Mélanie
écrit à

Boris Vian
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Bonjour cher Monsieur, Chère et attentive Mélanie, En effet, comme vous avez pu le remarquer, je suis relativement jeune car je n'ai que dix-huit ans. Actuellement, je poursuis mes études en terminale Sciences Médico-Sociales dans le but de devenir orthophoniste. Mais ma vraie passion est l'écriture et j'aurais aimé pouvoir devenir poète ou écrivain. Non, malheureusement, je n'étudie pas vos textes au lycée... il s'agit seulement d'une passion personnelle pour vos oeuvres et votre style d'écriture. J'espère que vous n'allez, néanmoins, pas être trop déçu de ma réponse... mais je suis certaine que dans d'autres lycées (un peu plus généraux, notamment dans la filière littéraire) vos textes sont très appréciés. En revanche, c'est au collège que j'avais eu l'opportunité d'analyser «L'écume des jours»! Et que, de ce fait, je vous avais découvert. Votre livre était tout simplement merveilleux! Un chef-d'oeuvre de la littérature, soyez en certain! Je l'avais particulièrement apprécié car il mélangeait la musique (en l'occurrence le jazz) avec une histoire d'amour tout à fait émouvante. Vos chansons, je les ai découvertes, quant à elles, seulement depuis peu car j'ignorais auparavant que vous étiez également dans le domaine musical. Je suis une grande fan des chansons à textes comme les vôtres ou celles de Brassens. Je déplore que de mon temps, il n'y ait plus autant d'attrait pour la signification des paroles dans la chanson. Récemment, j'ai écrit un petit poème (sur le modèle de Jacques Prévert) que j'aimerais vous transmettre. C'est, en quelque sorte, mon cadeau pour tout le plaisir que vous me donnez quand j'écoute vos chansons... Discrimination Passagère Les gens passent passent tête basse Et les passants les regardent passer Au coin de la rue qui passe et dépasse à présent l'humanité. Les passants se moquant des gens qui passent se surpassent en riant de plus belle de leurs enfants Noir jaune ou blanc quand on aime on dépasse les idéaux chancelants qui gâchent la vie des gens. Il faudra bien que tous les passants s'y fassent les gens ne vont pas pour autant arrêter de passer Il y aura toujours de la vie dans l'horloge d'en face pour qu'un jour leur couleur vienne à s'oublier. Il est morne le visage de ces gens désespérés quand la lumière du soleil doucement se place sur leur face grossièrement maquillée d'une couleur tenace qui ne s'efface. Les gens passent passent et se tassent ils se tasseront toujours pour faire de la place aux passants qui passent sur la même place que ces gens subissant des plaisanteries salaces. A présent que les temps ont coulé que l'eau sous les ponts s'est déversée Les passants trépassent trépassent dans la baie des Trépassés. A mon tour, je vous remercie d'avoir bien voulu me répondre et vous souhaite de passer une excellente journée, Amicalement, Merci, chère Mélanie, de votre poème et de la confiance que vous voulez bien m'accorder. Je suis vraiment touché. Je l'ai bien apprécié et l'ai trouvé (peut-être curieusement?) inspiré par le jazz au point de vue rythmique du terme (l'utilisation du rejet et des occurrences). Votre liberté de ton me fait penser au style de mon voisin et ami Jacques Prévert. Je pense que je lui soumettrai votre texte, car je ne crois pas qu'il fasse partie des personnalités de Dialogus. Vous devriez continuer sur cette voie. Pourquoi diantre écrivez-vous "j'aurais aimé pouvoir devenir poète ou écrivain"? Mais, bon sang, devenez-le! Est-ce que les études vous en empêcheraient? Vous savez, il n'existe pas -du moins, à mon époque- d'études pour devenir écrivain. Cela apparaîtrait même comme une aberration... J'ai bien écrit «Trouble dans les Andains» quand j'étais à Centrale! Il faudra bien que vous gagniez votre vie, je suppose? Hé, ce n'est pas parce que vous vous engagez dans des études que votre talent d'écrivain doit être freiné ou bridé! À dix-huit ans, votre vie commence, vos textes aussi! Foncez, Mélanie! Ainsi, vous souhaitez devenir orthophoniste! Je ne connais pas ce métier, mais si mes souvenirs en grec sont bons, vous souhaitez corriger les voix... Ce doit être un beau métier. Pourriez-vous m'indiquer plus précisément en quoi il consiste? Je pense que votre époque m'aurait beaucoup intéressé! Quelque chose dans votre message me laisse perplexe. Vous me parlez de collège. S'agit-il de ce lieu d'excellence qui existe dans les pays anglo-saxons, après l'équivalent du baccalauréat? En ce cas, comment avez-vous pu fréquenter le collège avant le lycée? Mettons les idées au clair: pour moi, un lycée, c'est un établissement scolaire fréquenté par une élite (malheureusement) de la sixième à la terminale incluse. Les temps ont-ils changé, ou est-ce moi qui comprends mal? Au revoir, chère Mélanie, et soyez bien assurée de mes amicales pensées, Boris Vian |