Rémi
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Boris Vian
| Bonjour monsieur, J'ai lu que vous étiez un bon trompettiste de jazz et un fervent admirateur de Duke Ellington (ce que je suis également); pour preuve les nombreuses références musicales que vous glissez dans vos oeuvres (j'ai beaucoup apprécié le piano-cocktail pour ma part). De plus, votre style si particulier dans «L'écume des jours» m'évoque les techniques d'improvisation du jazz, si l'on pouvait faire un audacieux parallèle écriture-musique. Que pensez-vous de cette dernière réflexion? Quels ont été vos réels contacts avec Duke Ellington? En vous remerciant de votre réponse, soyez assuré de mon admiration pour vous et votre oeuvre. Rémi Bonjour, C'est drôle, plus je lis les réflexions de mes lecteurs d'aujourd'hui et plus j'ai l'impression que ceux de mon époque -les critiques surtout- ont le cerveau atrophié! Vous avez parfaitement raison de penser que mon style s'inspire directement du jazz. À l'époque où j'ai écrit «L'Écume des jours», je jouais dans l'orchestre de Claude Abadie, et on était engagés un peu partout. On a joué pour des GI's, pas mal. On a même fait une tournée en Belgique, un paradis pour nous -on y trouvait des denrées rares, notamment du tissu, on en avait acheté des kilomètres et on les avait planqués dans les ouïes de la contrebasse... C'est loin tout ça! C'étaient de jolis jours! Attention cependant, je n'ai pas improvisé dans «L'Écume des jours». J'écris facilement mais je retravaille toujours mes manuscrits. Simplement j'essaie de donner un ton, un rythme qui fassent penser au jazz. Mon pianocktail vous a plu? Moi aussi; je suis particulièrement fier de la touche qui correspond à l'oeuf battu! Ce qui nous ramène au Duke, qui est pour moi l'un des plus grands. Avec, ce qui ne gâche rien, une humilité qui caractérise cet immense musicien: il sait réunir les plus grands et il les laisse improviser -tout en dirigeant sa formation d'une main de fer. Je connais bien peu de très grands musiciens de jazz qui ne soient pas noirs. Quelques exceptions, comme Bix, que j'apprécie tout particulièrement. C'est lui qui m'inspirait quand je jouais. Je n'étais qu'un «amateur marron», je dirais. Mais depuis un peu moins de dix ans, j'ai dû ranger ma trompinette. Les merdecins. Le coeur. D'ailleurs, la seule fois que j'ai dérogé à la règle, je me suis retrouvé avec un oedème pulmonaire. C'est donc le fils d'un ami qui en a profité... Continuez à écouter du jazz, c'est une des plus belles choses qui soient -quand c'est du bon jazz! Amicalement, Boris Vian |