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| Le 10 Novembre 1888, Madame, Veuillez pardonner l'audace d'une simple femme, qui n'a plus que vous et l'espoir qu'elle a mis dans votre personne. Je ne suis pas une femme de lettres, je ne suis pas une femme savante, je ne suis pas une femme fréquentable... je ne suis qu'une de ces «âmes perdues» de l'East End. Cette lettre vous semblera bien sombre, à l'image de nos coeurs et de notre espoir. Je n'ai pas toujours été ce que je suis devenue, Madame. Avant d'être la catin de Whitechapel, j'ai honnêtement travaillé. J'ai même voyagé dans divers pays, essayant d'échapper à mon destin. Mais, que faire, Madame, lorsque c'est Dieu lui-même qui vous a condamnée?? Nous vivons en enfer, Madame... Mais notre enfer se forge, depuis quelques semaines, sur les cris et le sang de nos amies, et la peur nous attend à chaque coin de rue. Que faire? Cet homme est-il fou au point de nous assassiner toutes? Je vous conjure, Madame, de faire quelque chose pour notre sécurité, car, nous avons depuis bien longtemps le sentiment d'avoir été abandonnées par notre Couronne. Je ne doute nullement des efforts entrepris par l'inspecteur Abberline, mais cette enquête ne semble aboutir sur rien de concret, et chaque jour qui passe peut être le dernier pour l'une d'entre nous. Aidez-nous, Madame! Nous sommes persuadées qu'un seul de vos mots peut briser notre enfer... Notre Reine a tout pouvoir. Si par hasard, ces quelques lignes étaient lues de vous, je ne cesserais jamais de prier le Ciel pour votre Santé, votre Règne, et votre Clairvoyance. Mary-Jane Kelly 10 Miller's Court East End London |
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| Mademoiselle, Nous n'avons pas l'habitude de répondre Nous-même aux lettres qui Nous sont adressées, sauf celles des membres de Notre famille ou de Nos amis. Celle que vous avez eu le courage de Nous adresser Nous a touché au point où il Nous semble approprié de rompre avec le protocole que Nous avons adopté. Il Nous a été rapporté qu'un mystérieux individu s'en prendrait à des dames de condition humble et de profession mystérieuse. La presse dite populaire aurait même émis des hypothèses allant du farfelu à l'outrageant. Sans oser dire que Notre Divin Maître et Créateur a peut-être voulu ainsi punir celles qui se sont écartées du droit chemin, Nous ne pouvons Nous empêcher de constater que les victimes de ce personnage sont toutes de vie dissolue. Pouvons-Nous, comme vous semblez vouloir le laisser entendre, remettre ces pauvres créatures dans le sentier de la vertu par une seule de Nos paroles? Si tel est le cas, Nous n'hésiterons pas une seule seconde à dire bien haut: Repentissez-vous! Retrouvez votre dignité! Revenez à Dieu! Si en revanche votre demande avait pour origine un affreux ragot voulant qu'un de Nos petits-fils soit le coupable, sachez qu'il ne faut pas écouter les ennemis du Trône qui sont aussi ceux du Royaume, de l'Empire et du peuple. Ce pauvre enfant est incapable de ce qu'on lui reproche. Nous allons prier pour vous et vos semblables et demander au Tout-Puissant de vous épargner d'autres souffrances. Nous Nous permettons de vous faire une suggestion: Notre amie et dévouée dame de compagnie Lady Maude Pimply-Simpleton, a fondé avec l'héritage de son feu père, Lord Rupert Pimply-Simpleton, 7e vicomte Witless, une oeuvre très méritoire connue sous le nom de The Repentant Fallen Women's Shelter. Vous y serez accueillie avec empressement. Nous avons Nous-même brodé la taie d'oreiller sur laquelle vous pourrez trouver un sommeil bienfaiteur. Avec Nos prières, Victoria R.I. |
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| Votre Majesté, Je me permets une nouvelle fois, de vous adresser cette lettre, afin de vous témoigner toute ma gratitude et toute ma dévotion. J'avoue que je n'aurais jamais imaginé, même dans mes plus folles espérances, que Notre Souveraine Bien-Aimée porterait un regard compatissant sur notre modeste condition. Votre lettre inespérée a éclairé ma vie et m'a permis de prendre de sages résolutions. Je m'apprête à me rendre dans cette institution, «The Repentant Fallen Women's Shelter», que votre Bonté a bien voulu m'indiquer et je suis désormais fermement décidée à prendre mon destin en main. Je m'étais laissée enfermer, trop fragile pour en sortir, dans ces rues sordides et pestilentielles de Whitechapel, mais grâce à vous, Madame, mes yeux se sont ouverts sur les opportunités de la vie terrestre. Demain, je quitterai mon misérable meublé de Miller's Court, et j'irai faire pénitence, priant tous les jours, pour le Salut de Ma Sainte-Souveraine. Là-bas, j'aurai toutes les forces nécessaires pour reconstruire une existence digne... Puisse le Seigneur vous bénir, Majesté, et vous guider dans votre glorieuse tâche. Mary-Jane Kelly 10, Miller's Court East End London |
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| Monsieur, Sa Majesté m'a demandé de répondre à votre lettre au sujet de Mademoiselle Mary-Jane Kelly. La Reine ne lit pas le Penny Illustrated Paper. Sir Trevor Pyss-Pott Écuyer ordinaire de la Chambre Royale |
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| Monsieur, Loin de nous l'idée d'imaginer que Notre Reine pouvait, ne serait-ce qu'un instant, s'intéresser à un journal aussi trivial que le Penny Illustrated Paper. Nous avions simplement tenu à envoyer à Sa Majesté la lettre que lui adressait Miss Kelly et que nous avions retrouvée dans la chambre de celle-ci, en découvrant son corps atrocement mutilé. Mary-Jane Kelly a été victime de celui que les journaux ont surnommé Jack L'Éventreur, à un moment où elle se décidait à changer résolument le cours de son existence. À croire que l'homme n'est pas maître de son destin, et qu'hélas, Dieu avait décidé d'une tout autre voie pour la femme repentante. Cordialement, |
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| La Reine a un sens de l'humour bien à Elle. Du moins, Elle aime le laisser croire. Ne vous en faites pas trop... |