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Julie
écrit à
Boris Vian
Boris Vian

Changement de nom


   

Annecy le 23/10/2009

Monsieur Boris Vian,

Je vous écris car j'ai entendu parler de vous, de vos œuvres, de vos chansons. Vous êtes un homme doté de beaucoup de talents. J'ai beaucoup apprécié votre chanson «Le Déserteur» qui m’a alors marquée. C’est une chanson qu'il fallait avoir l'audace d'écrire car elle dénonce un sentiment interdit à l'époque.

J'en arrive à ma requête, une question que je veux vous poser. J’ai appris que vous aviez écrit certains livres sous un pseudonyme «Vernon Sullivan». Vous vous faisiez passer pour le traducteur. Pourquoi n'avez-vous pas assumé vos livres comme «J'irai cracher sur vos tombes»? Aviez-vous peur de la censure?

Je vous remercie d'avance pour vos réponses.

Je vous prie d'agréer mes sentiments les plus distingués,

Julie Rigoureau



Bonjour Julie,

Merci beaucoup de ton message. Je te prie de bien vouloir excuser mon retard à te répondre.

Je trouve ta question très intéressante. Tu sais, au départ, «J'irai cracher sur vos tombes», c'était juste un canular! Un de mes amis venait de lancer sa maison d'édition, il avait besoin d'un best-seller qui aurait pu lui permettre de se faire connaître. Comme l'idée m'amusait et que j'adore la littérature américaine (j'ai traduit beaucoup de romans noirs et de science-fiction, avec ou sans ma première femme, Michelle), je lui ai proposé d'écrire un roman qui serait écrit... par un Noir américain! Parce que mon amour du jazz m'a fait découvrir l'affreuse condition des Noirs aux États-Unis: j'espère que ça a changé depuis, mais on les traite vraiment comme des animaux à mon époque! Attention, j'ai voulu écrire un bon roman, pas un livre de plage! Et j'ai trouvé plus amusant de me faire passer pour un Noir. Au début on s'est beaucoup marrés avec mes copains quand je l'ai écrit. Ensuite, ç'a été moins drôle! J'ai été pris dans une sorte d'engrenage. En gros, comme je voulais que mon canular tienne le coup et que certains ont commencé à me soupçonner d'être l'auteur de «J'irai cracher», j'ai persisté à nier. Ensuite, la justice s'en est mêlée -et un certain Dan Parker- surtout quand on a retrouvé mon bouquin ouvert à la bonne page (celle du meurtre) sur le corps d'une femme assassinée par son amant! La réalité dépasse parfois la fiction... On m'a traîné dans la boue. Et évidemment, ma condamnation pour outrage aux bonnes mœurs a produit l'effet inverse de celui escompté par Parker et sa clique: j'ai énormément vendu d'exemplaires de «J'irai cracher sur vos tombes»! Sauf que, vivant difficilement de ma plume, puisque mes romans ne sont pas lus, je suis également poursuivi par les impôts... Ensuite, poursuivant cette logique du roman noir écrit par un Noir, j'ai conservé le pseudonyme de Sullivan pour les trois qui ont suivi, «Les morts ont tous la même peau», «Et on tuera tous les affreux» et «Elles se rendent pas compte», mais ils n'ont eu aucun succès; je suppose que le meilleur est le premier. J'avais envie d'écrire des romans noirs, tout comme j'ai eu envie d'écrire des scénarios de films, de la science-fiction, des critiques de jazz et j'en passe! J'ai toujours aimé les pseudonymes: Bison Ravi est le plus connu mais j'ai écrit aussi sous le nom de Hugo Hachebuisson par exemple... J'ai même utilisé un pseudonyme féminin pour des critiques d'art. Mais ça fait partie du jeu, de mon envie de vivre tout ce que j'ai envie de vivre sous plusieurs facettes, tu comprends?

J'espère avoir répondu à ta question. SI tu en as d'autres, n'hésite surtout pas, je suis là!

Affectueusement,

Boris Vian



Cher Boris,

Je vous remercie de vos réponses. J'ai lu «L'Écume des jours». C'est un bon livre mais je n'ai pas trop compris cette histoire de pâte à l'ananas.

Cordialement,

Julie


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