Cécile
écrit à
Des sous-entendus...
| Bonsoir, Je viens d'achever la lecture de l'un de vos célèbres ouvrages, L'écume des jours, mais je crains n'avoir pas tout saisi en ce qui concerne votre style d'écriture chargé de sous-entendus. Ainsi, je n'ai pas réussi à comprendre ce que vous vouliez exprimer en parlant de la chambre de Chloé qui rétrécit, et surtout quand, à la fin du roman, vous achevez votre oeuvre avec la mort d'Isis. Comment cette dernière est-elle morte exactement? Je vous remercie d'avance pour vos réponses. Amicalement, Cécile Bonjour Cécile, Touché que vous consacriez de votre temps à lire «L'Ecume des jours». Je crois que vous vivez en 2006: il y a soixante ans que j'ai écrit ce roman, et j'ai essuyé un gros échec à sa publication. Aussi, les messages de mes lecteurs dialoguséens m'apparaissent-ils comme une revanche, en quelque sorte! Il me semble cependant que vous confondez les personnages car je ne fais pas périr Isis. En effet, rappellez-vous, à la fin du récit, Isis et Nicolas sont les seuls personnages à suivre, avec Colin, l'enterrement de Chloé. Sans doute confondez-vous Isis avec Alise. Cette dernière est morte dans un incendie qu'elle a elle-même déclenché volontairement. J'ai dû avoir, sans le vouloir, des antennes paraboliques avec votre époque, car l'équipe de Dialogus m'a expliqué que ce genre d'action était devenu fréquent à votre époque et s'appelait «attentat-suicide»! Alise en voulait terriblement aux libraires qu'elle estimait coupables de l'échec de son ménage. En escroquant Chick, devenu un fétichiste fanatique de Jean-Sol Partre, ils lui prenaient tout son argent et l'empêchaient de l'épouser. Alise est peut-être le seul personnage de «L'Ecume des jours» à ne pas subir son destin et à agir. Quant aux transformations de la chambre, elles s'appliquent à tout l'appartement de Colin, ce que tous les personnages ne tardent pas à remarquer. Dès le mariage de Colin et Chloé, la lumière commence à atteindre les fenêtres plus difficilement, puis l'appartement devient sombre; la petite souris parvient dans un premier temps à capturer de la lumière à travers les carreaux de la cuisine, mais cela devient progressivement impossible. Les pièces se déparent, la décoration change, il n'est plus possible d'entrer dans la salle à manger... C'est au point que le médecin de Chloé pense que sa patiente a déménagé. La maison est vivante dans le système de vie des personnages. Lorsque Colin est heureux et n'a que lui-même dont s'occuper, la maison est riante, enluminée. C'est lorsqu'il se soucie de quelqu'un d'autre que les ennuis commencent. Chez moi, les objets prennent vie comme autant de personnages, et la maison de Colin est comme un reflet de ses pensées, de sa profonde tristesse et de son angoisse. J'espère que mes explications vous ont convenu, et vous souhaite de bonnes lectures. Amicalement, Boris Vian Bonsoir, Je vous remercie pour votre réponse. En effet, je confondais Isis avec Alise, pardonnez-moi. Grâce à vos explications, j'ai enfin compris les «sens cachés» qui font de votre roman une véritable oeuvre de littérature. J'estime qu'un bon livre est écrit de la sorte! Sur ce, je vais vous laisser, en vous souhaitant une bonne continuation... Bien amicalement, Cécile |