Marie G.
écrit à

Boris Vian
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Cher Monsieur Vian, Chère Marie, Cher Monsieur Vian, Pardonnez mon peu de connaissance de votre biographie, mais je ne l'ai jamais abordée, et seulement de façon très scolaire, glanant plutôt les informations au hasard des lectures. Qui sont donc «vos amis les casseurs de Colombe»? Par ailleurs, je me demandais quel rapport vous entreteniez avec le surréalisme? Vaste question, sans doute, mais qui me tarabuste depuis mes lectures d'André Breton, et de bon nombre de poètes s'étant un jour ou l'autre rattachés à son «pontificat»... Par ailleurs, j'écoutais encore récemment votre Fais-moi mal Johnny, et je puis vous assurer que cette chanson a également grand succès auprès de bon nombre de personnes. Comment dire, elle... tape à l'oeil, vient nous chercher, nous touche, en fait. Pour finir, dans votre lettre d'acceptation vous parlez de canulars. En avez-vous quelques exemples divertissants? Vous remerciant, vous mortifiant, Marie G. P.-S.: Je réfléchissais tantôt que votre nom sonnait un peu comme «viande». Chère Marie, Vous êtes pardonnée de ne pas connaître les casseurs de Colombes, et je ne pense pas que vous soyez la seule... Je vous absous! C'est comme ça que j'appelle des amis garagistes passionnés comme moi de mécanique et de vieux tacots. Je les ai rencontrés à Colombes un jour où je me trouvais en panne comme d'habitude. J'aime bien aller les voir. On aime bien se retrouver chaque semaine pour boire et manger ensemble. J'ai eu longtemps en projet un roman qui leur serait consacré, mais en ce moment, pas le courage de continuer. On verra ça plus tard. Vous me demandez quels rapports j'entretiens avec le surréalisme? Aucun, chère Marie, absolument aucun! Vous n'êtes pas la seule sur Dialogus à me poser la question, alors je suppose qu'à votre époque, c'est une mode de m'assimiler à cette école-là. Je ne fais partie d'aucune école, d'aucun groupe ni d'aucun mouvement. Pour moi un artiste est seul et doit dire ce qu'il pense -et non pas ce que les autres doivent penser- même si le public ne doit pas l'apprécier. «Fais-moi mal Johnny» doit son succès à la sublime, que dis-je, à la divine Magali Noël. On ne peut pas dire qu'elle ne soit pas entrée dans la peau de son personnage! Faut dire que je me suis donné de la peine pour ça: pendant les répétitions, je brandissais une chaise au-dessus de sa tête en la menaçant: «vas-y, fais-lui mal!» Le plus dur a été de ne pas rire pendant l'enregistrement... Mais une lointaine expérience des canulars m'a appris à me retenir! Vous en citer un? Pfouh, c'est vieux! Le dernier en date, ç'a été de me faire passer pour un auteur américain de romans noirs -et ça m'a coûté cher d'ailleurs. Je vous laisse, chère Marie, car mes prochaines pochettes de disques m'attendent les bras ouverts! J'espère que votre code civil canadien avance. Attention à ne pas vous faire viander si vous prenez votre voiture! Boris Vian |