Cyril
écrit à

   


François Truffaut

     
   

Ça sert à quoi un artiste?

   

Cher François Truffaut,

Votre cinéma et celui de Jean Eustache me manquent beaucoup...

Juste une question (c'est pour un film que je réalise): ça sert à quoi un artiste?

Bien à vous,

Cyril


Cher Monsieur,

Il semblerait que ma réponse se soit perdue dans le mécanisme étrange de Dialogus. En vous priant de bien vouloir m’en excuser, je me permettrai donc de vous communiquer brièvement le contenu de ce que m’avait inspiré votre question:

1)      Je ne crois pas qu’un artiste «serve» à quelque chose, plus que qui que ce soit d’autre sur la terre; en fait, pour moi, votre question suggère une certaine prétention intellectualisante sans rapport avec l’activité réelle de l’artiste. Si un artiste ne voit pas, au moins pour lui-même, l’utilité de ce qu’il fait, c’est surtout le signe qu’il devrait faire autre chose.

2)      Le mot «servir» m’agace ici comme ailleurs, non seulement parce qu’il implique une soumission (on se demande bien à quoi), mais parce qu’il suggère qu’un bon artiste est un artiste engagé politiquement. Ce que j’entends dans «servir», c’est le contraire du mot «plaisir» dont je me sens beaucoup plus proche.

3)      Votre question cherche des réponses générales à une activité qui tire tout son pouvoir de sa singularité. J’ai connu beaucoup de grands metteurs en scène, dont chacun avait une théorie définitive sur son art, qui elle était bonne pour lui parce qu’elle lui permettait de faire des bons films. Renoir n’a pas la même idée du cinéma que Hitchcock ou que Rossellini, mais qu’importe, puisque leurs films sont bons. Pourquoi ne chercheriez-vous pas la vôtre sans vous préoccuper des autres sur ce point?

4)      Pour répondre à votre question tout de même, je vous dirai donc en guise de conclusion: un artiste, ça sert à faire des œuvres d’art. Je suis sûr que vous n’aviez pas besoin de moi pour arriver à ce résultat, n’est-ce pas? J’espère ne pas vous décevoir. Ah, j’y pense; je ne crois pas que vous pourrez le joindre chez Dialogus, du moins pour le moment, mais un type comme Godard, lui, aurait été beaucoup plus inspiré que moi par une question de ce genre. Si vous en avez l’occasion, vous feriez mieux de vous mettre en contact avec lui.