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François Truffaut

     
   

Julie Killeen-Koller

    Cher Monsieur Truffaut,

J'ai vu avec passion presque tous vos films (manquent à mon tableau de chasse La sirène du Mississipi, Adèle H., Une belle fille comme moi et l'Argent de poche), et une question me taraude: Pourquoi avoir remplacé le patronyme Killeen de La Mariée de William Irish par celui de Koller, qui est celui du Charlie de Tirez sur le pianiste, adapté de Goodis pour sa part? (Peut-être pour créer une «Julie Colère»?)

Merci infiniment d'avance,

Luc treize ans

PS: J'ai lu la lettre concernant votre nom et votre père (biologique, le dentiste), et il me semblait avoir lu quelque part que ce dernier s'appelait Raoul Lévy... Merci de m'éclairer!



Bonjour, mon cher Luc,

Avant tout, permets-moi de te dire que je suis un peu effrayé d'une érudition si pointilleuse chez un jeune adolescent de treize ans.

Tu as vu juste; le «Killen» du livre d'Irish jouait sur kill, mot anglais pour «tuer»; j'ai donc préféré «Kohler», mot qui sonne fort et qui dit bien ce qu'il veut dire. Et puis, j'aime bien réutiliser des noms de personnages de film en film, un peu comme des talismans ou des clins d'oeil. Il paraissait donc tentant de reprendre ce nom, de façon moins ironique que dans le
Pianiste.

Par ailleurs, le ton de la lettre à laquelle tu fais allusion t'aura peut-être fait comprendre que je n'aime pas les renvois trop directs à la vie personnelle, même si je dois avouer que je suis moi-même en train de me pencher sur une sorte de tentative d'autobiographie. Je ne souhaite pas m'étendre sur ce sujet pour l'instant, mais
Dialogus m'a confirmé l'existence de documents susceptibles de t'éclairer, notamment d'une biographie que Toubiana et de Baecque m'ont paraît-il consacrée, et où tu devrais pouvoir soulager ta curiosité. Cette expression de «père biologique» me semble tout de même assez terrifiante, et je te dirai simplement, reprenant une expression de Twain citée dans l'ouvrage en question, et que je soumets à ta méditation: Il est bien chanceux le Français qui peut dire qui est son vrai père.»

En dernière instance, rappelle-toi que la seule chose qui compte, ce sont les films.

Cordialement,

François Truffaut