Elegy Lovett
écrit à

Boris Vian
| Bonjour monsieur Vian! J’ai vraiment adoré votre livre, «L’Écume des jours»! C’est, hélas! le seul livre que j’ai lu de vous... Mais j’en lirai d’autres! Je voudrais savoir comment vous avez fait pour écrire un livre du genre merveilleux, comment vous avez fait pour mélanger le réel et le surnaturel pour que ça devienne un monde qui pourrait exister, car quand je le lis je me dis que tout cela serait possible dans notre univers! Ce qui m’a beaucoup plu comme idée, ce sont les vitres qui se réparent elles-mêmes, je ne sais pas pourquoi mais ça m’est resté dans la tête! Si vous avez le temps de me répondre... Elegy Lovett Bonjour, Tout d'abord, je tiens à vous présenter mes excuses pour ce retard. Ma santé n'est guère brillante en ce moment et le rythme de mes activités s'en trouve particulièrement ralenti. Je suis vraiment touché par vos compliments. Vous n'imaginez pas à quel point je suis heureux de me dire que, dans cinquante ans d'ici, on me lira et on m'appréciera! Jamais je n'aurais imaginé que mes textes seraient lus et aimés par plus de lecteurs que je n'en ai jamais eu jusqu'à présent et que mes livres seraient décortiqués dans les écoles! Votre question est intéressante. Comment vient l'inspiration? Je réfléchis peu à la manière dont j'écris. Je veux dire par là que je travaille très vite, même si j'écris des plans, et que je n'ai pas le temps de regarder en arrière pour regarder le chemin accompli. «L'Écume des jours», c'est de l'histoire ancienne... Vous avez raison, j'ai essayé d'évoquer un monde qui pourrait exister. Tout le monde a des points communs avec Colin, Chloé, Chick ou Alise. Je, tu, il voudrait être amoureux... Ils évoluent dans un monde qui est le reflet des sentiments de Colin; plus la vie qui est autour de lui se referme, plus l'appartement rétrécit et s'assombrit. Les vitres qui se réparent toutes seules... Il y avait une chanteuse très à la mode avant la guerre. Mireille, elle s'appelait (elle s'appelle toujours mais les temps ont changé). Son univers est très poétique. Pour elle, les clefs ou le sac à main que vous cherchez partout depuis trois jours, c'est l'oeuvre d'un lutin farceur! Pourquoi les vitres ne se répareraient-elles pas toutes seules? et pourquoi les petites souris ne regarderaient-elles pas leur reflet tous les matins à travers les carreaux de la salle de bains en guise de miroir? Il est évident que le poète écrit sous le coup de l'inspiration... Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien! Bien à vous, Boris Vian |