Isa
écrit à

Boris Vian
| Cher monsieur Vian, C'est pour moi un immense honneur de pouvoir vous écrire. Je voudrais avant tout vous parler de «L'Écume des jours»: quel livre formidable! Je l'ai lu pour la première fois à l’âge de quinze ans et je dois vous avouer que, si je ne mettais pas un point d’honneur à terminer un livre, j'aurais interrompu ma lecture. Quel agacement ai-je éprouvé à partir de la maladie de Chloé: tout me semblait incroyablement désordonné et improbable; cette fin «marchait sur la tête» -si vous me pardonnez cette expression! Autant dire que j'ai détesté –ah, rationalisme quand tu nous tiens! Mais à la fin, les innombrables larmes que vous m'avez fait verser m'ont ouvert les yeux; je me suis alors véritablement réconciliée avec votre roman. J'ai l'ai relu aussitôt la première lecture achevée, sans m'interrompre une seule seconde (une de mes pratiques courantes: je cesse de vivre tant que dure ma lecture) et là, révélation, j'ai adoré ce roman! Quelle poésie et quelle vérité! Mais quelle tristesse aussi. Votre livre m'a véritablement bouleversée, à un point que je ne saurais dire. Cette incroyable façon que vous avez d'imager les sentiments et la tristesse… plus qu'une description réaliste, ces images nous font ressentir la profondeur des émotions! Je me suis empressée de lire vos autres romans et j'ai toujours retrouvé cet élan de stupéfaction aux premiers chapitres -ma trop grande rationalité refuse de lâcher prise! «L'Arrache-Cœur» m'a touchée à un point que je ne saurais dire! Quelle incroyable description de l'amour maternel, traduire ces concepts abstraits en mots relève d'un incroyable génie! Les lettres s'effacent pour ne laisser place qu'à la puissance de la vie, c'est inexprimable! «L'Automne à Pékin», quel génie là encore! Je vous remercie donc très sincèrement pour ces brillantes leçons de vie et cette émotion incroyable que vous nous faites ressentir. Vous êtes sans conteste l'un des plus grands génies littéraires qui soient! Isa, une admiratrice toute teintée d'émotion! Bonjour mademoiselle, Ah, la folle jeunesse... L'enthousiasme... Je suis ravi d'avoir pu vous toucher à ce point. Mais lisez, lisez Céline, Rimbaud, Jarry, Baudelaire, que sais-je... Vous aurez peut-être une idée plus juste du génie littéraire! Amicalement, Boris Vian |