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Bonjour monsieur Vian,
Je vous écris cette lettre car mon professeur nous a fait lire
«L'écume des jours» et j'ai adoré ce livre.
Pouvez-vous m'expliquer comment l'idée vous en est venue?
Séverine
Bonjour mademoiselle,
Décidément, j'éprouve toujours une grande joie
teintée d'un pincement au cœur en lisant les messages que je
reçois par l'intermédiaire de Dialogus. Ce sont presque
toujours les jeunes gens qui m'écrivent. Ils étudient
généralement l'un ou l'autre de mes romans au
lycée, ce qui m'apparaît extraordinaire. Si vous pouviez
remonter le temps et expliquer aux passants de 1959 qu'on
étudierait plus tard mes ouvrages en classe, on vous regarderait
avec la compassion qu'on a pour les fous (encore faudrait-il que ces
passants aient entendu parler de moi, d'ailleurs...)!
Vous me demandez un effort de mémoire qu'il m'est difficile de
fournir: je suis beaucoup plus fort pour regarder devant moi que
derrière! D'abord, parce que le temps me court après et
que mon cœur n'en finit plus de courir devant. Ensuite, parce que cette
époque -celle où j'ai écrit «L'Écume
des jours»- me revient parfois en pleine figure. C'étaient
des jolis jours, les plaisirs étaient faciles, les filles aussi
et les envahisseurs partis. Je pouvais jouer de la trompette toutes les
nuits et danser jusqu'au matin, et retourner à l'AFNOR (mon
employeur de l'époque) ensuite, caler mon pied dans un tiroir et
écrire en paix sur mon bureau...
Parole! J'étais payé à ne rien faire, alors,
autant écrire... Les romans naissent souvent de l'ennui, vous
savez! Ce qui m'en a donné l'idée... Mais tout, voyons!
La musique de jazz, les dessins animés, le monde nouveau que
l'Amérique nous apportait sur un plateau... Enfin, je ne devais
pas être aussi superficiel que ça, vu que la maladie me
taraudait déjà, et la mort, donc!
J'espère avoir répondu le mieux possible à votre
question et je suis disponible pour toute autre interrogation.
Amicalement,
Boris Vian
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