Aurélie
écrit à

Boris Vian
| Cher Monsieur Vian, Je me permets de vous féliciter pour l'ingéniosité dont vous faites preuve dans chacun de vos romans. D'où vous est donc venue l'idée du pianocktail ? J'aime aussi beaucoup votre interprétation du «Déserteur». Un grand bravo pour toute votre œuvre. Aurélie Bonjour madame -ou mademoiselle, Vos compliments me font particulièrement plaisir. Je ne pensais pas être un écrivain ingénieux; ma foi, comme je suis ingénieur, pourquoi pas? Avez-vous lu «À rebours», d'Huysmans? Vous y trouverez l'ancêtre (très primitif) du pianocktail. Vous imaginez, un instrument de musique servant aussi de l'alcool? Quel rêve! J'y ai souvent pensé pendant la guerre. «Le Déserteur»... Je suis surpris qu'on apprécie mon interprétation. D'abord, parce qu'à part mon ami Mouloudji, les candidats ne se sont jamais vraiment précipités; apparemment il y en aurait eu plusieurs à votre époque! Ensuite, parce que je ne me sentais pas vraiment à l'aise quand je l'ai chanté chez Canetti. Le public n'a pas vraiment apprécié; j'ai été hué, chahuté, on a même failli en venir aux mains avec un militaire... La chanson a été censurée. J'ai beau avoir voulu la défendre jusqu'au bout devant mon public, elle me rappelle de bien mauvais souvenirs... C'étaient pas des jolis jours! Amicalement, Boris Vian |