sylvestre, au douzième coup de minuit, toute ma famille se lèvera, nous chanterons le «God save the Queen» et nous porterons un toast à notre souveraine Victoria, par la grâce de Dieu Impératrice des Indes, reine de France et d'Angleterre.

Longue vie à Votre Majesté!

Louis Roubiac, pasteur à Sainte-Victoire.

 

       

 

       

Victoria R.I.

      Monsieur,

Nous répondrons exceptionnellement de façon personnelle à votre lettre vu son ton respectueux et les remarques fort intéressantes que Nous y lisons.

L'histoire de nos deux pays est remplie de rencontres parfois tumultueueses mais souvent bénéfiques. Les mariages ont été parfois un ciment, parfois une pomme de discorde, sinon une poire d'angoisse.

Vous comprendrez que Nous ne saurions commenter certains épisodes de l'histoire de France et d'Angleterre afin de ne pas envenimer des relations maintenant très cordiales et qui doivent le demeurer. Ayant Nous-même passablement de sang allemand, et étant consciente de la blessure que la guerre contre la Prusse a laissé dans le coeur des Français, Nous préférons prier pour la paix et continuer de placer Nos enfants et Nos petits-enfants sur les trônes européens dans l'espoir que ces liens favoriseront la paix.

Le Traité de Paris de 1763 a voulu que près de 60 000 sujets du Roi de France deviennent sujets du Roi d'Angleterre en Amérique du Nord. Ils semblent en être ravis. La Divine Providence s'occupera du reste.

Veuillez croire, Monsieur, en Notre sollicitude.

Victoria R.I.