Matthieu
écrit à

Boris Vian
| Bonjour, Ma salutation est un peu convenue, mais il ne m’en vient pas d’autre. J’ai beaucoup aimé L’Herbe rouge, avec cette espèce de désespoir. Mais ma question concerne Le déserteur, et surtout sa fin. J’ai lu que la fin originale était: «Si vous me poursuivez prévenez vos gendarmes que je serai en armes et que je sais tirer.» Et que vous avez changé à la suite d’une demande de Mouloudji en: «Si vous me poursuivez Prévenez vos gendarmes Que je n’aurai pas d’armes Et qu’ils pourront tirer.» Est-ce que vous avez effectivement changé la fin, ou était-elle pacifiste dès le départ? Merci. Matthieu Bonjour, Merci de votre remarque concernant «L'herbe rouge»; c'est peut-être le roman où j'ai le plus donné de moi-même et, comme les autres, il n'a pas été compris! Pour répondre à votre interrogation sur la chute du «Déserteur», la fin originale était au départ: «Si vous me poursuivez/Prévenez vos gendarmes/Que j'emporte des armes/Et que je sais tirer.» Comme l'heure n'était pas à ce genre de sujet, ma chanson a été censurée à la radio et j'ai dû effectivement en modifier la fin, ne serait-ce que pour la chanter moi-même! C'est donc la rage au cœur que j'ai dû lui donner la chute que vous écrivez. Quant à Mouloudji, qui tenait à inscrire «Le déserteur» dans son répertoire, c'était encore plus difficile... Le conflit avec l'Algérie commençait! Il a donc choisi de modifier certains vers avec mon accord. Si ça vous dit, je parle aussi de cette chanson dans d'autres échanges intitulés également «Le déserteur» (je précise que je ne choisis pas les titres des lettres qu'on me fait parvenir!). J'espère que ma réponse vous a convenu, et au plaisir de vous relire! Boris Vian |