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Bonjour,
J'ai adoré L'Écume des jours! Je voulais savoir à quoi vous pensiez en écrivant, et comment vous imaginiez un tel monde.
À bientôt
Marine
Chère Marine,
Votre message me fait chaud au coeur. Décidément, L'Écume des jours
semble plaire particulièrement aux lecteurs de votre époque! Une autre
charmante lectrice m'a déjà posé la première partie de votre question.
Je lui ai répondu. Passons donc un peu à la deuxième partie...
Je
pars généralement d'une idée qui m'est venue et qui me sert de point de
départ pour développer mon texte. Comment j'imagine le monde dans
lequel j'écris, c'est très difficile à dire, pour ainsi dire
impossible. Un peu comme si vous ouvriez mon crâne pour regarder les
idées qui sont à l'intérieur! L'imagination n'est pas quantifiable.
Tout ce que je peux vous dire, c'est que j'ai toujours veillé à ce que
mes romans ne soient pas des textes plaqués à la Zola, qui tue
l'imagination de ses personnages! Le naturalisme, pour être poli, me
paraît plat et fade. Je veille toujours à ce que mes romans mettent en
valeur le regard du héros (en l'occurrence Colin dans L'Écume des jours),
et donc ses rêves, ses idées... Avez-vous remarqué que les murs de la
maison rétrécissent au fur et à mesure que Chloé s'enfonce dans la
mort? J'ai essayé de transcrire un sentiment d'angoisse épouvantable
chez Colin, un peu comme si sa tête était prise dans un étau.
Pour
moi, laisser parler les sentiments et l'imaginaire de mes personnages
est beaucoup plus proche de la réalité que celle, toute plate, dont
parle Zola... Comme si la réalité n'existait que dans les faits -et
d'ailleurs comme si l'objectivité totale était possible! Avec ça que le
narrateur ne prend jamais parti dans les romans naturalistes!
Je
ne peux pas vous dire exactement comment mon imagination fonctionne, et
je ne veux pas le savoir d'ailleurs! Mais beaucoup de choses
m'inspirent autour de moi. La petite souris amie de Colin a sans doute
des cousines dans les courts métrages de Walt Disney. J'aimais bien
aller au cinéma avec mes enfants quand ils étaient petits...
J'espère avoir répondu à votre question. Si vous avez aimé L'Écume des jours,
vous pouvez lire mes autres romans qui sont, paraît-il, toujours
publiés à votre époque. J'emploie toujours un peu le même style...
Je vous souhaite de bonnes lectures!
Boris Vian
Bonsoir,
Merci de votre réponse, mais je n'arrive pas à
trouver la question de «l'autre charmante lectrice», la première partie
de ma question est donc sans réponse et pourtant elle me tient plus à
coeur depuis que j'ai lu une de vos nouvelles!
À très bientôt,
Marine
Chère Marine,
Ah, là là ! Les retours de vacances sont toujours
un peu difficiles. Dialogus se remet en route progressivement. Il
vous faudra un peu de patience encore.
J'espère que vous avez pu
profiter de ces décalages spatio-temporels pour me lire? Mes nouvelles
sont souvent amusettes, ce sont mes romans qui m'occupent véritablement!
Avec mes respecteuses salutations,
Boris Vian
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