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écrit à

   


François Truffaut

     
   

Cinémathèque

   

Cher François,

Ne pensez-vous pas qu'il eût fallu conserver tel quel le musée Henri Langlois dans la nouvelle cinémathéque?


Bonjour,

J'ai du mal à vous répondre, car je ne sais pas à quoi peut ressembler ce nouveau musée. En revanche, les services de Dialogus me disent que cette nouvelle cinémathèque a ouvert ses portes avec une rétrospective de l'oeuvre de Jean Renoir: difficile de faire mieux!

Quant à Henri Langlois, vous savez quel rôle il a joué, à travers la cinémathèque, pour le cinéma français. Si nous sommes les enfants d'André Bazin, nous sommes sûrement les petits-fils d'Henri Langlois. Il y a eu le musée. Mais il y a surtout eu tous ces films qu'il a recueillis, qu'il a conservés avec le plus grand soin, qu'il a projetés inlassablement. Les émotions que je dois à Henri Langlois sont d'abord des émotions vivantes, car ce sont des souvenirs de toutes ces images qu'il nous a apportées, non sur un plateau mais sur un écran. C'était le gardien acharné de tous ces films, en même temps qu'il suscitait toujours en nous le désir de filmer. «Domicile conjugal» n'existerait probablement pas si Henri Langlois, après avoir vu «Baisers volés», ne m'avait pas demandé de lui montrer Antoine Doinel après le mariage. Pour moi, c'était un grand honneur, car c'était comme s'il me donnait l'autorisation de filmer à mon tour le sujet d'un film que nous vénérions tous les deux, «L'Atalante», qui racontait justement l'histoire de deux jeunes mariés qui apprennent à vivre ensemble.

Je ne peux pas donc pas vous répondre à propos de ce musée. Mais ce que je peux dire, c'est que votre message me prouve que la mémoire d'Henri Langlois est encore vivante au moment où vous m'écrivez et où sa cinémathèque dispose de nouveaux locaux. Voilà une bonne nouvelle pour ma journée.