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Louise-Emmanuelle 
écrit à
Boris Vian
Boris Vian

Le déserteur (2)


    Bonjour,

Je vais être franche, je ne connais que deux de vos œuvres: «Le Déserteur» et «L’Écume des jours». J’ai découvert votre chanson (d’ailleurs était-ce une chanson ou un poème quand vous l’avez écrit?) avec Joan Baez. Je ne sais pas si vous la connaissez, elle a beaucoup milité pour la paix dans le monde et s’est élevée contre tous les conflits. J’ai été bouleversée par les paroles (si justes, si belles), et j’ai été ravie en apprenant que le texte était de vous. Ravie car je vous connaissais déjà avec «L’Écume des jours».

J’ai adoré ce livre, qui m’a marquée. J’aime la façon dont vous glissez des détails surréalistes (peut-on les appeler ainsi?) dans un contenu normal (notamment le nénuphar dans le poumon de l’un de vos protagonistes -pardonnez-moi si je me souviens plus du nom, je l’ai lu il y a quelques années déjà et bien d’autres lectures se sont ajoutées depuis).

Je voulais vous faire part de mon admiration, tout simplement. Vous écrire me donne envie de lire d’autres œuvres de vous. Quelles sont vos préférées? Laquelle me conseilleriez-vous, après «L’Écume des jours»?

Ma missive est peut-être un peu longue, veuillez m’en excuser.

À bientôt j’espère,

Louise-Emmanuelle


Bonjour mademoiselle,

Merci beaucoup pour vos compliments. Décidément, depuis que l’équipe de Dialogus m’a demandé de participer à cette aventure, j’ai plus d’admirateurs que je n’en avais jamais eu auparavant. Ça me fait un drôle d’effet d’être autant apprécié dans le futur et si peu dans le présent!

Je ne connais pas Joan Baez mais je suis très touché que ma chanson soit toujours interprétée par d’autres. Je l’ai moi-même interprétée lors d’une tournée musicale organisée par Jacques Canetti il y a quelques années et j’ai eu parfois beaucoup de mal à l’imposer sur scène. Il faut préciser que je l’ai écrite et chantée en pleine guerre d'Indochine… «Le Déserteur» a même été censuré sur les ondes et mon ami Marcel Mouloudji, qui l’interprète aussi, a eu également des ennuis.

Vous me demandez quelle est l’œuvre de moi que je préfère. J’avoue que je suis assez fier de «L’Herbe rouge». Attention cependant, je préfère vous préciser qu’il est peut-être assez dur à lire, assez amer -mais peu de mes romans sont joyeux! Si vous préférez aborder un texte plus léger, lisez plutôt «Vercoquin et le Plancton», ça vous donnera une idée de l’atmosphère des surprises-parties que nous donnions à l’époque de ma lointaine jeunesse! J’ai également écrit un certain nombre de nouvelles mais je ne sais pas si elles sont toujours publiées.

Je vous souhaite de saines lectures!

Amicalement,

Boris Vian
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